Troïka : Après avoir ruiné la Grèce, le FMI s'en prend à l'Espagne


Composée d'inspecteurs de la Commission européenne, de la Banque centrale européenne (BCE) et du Fonds monétaire international (FMI), la Troïka était de passage le mois dernier en Espagne pour étudier l'état de santé des finances espagnoles.
 
Après avoir rendu les premières conclusions de son rapport faisant part d'un optimisme mitigé, le FMI change de ton. Plus que de simples ajustements proposés par le gouvernement espagnol pour sortir de la crise, l'organisme dirigé par Christine Lagarde demande une nouvelle réforme du travail incluant des diminutions de salaires et une baisse du coût des licenciements.
 
Pour Christine Lagarde comme pour d'autres, la réforme sur la loi du travail votée en février 2012 n'apporte pas les résultats escomptés pour promettre à l'Espagne des jours meilleurs. L'optimisme n'est donc plus à l'ordre du jour comme pouvait le laisser croire de nombreuses déclarations du gouvernement suite à la baisse du chômage observée en mai dernier.
 
Les habitants de l'Europe du sud, particulièrement touchée par la crise, sont en première ligne. Ainsi, depuis 2007, le nombre de Grecs et d'Espagnols qui émigrent vers d'autres pays de l'UE a doublé, pour atteindre respectivement 39.000 et 72. 000. Exemple de pays attractif : l'Allemagne, où le flux d'immigrés grecs s'est accru de 73 % entre 2011 et 2012, tandis que le flux d'immigrés espagnols et portugais a augmenté de près de 50 % et que celui des immigrés italiens a progressé de 35 %.
 
Au sein de l'OCDE, les Etats-Unis ne semblent plus représenter un « eldorado », puisque les migrations vers le pays sont restées stables en 2011, sur une hausse de 2%. Logiquement, les pays touchés de plein fouet par la crise sont délaissés, à l'image de l'Italie, qui enregistre une baisse de 11% des entrées sur son territoire.
 
« Le niveau de l'immigration y est désormais inférieur de 44 % à celui observé en 2007 », détaille l'OCDE.
D'après les conclusions rendues par le FMI, le pire pourrait bien être à venir si le pays ne prend pas les mesures nécessaires et ce ne sont pas les quelques ajustements proposés par Mariano Rajoy qui règleront la situation. Les agents de Washington préconisent une nouvelle réforme pour remédier à un taux de chômage « inacceptable », jugeant la précédente comme encourageante mais nettement insuffisante. Pour entrevoir une lueur d'espoir, James Daniel, en charge de la mission de sauvetage de l'Espagne au FMI, prône en premier lieu une baisse des salaires.
 
Un sacrifice financier demandé aux salariés qui permettrait aux entrepreneurs de créer de nouveaux emplois. Un arrangement à l'amiable entre patrons et syndicats où les premiers s'engagent à endiguer l'épidémie de destruction de postes pendant que les seconds acceptent une diminution de leurs revenus. James Daniel affirme qu'un retour vers une croissance durable passe par une mesure forte sur les salaires qui sont sensiblement les mêmes qu'avant le début de la crise en 2008. En 2013, le salaire minimum espagnol est de 750€.
 
« D'autres pays en crise ont opté pour un équilibre différent entre emploi et modération salariale. En Espagne, l'emploi s'est réduit, mais les salaires sont à peu près les mêmes qu'en 2007 », a déclaré James Daniel, le chef de la mission du FMI en Espagne. « Nous croyons qu'il peut y avoir plus d'ajustement sur les salaires et moins de destruction d'emplois »
Des licenciements moins coûteux
 
Le rapport rendu par le FMI pointe également du doigt les précisions nécessaires à apporter à la réforme du travail en ce qui concerne les licenciements. Dans de nombreux cas, l'interprétation judiciaire des raisons invoquées à un renvoi est sujette à discussion. Daniel demande donc plus de clarté à Madrid sur la loi entrée en vigueur en février 2012 pour que les entreprises ne perdent plus leur temps et leur argent dans les tribunaux comme c'est souvent le cas à l'heure actuelle.
 
L'objectif est également d'aligner les coûts relatifs aux licenciements de personnes en contrat à durée indéterminée à ceux du reste de l'Union européenne qui augmentent de façon graduelle avec l'ancienneté dans l'entreprise. Dans son rapport, le FMI suggère un plus fort soutien de l'UE à l'Espagne, notamment pour pallier au manque de crédits accordés par les entités bancaires. D'un point de vue général, Madrid est donc encouragé par l'institution monétaire à continuer sa politique d'austérité entamée depuis plusieurs mois. Une rigueur qui, selon les experts de Washington, laisse espérer une croissance positive pour les six derniers mois de 2013.
 
« Mais il reste à déterminer si le taux de croissance sera suffisant pour relancer la création d'emploi »
, a conclu le chef de la mission Espagne du FMI. Suite aux conclusions de ce rapport, des membres de l'opposition (PSOE) et du syndicat UGT ont d'ores et déjà fait part de leur désaccord et n'excluent pas un mouvement de grève générale si ces nouvelles mesures prônées par le FMI sont appliquées par le gouvernement.
 
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