Ukraine : Selon RIA Novosti, la Russie va entrer en guerre


Au départ il s'agit d'un article plutôt prospectif publié par l'agence de presse RIA Novosti qui fait le point sur l'escalade militaire dans l'est de l'Ukraine et les différentes options du gouvernement putschiste.
 
Et puis, après cette analyse et le constat d'échec de la première offensive de l'armée ukrainienne dans le Dombass et de l'enlisement  meurtrier du conflit, vient ce paragraphe :

« La Russie a déjà commencé à projeter des troupes vers la frontière ukrainienne, pour l'instant pour renforcer la sécurité. Mais des vidéos du déplacement vers la frontière d'unités importantes de transmissions et logistiques ont déjà été rendues publiques. Elles sont nécessaires pour constituer un grand groupe armé en mesure de mener une opération offensive. Cette opération semble inévitable si la guerre se poursuivait dans le Dombass. »
Les choses sont donc claires, Moscou se prépare à la guerre et l'Ukraine va devenir le terrain d'affrontement d'une nouvelle guerre froide (ce qu'elle est du reste déjà...) L'affrontement militaire des deux grands blocs mondiaux (OTAN vs Chine/ Russie) vient ainsi peut-être de commencer.
 
D'autres éléments viennent malheureusement confirmer cette prévision très pessimiste. Tout d'abord, la stratégie des USA qui tirent les ficelles en Ukraine a été depuis le début de provoquer la Russie en s'appuyant sur des néo-nazis qui ont accumulé les crimes et les exactions à l'encontre des populations russophones ainsi que les provocations directes à l'égard de Moscou, comme l'attaque orchestrée de l'ambassade de Russie à Kiev.
 
Les objectifs de Washington sont multiples. Il s'agit tout d'abord d'une tentative de nettoyer le marché européen du gaz Russe pour imposer le gaz de schiste comme solution d'indépendance énergétique à l'UE (voyez l'ironie de la situation). Le président Obama ne fait d'ailleurs pas mystère de sa volonté de fourguer sa catastrophe écologique et économique aux européens. C'est en tout cas l'analyse du conseiller du président russe Sergueï Glaziev.
 
Le deuxième objectif géostratégique est de relancer la guerre froide avec la Russie, ce qui présente  plusieurs avantages majeurs pour Washington. La doctrine du containment a pour but de retarder l'essor d'un concurrent potentiel à l'hégémonie américaine et de l'affaiblir diplomatiquement, et la Russie a montré récemment sur le dossier Syrien qu'elle était aujourd'hui le dernier empêcheur de bombarder en rond. Pour cela rien de tel que de relancer « l'axe du mal » version soviétique et de rendre la Russie infréquentable, au moins pour les occidentaux, de manière à l'isoler.
 
L'isolement diplomatique de la Russie permettra également à Washington, et c'est déjà le cas, de mener une série d'attaques contre l'économie du pays, sur le modèle cubain, Irakien ou Iranien, par le biais de sanctions, destinées à détruire l'économie nationale. Il s'agit alors d'une capitulation économique qui ouvrira la voie au pillage des ressources du pays.
 
Et pour le cas où les élites dirigeantes résistent, il reste la possibilité d'organiser une « révolution colorée » qui trouvera alors un terrain beaucoup plus propice. Bref, la Russie, même si elle se rapproche économiquement et à vitesse accélérée, de la Chine, n'a pas grand chose à gagner dans une telle confrontation, ce qui explique que pour l'instant les dirigeants Russes aient encaissé sans (trop) broncher.
 
Plusieurs éléments récents montrent cependant que cette attitude pourrait changer. L'OTSC, équivalent russe de l'OTAN, a officiellement annoncé qu'il renonçait à toutes coopérations avec cette dernière. L'armée russe a ainsi immédiatement répliquée aux exercices militaires menés en mer Baltique par l'OTAN. Les manoeuvres russes, de grande ampleur, auraient d'ailleurs « surpris » le commandement de l'OTAN. Il s'agit dans les faits de démonstrations de forces destinées à impressionner l'adversaire et qui n'ont de « manoeuvres » que le nom.
 
L'OTAN a réactivé récemment sa stratégie de la tension par de nombreuses déclarations sur un renforcement de ses troupes en Europe de l'est et une multiplication des exercices militaires. Ce mardi, la Royal Air Force a fait décoller des Typhoon afin d'escorter des avions militaire russes, qui volaient pourtant dans l'espace aérien international, mais à proximité des pays baltes.
 
Dernier élément, et des plus concret, l'OTAN vient de confirmer les dires de RIA Novosti concernant le déplacement de troupes russes vers la frontière ukrainienne. Le secrétaire général de l'Alliance Anders Fogh Rasmussen a déclaré aujourd'hui :
 
« Je peux confirmer que nous constatons un renforcement des unités russes le long de la frontière ukrainienne ? il s'agit des milliers de militaires. Nous visualisons des manoeuvres militaires à la frontière. Je m'abstiendrai toutefois de préciser le type exact de ces forces ».
Source les moutons enragés
 
Une possibilité à prendre au sérieux
 
L'hypothèse énoncée d'une réaction russe d'ampleur, est aussi crédibilisée par les dernières informations concernant la situation dans l'est de l'Ukraine rapportées par vineyardsaker dans un briefing urgent De Igor Strelkov le 19 Juin. Ce briefing fait état des dernières avancées de l'armée face aux séparatistes, et cite également que
 
« En conclusion, nous pouvons maintenant confirmer que l'armée ukrainienne a rempli sa tâche, qui lui a été assignée par Porochenko, d'encerclement de la milice dans la ville de Slavyansk. Malgré leur courage et leur résistance, les miliciens ne sont pas en capacité de résister en terrain découvert à des attaques massives appuyées par des chars, de l'artillerie et de l'aviation, en particulier lorsque l'ennemi dispose d'une supériorité d'effectifs écrasante.
 
La milice et la population de la République du Peuple de Donetsk en appellent aux dirigeants de la Fédération de Russie pour qu'ils fournissent une aide immédiate à la Novorossia, afin d'empêcher que se poursuive le génocide contre la population russe. »

Or, nous savons que bien que Poutine montre résolument l'intention de ne pas céder aux multiples pièges et incitations à intervenir distillées par Washington, il est probable qu'il bouillonne intérieurement de ne pouvoir porter assistance au peuple du Dombass qui lui réclame son aide, sous peine de donner à l'OTAN le prétexte tant espéré pour envoyer ses troupes sur place.
 
La possibilité d'une guerre. Oui mais...
 
Toujours émanant du Saker dans un article évoquant la chasse aux journalistes russes par l'Ukraine, ce dernier nous délivre son ressenti sur la possibilité d'une guerre ouverte, à laquelle il semble - à juste titre -, porter peu de crédit. En voici la partie intéressante :
 
Dans le même temps, alors que Porochenko a annoncé que le Banderastan signera l'accord d'association avec l'Union Européenne, la Russie rapproche apparemment certaines de ses forces militaires de la frontière ukrainienne. Que ce soit ou non une nouvelle hallucination de la part du secrétaire général de l'OTAN Anders Fogh Rasmussen, je suis certain de ce qu'une intervention militaire russe est imminente et qu'à moins d'un miracle Poutine va devoir faire quelque chose pour protéger la population de Novorossia.
 
Une libération de la Novorossia par les Russes déclenchera-t-elle une guerre avec l'OTAN ? 
 
Probablement pas.
 
Mais je déteste ce mot « probablement » que je trouve insuffisant au moment d'envisager une possibilité aussi horrible. « Probablement pas » implique un « peut-être oui quand même » et pour moi, qui suis un enfant de la guerre froide, ne serait-ce que la perspective d'une guerre Russie-OTAN est littéralement impensable. Ce genre de blocage mental, je le sais, est très dangereux parce que les guerres ne se déroulent pas toujours selon le plan ; et parce qu'il arrive qu'elles suivent au contraire ce que j'appellerais un « accident prévisible ».
 
Je veux croire pourtant qu'une guerre Russie-OTAN est très peu probable.
 
D'une part, l'OTAN n'a pas ce qu'il faut pour mener une telle guerre. Oh oui, je suis tout à fait conscient du fait que les forces de l'OTAN combinées sont beaucoup plus importantes que celles de la Russie, mais là c'est une grandeur dénuée de sens. En ce moment même, les Ukrainiens jouissent sur les Novorossiens d'un avantage allant de 5 à 1 à 100 à 1, et cela ne leur profite absolument pas. Etant donné qu'une guerre Russie-OTAN devrait être livrée soit sur le Dniepr ou à l'est de celui-ci, le premier problème sera d'amener les forces de l'OTAN là-bas.
 
Il faudra ensuite les y approvisionner. Et alors seulement, il y aura lieu de les engager contre l'armée russe. Et cela vaut d'ailleurs non seulement pour les forces terrestres, mais aussi pour les Forces aériennes, lesquelles, à l'exception des bombardiers stratégiques, ne disposent pas d'un rayon d'action suffisant pour décoller à partir de, disons, la Pologne ou l'Allemagne, puis voler, disons, jusqu'à Kharkov, frapper leurs objectifs et revenir. Ne raisonnez pas en termes de vol direct (un simple vol aller, sans combat) car, en temps de guerre, le profil de vol pour un avion d'attaque est complètement différent, en particulier chargé de sa pleine dotation.
 
Ainsi, puisque la Russie n'a pas elle-même ce qu'il faudrait pour attaquer la Pologne ou l'Allemagne (pourquoi voudrait-elle une telle capacité de toute façon?!), l'OTAN n'a pas non plus ce qu'il faut pour battre la Russie en Ukraine orientale. Ni bottes sur le terrain, ni avions dans le ciel, donc. Ce qui laisse les frappes de missiles  de croisière à longue portée. Là, l'OTAN est en mesure d'atteindre toute l'Ukraine orientale et la plus grande partie du territoire russe, en fait. A partir des bâtiments de l'US Navy et de l'OTAN qui se trouvent en mer Baltique et en mer Noire, par exemple. Les bombardiers US B-52 pourraient également lancer des missiles de croisière (mais pas les bombardiers B-1 ou B-2, qui n'ont pas cette capacité).
 
Mais ce serait exposer toute l'Europe occidentale et même la totalité des côtes américaines à des frappes de représailles russes. Or, et que nul ici ne se sente insulté, il se trouve que l'histoire a rendu le peuple russe plus résistant que le peuple de n'importe quel état membre de l'OTAN, et ce dans une mesure qui s'exprime par plusieurs ordres de grandeur. Ce qui signifie que, dans la pratique, les populations de, disons, Rostov ou Smolensk,  seront à même de faire face à la frappe d'un missile de croisière US beaucoup mieux que les gens d'Amsterdam ou de Santa Monica, par exemple. Dernier élément, mais non le moindre : une fois les frappes de missiles de croisière échangées, le risque d'une escalade nucléaire devient très, très réel.
 
Donc, encore une fois, je ne vois aucun scénario imaginable d'une guerre entre la Russie et l'OTAN. Et le déplacement récent de deux B-2 du territoire des Etats-Unis au Royaume-Uni ne m'impressionne pas. D'abord, parce que les B-2 disposent d'un rayon d'action théorique suffisant pour mener des missions de combat à partir du continent américain, mais aussi parce que les B-2 ne peuvent être utilisés contre la Russie de toute façon: d'une part parce qu'ils ne permettent pas de tirer des missiles de croisière à longue portée, et devraient donc pénétrer l'espace aérien russe pour larguer leur charge ; d'autre part parce que nous savons désormais que les radars russes ont la capacité de voir et de suivre les avions « furtifs », ce qui ferait d'eux des cibles faciles pour les forces de défense aérienne russes (missiles aussi bien qu'intercepteurs).
 
Et pourtant, quand je vois la rhétorique, les grands moulinets de sabre, l'engagement en apparence total des Etats-Unis afin de provoquer la Russie, je me demande si, après avoir lancé aussi fort leur machine de propagande, les ploutocrates de l'ouest auront la sagesse ou même la capacité d'enfoncer la pédale de frein avant que d'avoir plongé le monde entier dans l'abîme. J'avoue ne pas savoir.
 
Reste qu'ils sont en train de jouer avec le feu. Et potentiellement avec le feu nucléaire...
 
Le Saker
 
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Commentaires 2

avatar de PH7
  • Par PH7 0 0
  • Dire que j'ai lu le fond de l'article serait mentir. Toutefois, si la possibilité d'action armée est envisageable, je reste encore prudent sur l'info car beaucoup de choses sont possibles encore. Au fait, Le-veilleur, je t'ai envoyé un mail privé il y a peu, suit-en quand-même les consignes, on ne sait jamais bien que n'ayant pas eu confirmation des dates. Je t'enverrai d'autres infos dès que je les aurais.

avatar de Le-veilleur
  • Par Le-veilleur (Admin) 0 0
  • Salut Philippe. Oui je l'ai bien reçu, excuse moi de ne pas y avoir encore répondu, j'ai eu une semaine chargée, et je suis en préparatif pour un déplacement. Espérons que rien ne survienne entre temps. Pour les infos ci-dessus, j'ai fait une petite synthèse justement, entre l'info elle même de ria novosti, et les sources du saker, qui je pense sont fiables et vont dans le même sens d'autres sources sur place

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