Syrie : La Russie hausse le ton face aux Etats-unis


Les tensions actuelles entre la Russie et les États-Unis ont aujourd'hui atteint un niveau historique, puisque la situation pourrait s'avérer plus dangereuse que pendant la crise des missiles cubains. Dans ce contexte, et malgré les risques énormes liés à cette situation, les états-unis en situation pré-électorale doivent composer avec un Vladimir Poutine aussi inflexible que fin stratège.

Bien qu'étant moi même un ardent supporter du président russe qui reste un des derniers dirigeants à faire front à l'américanisme guerrier tous azimuts, force est de reconnaître que le dit si bien un article du Saker que la Russie reste sous-armée par rapport aux États-Unis/OTAN sur le plan quantitatif, et que c'est une des raisons expliquant qu'elle ne veut par conséquent pas la guerre.

Ne prenez pas cela pour un aveu de faiblesse, car sur le plan qualitatif, il en est tout autrement ! D'une part, les dispositions militaires sont principalement développées sur un axe défensif, et d'autre part, l'approche technologique est très différente de celle des USA, principalement élaborée à des fins de vitrine commerciale, source du bourbier dans lequel est encore empêtré le désormais très médiatisé « fleuron américain » F-35. Entre système AEGIS mis à mal dans le passé et furtivité déjà obsolète de leurs appareils de dernière génération, la suprématie technologique américaine ne semble plus qu'un lointain souvenir.

Mauvais karma donc pour les états-unis, qui après avoir organisés la chute de l'URSS et s'être un peu trop reposés sur leurs lauriers par arrogance, font face à une nouvelle armée russe très redoutable et recomposée par les soins d'un visionnaire Vladimir Poutine durant ses mandats. Pour autant, les possibilités que la situation s'enflamme sont réelles, et la Russie s'y prépare activement puisqu'elle a procédé à un exercice de protection civile en envoyant ses 40 millions de citoyens dans 5000 abris souterrains et en réunissant 200 000 professionnels d’unités de sauvetage et 50 000 pièces d’équipement. Ça ne rigole plus !

D'autant plus que très récemment dans le théâtre de la crise syrienne et suite à des menaces de Washington, le major-général Igor Konachenkov, chef de la Direction du service de presse et d’information du ministère de la Défense de la Fédération de Russie, a ouvertement rétorqué :

En ce qui concerne les menaces de Kirby [porte-parole du Département d’État] sur de possibles pertes d’avions russes et le renvoi de soldats russes en Russie dans des sacs mortuaires, je voudrais dire que nous savons exactement où et comment de nombreux « spécialistes non officiels » opèrent en Syrie et dans la province d’Alep, et nous savons qu’ils sont impliqués dans la planification opérationnelle et supervisent les interventions des militants. Bien sûr, on peut continuer à insister sur le fait qu’ils sont impliqués sans succès dans la tentative de séparer les terroristes de al-Nusra des forces de l’« opposition ». Mais si quelqu’un tente de mettre ces menaces à exécution, il n’est pas du tout certain que ces militants auront le temps de se sortir de là.

La rhétorique russe est donc limpide : vous nous attaquez et nous attaquerons les forces étasuniennes en Syrie. Fait intéressant, l’agence de presse iranienne Fars a rapporté récemment qu’une telle attaque russe avait déjà eu lieu :

30 agents israélien du renseignement extérieur tués dans une attaque de missile Kalibr russe à Alep :

Les navires de guerre russes ont tiré trois missiles Kalibr sur la salle des opérations de coordination d’officiers étrangers dans la région de Dar Ezza dans la partie ouest d’Alep, près de la montagne Sam’an, tuant 30 officiers israéliens et étrangers, a annoncé le service en arabe de l’agence de presse russe Sputnik, citant une source du champ de bataille d’Alep qui l’a dit mercredi. La salle des opérations était située dans la partie occidentale de la province d’Alep au milieu de la haute montagne Sam’an et d’anciennes grottes. La région est profondément insérée dans une chaîne montagneuse. Plusieurs officiers américains, turcs, saoudiens, qataris et britanniques ont aussi été tués en même temps que les officiers israéliens. Les officiers étrangers qui ont été tués dans la salle des opérations d’Alep dirigeaient les attaques des terroristes à Alep et Idlib.

La situation est donc clairement montée d'un cran entre les deux blocs, et le choix des options semble donc diminuer dans cette partie de poker engagée par les états-unis. Ne pensez pas assister à cette escalade en simple spectateur, ce serait sans compter la volonté de nos dirigeants à nous engager dans ce conflit, puisque le « fou utile » François Hollande a déclaré menacer la Russie d'une guerre.

Au stade ou nous en sommes, et si tout ne pète pas avant, les résultats des élections américaines pourraient s'avérer décisives : Hillary Clinton passe et tout bascule, Donald Trump s'impose et il reste un espoir...

Le Veilleur

La Russie change de ton : ultimatum & conséquences

Face à l’agitation échevelée et paroxystique, et hystérique également de Washington où l’on vit au rythme des fuites vers la presse-Système, des déclarations d’officiels, des scénarios exposés à ciel ouvert d’agression illégale au regard des lois internationales d’un État souverain selon une démarche caractérisée par le désordre, l’irresponsabilité et l’agressivité, face à la fragmentation du pouvoir US de sécurité nationale en des blocs concurrents où le Commande-en-Chef (le Président) semble avoir renoncé à son autorité suprême, la Russie a réagi en posant un acte général s’apparentant à un ultimatum sous plusieurs formes.

Cet ultimatum est de type passif, c’est-à-dire laissant à l’autre l’initiative de l’action, mais clairement assorti de menaces précises de type politique et de type militaire direct, d’une riposte qui ne s’assortit d’aucune réserve ni conditions de restriction : une riposte totale avec tous les moyens disponibles, qui sont considérables.

(Sur ce dernier point, on sait que la Russie a déployé là où il faut, en Syrie, les moyens précis de répondre à l’agression par la menace d’une riposte militaire effective et considérée comme extrêmement crédible : le déploiement notamment des S300V4 « Anteys-2500 » [s’ajoutant aux S400 déjà déployés] qui peuvent constituer un moyen de riposte mettant les forces US devant la possibilité d’un revers militaire significatif, au retentissement international catastrophique, et avec le potentiel, selon le choix qui serait fait, d’une escalade extrêmement dangereuse. Il est important de ne pas oublier que les Russes ont peut-être déployé des missiles SS-26 Iskander à capacités nucléaires à la base de Khmeimim en Syrie : le « peut-être » fait partie de l’incertitude entourant le fait de la dissuasion nucléaire, rendant d’autant plus délicate l’évaluation de la situation. Stratégiquement, s’il y a des armes nucléaires russes à Khmeimim, cette base apparaît alors comme le pendant stratégique parfait de l’élément US dans la base turque d’Incirlink, avec les armes nucléaires US qui y sont entreposées, – ou bien, qui auraient été transportées vers la Roumanie, là encore, incertitude de la dissuasion nucléaire...)

La nouvelle posture russe est une conséquence inévitable de l’évolution hystérique et paroxystique du désordre US, à la fois du fait de la composition hétéroclite et atomisée de sa base d’influence des milieux de sécurité nationale, à la fois de l’atomisation du pouvoir suprême, à la fois de la pression déstabilisatrice de l’élection présidentielle la plus incertaine, la plus controversée et la plus révolutionnaire de l’histoire moderne des USA, au moins depuis 1860. La situation de confrontation n’est donc en rien un classique du genre : il n’y a pas deux blocs cohérents qui s’opposent mais deux ensembles dissymétriques, l’un qui est soudé et l’autre qui est insaisissable et irresponsable. C’est bien entendu ce point qui constitue l’aspect le plus original et le plus volatile, compte tenu de l’extrême gravité de l’enjeu.

Le changement vers le durcissement de la position russe se signale de plusieurs façons, avec des interprétations dans l’un ou l’autre cas.

• « Poutine a lancé un ultimatum aux USA », voilà le titre de l’article de Rostislav Ishchenko, dans RIA Novosti repris dans Russia Insider le 6 octobre et poursuivi par ce sous-titre : « Poutine ne demande pas seulement des excuses, il veut un changement complet de la politique américaine ». Tout cela concerne la décision de Poutine de cesser la coopération avec les USA dans le domaine du retraitement de l’uranium. Le thème peut ne pas paraître absolument essentiel, mais ce sont bien les conditions que Poutine met à une reprise du processus qui sont intéressantes... Elles montrent que, désormais, dans les relations entre les USA et la Russie, du côté russe le ton est beaucoup plus abrupt, qu’il ressort effectivement de la notion d’ultimatum.

• Concernant la situation en Syrie et le déploiement des S300V4 « Anteys-2500 », il y a eu des déclarations officielles du ministère de la défense russe signalant que ces systèmes sol-air, ainsi que ceux qui étaient déjà en place, ont pour mission explicite d’intervenir contre toute attaque aérienne, notamment et essentiellement des USA (et, en général de « la coalition antiterroriste » que les USA ont formée) qui aurait lieu contre la Syrie (c’est-à-dire son gouvernement, ses forces armées, sa population). On voit ci-dessous (le 6 octobre) combien cette déclaration du porte-parole est détaillée et précise, notamment sur les capacités des systèmes défensifs russes et concernant leurs cibles, et combien elle rompt radicalement avec l’explication initiale du déploiement des nouveaux S300V4 « Anteys-2500 » (« Le S300 est un système uniquement défensif et il ne constitue en rien une menace pour quiconque »). On note même une allusion précise aux avions et autres systèmes aériens disposant de la technologie furtive (stealth technology), c’est-à-dire nécessairement des systèmes US, pour les avertir qu’ils ne sont nullement à l’abri des tirs russes : par conséquent, avions US ou pas, avions « invisibles » ou pas, les S300 & Cie russes s’occuperont d’eux...

Il ne semble nullement assuré que cette évolution de la position russe soit une mauvaise chose ou dans tous les cas un facteur d’aggravation, dans un contexte général qui est à la fois gravissime mais aussi bouffon avec l’agitation grotesque à Washington et les incroyables médiocrités de l’un ou l’autre supplétif (à Ayrault, en sinistre visite à Moscou avant la venue de Poutine à Paris, le pompon du grotesque d’une ternitude qui fait penser que la politique étrangère française ressemble au Désert des Tartares revu par un notaire). Il s’agit de notre fameuse « tragédie-bouffe » où le concept de tragédie ne cesse de s’aggraver tandis que l’humeur-bouffe ne recule en rien dans le domaine du désordre hystérique. Aucun des facteurs n’influence l’autre, notamment dans le sens de la modération ; les deux, le tragique et le bouffe, sont simplement représentatifs de la structure obscène de notre façon de traiter les grandes affaires du monde, comme des « sous-traitants », des « stagiaires » d’occasion, sans nulle vision globale.

La nouvelle position russe a la mérite, elle, de la clarté structurée. Elle devient une référence dans la crise, et chacun devra s’en arranger dans le sens qui lui plaît. Il n’est pas assuré, par exemple, que la position d’extrême de l’extrême du sénateur McCain en soit confortée : ce que fait Poutine n’apporte pas d’eau à son moulin déjà beaucoup fourni à cet égard, par contre elle fixe une échéance et une occurrence qui n’est pas vraiment sans très grave danger pour le statut de la puissance US, – et cela constitue une nouvelle d’une importance considérable, un tournant dans la crise générale... Cela vaut pour tous les acteurs hollywoodiens de Washington : désormais ils ne brassent plus du vent où ils peuvent écrire ce qu’ils veulent en sachant que le vent emporte et disperse tout cela.

Désormais, ce qu’ils disent et ce qu’ils annoncent à grands cris et à coup de « fuites » irresponsables dans la presse-Système rencontrent une réalité très concrète, très dure, très effrayante, très risquée, où la communication ne se suffit plus à elle-même mais porte sur des domaines extrêmement concrets. Pour parler d’un cas très concret puisqu’il s’agit d’une incursion dans une vérité-de-situation qui a des aspects immédiatement menaçants, le facteur S300V4 « Anteys-2500 » qu’on a vu hier, qui est désormais affiché pour ce qu’il est, ne représente pas le mythe réalisé de l’« arme-miracle », ou « arme-absolue » qui bouleverse tout, mais c’est une noix extrêmement dure à croquer, du type où l’on peut se casser bien des dents, qui a fait reculer plus d’un général US ayant une conscience claire du risque couru.

De ce point de vue, les Russes ont avancé d’un pas, peut-être décisif, dans leur position en Syrie. Pour l’instant, il ne s’agir que de communication, et peut-être cela le restera-t-il (sans attaque US contre Damas) ; d’ailleurs, dès hier, il semblait qu’à nouveau, dans la valse-hésitation sans aucun doute grotesque dont Washington nous donne le spectacle permanent, ce soit plutôt à nouveau l’approche diplomatique qui soit favorisée (et, peut-être le déploiement des S300V4 « Anteys-2500 » y est-il pour quelque chose...).

Cette position de communication des Russes s’appuie sur une très forte position militaire tactique, avec des objectifs stratégiques affirmés officiellement et au plus haut niveau. On sait maintenant que, le plus officiellement du monde, avec les moyens pour le faire, la Russie assure la défense aérienne de la Syrie contre n’importe quel adversaire, y compris et surtout les USA.

Source Dedefensa

Lire également : Que peuvent les Russes face à une attaque américaine en Syrie ? (Le saker)




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