Syngenta : Un livre noir dénonce les pratiques du jumeau de Monsanto


Tout le monde connaît Monsanto, le monstre (à plus d'un titre) de l'agro-alimentaire dont la sinistre réputation n'est plus à faire. Mais certains d'entre-vous ne connaissent peut être pas ou mal un autre géant tout aussi glauque qui n'a pas à rougir devant le premier, à savoir Syngenta.

Pour rappel, Syngenta est une société suisse spécialisée dans la chimie et l'agroalimentaire, issue de la fusion des sociétés AstraZeneca et Novartis. Elle est le leader mondial dans la recherche liée à l'agriculture, en particulier la production de produits phytosanitaires et semences. Syngenta emploie environ 25 000 personnes dans plus de 90 pays (chiffres de 2009).

Un passage provenant de wikipédia est éloquent :

Selon des médias alter-mondialistes, Syngenta serait l'employeur d'une milice privée qui intervint au Brésil le 21 octobre 2007 contre une occupation par le mouvement des travailleurs sans terre. Cette intervention s'est soldée par la mort de deux personnes.

De nombreux scientifiques, repris par des associations, tiennent le pesticide neurotoxique Cruiser en partie responsable de la surmortalité des abeilles15. En effet, le produit « Cruiser » contient du thiaméthoxame qui est mis en cause dans le phénomène de surmortalité des abeilles.

La revue Science en mars 2012, confirme des impacts négatifs des néonicotinoïdes sur deux pollinisateurs essentiels : l'abeille domestique et le bourdon commun. Présents par diffusion dans le nectar et le pollen des fleurs de cultures industrielles telles que le maïs et le colza, ils affectent le système nerveux des insectes.

Il ne s'agirait pas de la seule cause du syndrome d'effondrement des colonies d'abeilles, mais il y participe et accélère la régression de ces pollinisateurs.

Le Veilleur

Syngenta mis à nu dans un livre noir

Monsanto a un frère jumeau en Suisse. La firme Syngenta s'attire les mêmes critiques que son aîné, et collectionne des « affaires », désormais réunies dans un livre noir.

Ce n'est pas un polar mais il en partage la noirceur. L'imposant ouvrage de 300 pages Le livre noir de Syngenta [1], rédigé par la coalition d'ONG et de syndicats Multiwatch [2], passe en revue les activités contestées de la multinationale domiciliée à Bâle. Ainsi que nombre d'affaires dans lesquelles s'est illustré ce champion de l'agro-industrie.

Parmi d'autres : la production de pesticides toxiques, dont le redoutable Paraquat, et leur impact sur la santé et l'environnement, son recours systématique au travail temporaire, sa responsabilité dans l'assassinat d'un paysan au Brésil (lire ci-dessous), son implication supposée dans le coup d’état de 2012 au Paraguay et son rôle probable dans l'hécatombe des abeilles en Europe et aux États-Unis [3].

C'est aussi à un portrait de la firme auquel se sont livrés les nombreux auteurs ainsi qu'à une histoire des résistances à ce mastodonte de la chimie agricole et des OGM. Si la propriété de la multinationale va prochainement passer aux mains de la firme chinoise Chemchina, pour un montant de près 44 milliards de francs, le siège de Syngenta devrait rester en Suisse.

Le point avec Ueli Gähler, l'un des auteurs du livre pour Multiwatch, qui protestait encore mardi dernier à l'occasion d'une manifestation organisée pendant l'assemblée générale du groupe.

Comment définiriez-vous brièvement Syngenta ?

Ueli Gähler : Une firme domiciliée en Suisse qui est devenue dans les années 2000 le premier producteur de pesticides au monde et le troisième fabricant de semences. Avec Monsanto, elle est le symbole de l'agriculture industrielle, et, pour nous, l'ennemi juré de la souveraineté alimentaire.

Les trois quarts environ de ses activités sont consacrées aux produits phytosanitaires, un quart aux organismes génétiquement modifiés (OGM). Elle a désormais pour premier objectif de disséminer les OGM et leurs pesticides associés à la Chine et à l'Afrique.

Qu'est ce qui vous semble le plus préoccupant dans les activités de la firme ?

Ce sont les patentes sur la vie qui me scandalisent le plus. Il ne s'agit pas seulement de brevets des inventions techniques, mais aussi des plantes déjà existantes.

Nous assistons à l'appropriation de la nature par des multinationales dans le but de constituer des monopoles sur le marché des semences. Avec pour effet d'obliger les paysans à acheter des graines qu'ils produisaient auparavant eux-mêmes librement, ce qui provoque souvent leur faillite. Et de réduire drastiquement la biodiversité avec tous les risques écologiques que cela représente. La préservation des variétés de graines est indispensable pour faire face aux maladies des plantes, aux parasites et au changement climatique.

L'effet des pesticides sur la santé des travailleurs et des populations riveraines des champs et l'environnement est aussi documenté.

Oui, de nombreux cas de leucémies, problèmes respiratoires et de peau, malformations congénitales et affections du foie ont été constatés chez les paysans et dans les zones d'habitations proches des plantations arrosées par les pesticides.

Le plus dangereux est Paraquat, un herbicide interdit dans 32 pays dont la Suisse, mais toujours commercialisé dans de nombreux pays du Sud (lire ci-dessous, ndlr).

Syngenta minimise la toxicité de ses produits. Pis, lorsque les collectivités locales essaient de protéger leurs populations, la multinationale leur met des bâtons dans les roues.

Nous avons reçu en Suisse des représentants de communautés de l'île de Kauai, de l'archipel d'Hawaï, qui sont venus nous informer. Sous pression des habitants, leur parlement a décidé en 2014 d'imposer une zone tampon de 100 mètres entre les champs d'expérimentation OGM de Syngenta et les hôpitaux et les écoles ainsi que d'obliger la firme à dévoiler la nature et la quantité des pesticides. Syngenta a fait recours, n'hésitant pas à mettre en péril la santé des habitants. Or nous savons que la concentration des pesticides à cet endroit est particulièrement élevée.

Les agissements de géants comme Syngenta peuvent avoir des conséquences politiques de premier ordre. Quel a été le rôle de la firme Suisse dans le coup d’état au Paraguay ?

Nous n'avons pas de preuve d'une participation directe au putsch de 2012. En revanche, il a été démontré que les organisations patronales paraguayennes y ont joué un rôle direct. Or, Monsanto et Syngenta en font partie et sont les premiers bénéficiaires du renversement du président Fernando Lugo, lequel voulait freiner les OGM dans son pays.

Cette technologie concerne surtout le maïs et le soja qui sont produits en grande quantité pour être exportés afin de nourrir les animaux d'abattage ou de produire des agrocarburants. Il ne sert pas à alimenter les populations locales.

Vous dites que Syngenta fait elle-même de la politique. Comment ?

Premièrement, la firme finance les campagnes électorales de certains partis. C'est très clair aux États-Unis et à Hawaï. Ses activités de lobbying sont aussi importantes. A Bruxelles, elle dispose de cinq employés dédiés à cette tâche qui ont leurs entrées à la Commission européenne.

Un autre dispositif qui me paraît redoutable, c'est le « revolving doors » (pantouflage): Syngenta, comme d'autres multinationales, embauche de nombreux haut fonctionnaires ou responsables politiques quand ils en viennent à quitter leurs fonctions publiques. Un moyen de s'assurer de leurs appuis lorsqu'ils sont aux affaires.

Au-delà du cas Syngenta, c'est tout le système agro-industriel que vous remettez en cause, pourquoi ?

Les désastres pour la nature, la santé et les paysans sont gigantesques. De surcroît, ce système n'a pas pour objectif de fournir des aliments, mais de créer davantage de profits pour les détenteurs de capitaux.

En revanche on sait désormais que l'agroécologie peut répondre aux besoins de l'humanité. En 2008, un rapport de 500 scientifiques mandatés par les Nations unies et la banque mondiale [4] a montré les progrès incroyables de cette nouvelle science écologique. Les travaux de l'entomologiste Miguel Altieri, de l'Université de Berkeley, qui préface notre livre, sont très encourageants.

Syngenta a été rachetée. Que cela change-t-il pour votre lobby en Suisse la concernant ?

Si Syngenta quitte la bourse suisse, nous aurons moins d'accès à l'information. Car c'est grâce aux rapports remis aux actionnaires que nous sommes mis au parfum des données internes à l'entreprise.

Il est un peu tôt pour se prononcer car les effets concrets de ce rachat sur Syngenta restent à déterminer. Cela fait déjà un moment que ce n'est plus une entreprise suisse. La majorité des actions était déjà détenue par des investisseurs institutionnels étasuniens et anglais et non par des capitaux suisses.

Par Christophe Koessler - Article complet sur lecourrier.ch

Notes

  • [1] Le livre n'est pour l'instant disponible qu'en allemand sous le titre Schwarzbuch Syngenta, dem Basler Agromulti auf der Spur, Editions 8, 2016. Il sera traduit en anglais, puis en français. Peut être commandé au travers de la page Internet: www.multiwatch.ch
  • [2] Multiwatch réunit une quinzaine d'organisations, dont la Déclaration de Berne, Alliance Sud, Swissaid, le CETIM, le SIT, Unia Berne, Attac, Solidar
  • [3] Syngenta produit des pesticides contenant des néonicotinoïdes, reconnus notamment par la revue Science en 2012 pour nuire aux abeilles
  • [4] Le rapport s'intitule « Evaluation internationale des connaissances, des sciences et des technologies agricoles pour le développement »


Commentaires 4

avatar de PH7
  • Par PH7 0 0
  • Comme toute industrie, seul le profit est recherché. Mais en qualité de technicien de l'eau, je n'ai jamais caché mes inquiétudes à propos de toute la chimie déversée que l'on retrouve à l'état de traces.
    Ce n'est pas tant le produit chimique en soit qui pose problème mais plutôt le coktail de tous ces produits qui en se mélangant produisent de nouvelles combinaisons souvent bien plus dangeureuses que les produits initiaux mais non étudiées puisque censées ne pas exister.
    Or toutes ces sociétés savent bien qu'elles ne sont pas seules sur le marché et devraient tenir compte des effets de leurs produits sur l'environnement et la santé des gens. Cela me ramène encore et toujours sur mon cheval de bataille qui est la puissance de l'argent mal encadrée et dominant absolument tout sur cette terre, y compris ceux qui pensent maîtriser cette énergie.
    Cela conforte également mon opinion négative sur l'existence de ces multinationales qui devraient être mieux encadrées par les états et populations. Comme l'argent et le mensonge vont de pair et qu'à l'heure actuelle il n'y a aucun moyen de contrôler ces entreprises, il ne reste qu'à espérer un événement majeur mettant fin à leur égémonie. La nature saura quand à elle reprendre ses droits et s'adapter aux poisons versés.

avatar de PH7
  • Par PH7 1 0
  • Je reviens sur le sujet car moi, je mange sain !

    Oui, je mange sain, à partir de produits naturels cuisinés à la maison.
    J'ai fait des calamars sauce armoricaine et j'ai recherché d'où viennent les produits :
    Mon calamar a été pr?ché en zone 87 (large du Chili en pleine zone contaminée par la fuite de Fkujima)
    Mes tomates sont issues de l'agriculture intensive hy-drop-onique, largement aspergées d'au moins dix produits chimiques.
    Mon ail est venu d'Ukraine, pas loin de Tchernobyl,
    Mes herbes aromatiques ont été produites industriellement sous serres en pologne.
    Mon vin blanc avec beaucoup de sulfates est issu d'un mélange européen de cépages traités comme il se doit et chaptalisé par ajout de sucre. Idem pour mon Cognac dilué à l'eau.
    Et j'ai appris que mon sel était issu de mines avec adjuvants anti-agglomérants, fluor et agents blanchissants.
    Le riz d'accompagnement ne vaut guère mieux, suite aux multiples traitements subits.
    Pour la salade, produite localement, j'ai surpris les épandages dans les champs avec um mec habillé en cosmonaute pendant que d'autres étaient penchés à collecter les salades.
    Pour le dessert j'ai trouvé de superbes fraises d'Espagne, belles, sucrées, bien rouges et dont l'eau de rinçage avec du citron laisse un dépôt bizzare au fond du saladier.
    Il faut faire confiance à Synergia et toutes les autres industries similaires pour nous concocter les aliments de demains, sains, sans produits naturels qui risquent de vous rendre malade.

avatar de Le-veilleur
  • Par Le-veilleur (Admin) 0 0
  • « manger » et « sain » seront demain deux concepts totalement incompatibles et désuets Pour ma part je privilégie toujours les petits commerçants et agriculteurs a proximité.

avatar de PH7
  • Par PH7 0 0
  • Même avec les petits producteurs à proximité, il existe des risques de contaminations, pas obligatoirement du fait du producteur choisi mais par son « voisin » qui épand à tout va. L'observation d'un champ, entouré de bois et les analyses de terrain font apparaître la disparition de la biodiversité et l'augmentation de résidus chimiques dans les sols. Là où il y avait plus de 30 espèces d'insectes à l'are, il n'en réside plus que 3 majoritairement et l'on remarque la disparition de plusieurs herbacées sur cette même surface. Même le nombre d'oiseaux a diminué de façon inquiétante sur cette parcelle de terrain et les bois environnants.

    Sinon pour manger, il ne restera que les pilules nutritives ... aimablement fabriquées par Syngenta et consort !

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