Tempêtes solaires : un danger sous-estimé


Un orage géomagnétique géant pourrait provoquer des milliards de dollars de dégâts. Dans un article publié cette semaine dans Nature, l'astronome Mike Hapgood appelle le monde à s'y préparer.

Il peut arriver que le ciel nous tombe sur la tête. Cela s'est déjà produit en mars 1989, en mai 1921 ou encore en 1859 et cela peut recommencer... demain... sans crier gare.

Inconnus du grand public, ces cataclysmes naturels qui, contrairement aux séismes, aux éruptions volcaniques ou aux inondations, n'engendrent aucune perte en vies humaines, peuvent provoquer un véritable désastre en mettant hors service les réseaux de distributions électriques sur de larges portions du territoire pendant un temps indéterminé. Privée d'ordinateurs, d'Internet, de GPS (indispensable pour dater les transactions bancaires), de satellites de télécommunications, notre économie, de plus en plus dépendante de ces nouvelles technologies, serait quasiment à l'arrêt.

Brutales sautes d'humeur

Les responsables de ces scénarios d'apocalypse sont bien connus des astronomes. Il s'agit d'orages géomagnétiques provoqués par des éruptions solaires d'une violence inhabituelle. Lors de ces brutales sautes d'humeur, le Soleil relargue d'énormes quantités de particules ionisées à haute énergie capables de traverser la magnétosphère terrestre, le bouclier qui protège notre planète de ces rayons cosmiques particulièrement délétères. Lesquels sont également à l'origine du magnifique spectacle des aurores boréales visibles près des pôles.

Les 13 et 14 mars 1989, au Québec, le plus violent orage magnétique, ou tempête solaire, survenu depuis des décennies a privé d'électricité 5 millions de personnes pendant neuf heures et provoqué des dégâts évalués à 2 milliards de dollars. Aux États-Unis, un important transformateur électrique fut entièrement détruit. Même chose au Royaume-Uni, où deux grosses installations de ce type furent endommagées.

consequence_tempete_magnetique.gifDes régions entières privées d'électricité

Pourtant, « nous devrions être préparés à bien pire, écrit Mike Hapgood, chercheur au Rutherford Appleton Laboratory (Angleterre), dans un commentaire publié ce jeudi 19 avril dans la revue scientifique Nature. Des orages géomagnétiques beaucoup plus violents ont été enregistrés par le passé, à une époque où la société était moins dépendante des systèmes électriques et donc moins vulnérable. »

Membre d'un groupe d'experts auprès du gouvernement britannique sur ces questions de «météorologie spatiale», l'auteur avance que des tempêtes solaires d'une intensité équivalente à celles de 1859 et 1921 «pourraient priver des régions entières d'électricité pendant plusieurs mois». Et de citer des études américaines prédisant un black-out géant dont les effets pourraient se faire sentir pendant des années et coûter, au final, plusieurs milliers de milliards de dollars, au titre des réparations et du manque à gagner. Sans parler du risque d'irradiation des pilotes d'avion et de leurs passagers ou encore des astronautes en mission à bord d'un vaisseau spatial.

Des modèles de prévision embryonnaires

Pour l'heure, les satellites sont capables de prévoir l'arrivée des orages magnétiques avec six heures d'avance. C'est notamment le cas des deux satellites Stereo de la Nasa, lancés en 2006. Mais cette marge est insuffisante, comme l'a prouvé la récente éjection de masse coronale survenue le mois dernier qui, par chance, est passée à côté de la Terre. «La météorologie spatiale en est au stade où se trouvait la météo classique il y a quarante à cinquante ans avec des points d'observation limités et des modèles de prévision embryonnaires», explique au Figaro Jean-Yves Prado, responsable des relations Soleil-Terre, au Centre national d'études spatiales (Cnes). Lancé il y a deux ans, le satellite américain SDO, successeur de l'européen Soho, toujours en activité, devrait permettre d'améliorer sensiblement le dispositif.

shema_tempete_magnetique.jpgBig One cosmique

Une autre question soulevée par Mike Hapgood est de déterminer l'intensité de l'événement maximum auquel l'humanité doit se préparer. «Beaucoup de systèmes électriques à risques sont conçus pour résister à des événements comparables à ceux des quarante dernières années», écrit-il. Mais le tremblement de terre et le tsunami survenus l'an passé au Japon, d'une magnitude très supérieure à ce qui avait été anticipé, montre les dangers d'une vision trop restrictive. «Nous devrions plutôt nous préparer à des orages magnétiques susceptibles de ne se produire qu'une fois tous les 1000 ans.» Autrement dit le Big One cosmique. «Ce changement d'approche est en cours mais pas assez vite», déplore l'auteur.

Effets d'une explosion solaire cataclysmique


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