Sanctions anti-russes : Changement de paradigme ou rébellion européenne ?


Bonne nouvelle, et pas des moindres, on apprend aujourd'hui que l'Assemblée nationale vient de soutenir le projet de résolution lancé par le parlementaire Thierry Mariani, et qui appelle à lever les sanctions économiques imposées par l'Union européenne contre Moscou.

Sur les 99 députés qui ont pris part au scrutin, 55 ont voté pour la résolution dans une salle presque vide puisque n'étaient présents que 101 votants au total. Évoquant les agriculteurs, l'avenir des enfants et la paix dans le monde, Thierry Mariani a déclaré :

Des sanctions ne sont un levier sur rien. Aujourd'hui, le paradoxe est que ceux qui ne respectent pas ces sanctions en priorité sont le gouvernement ukrainien et que ces sanctions pèsent sur le gouvernement russe et par ricochet sur les économies de certains pays européens.

Appelant à soutenir la résolution, le député de l'Aube Les Républicains (LR) Nicolas Dhuicq s'est à son tour exclamé :

Les Ukrainiens russes paient le prix du sang ! Et d'ajouter, Pensez aux agriculteurs, pensez à vos enfants, pensez à la paix dans le monde !

C’est la première fois que l’Assemblée nationale française s’exprime officiellement sur le sujet. La résolution a été soutenue notamment par les Républicains et l'Union des démocrates et indépendants. Les Socialistes et les Écologistes ont voté contre la résolution.

(source sputniknews)

A la différence d'une loi, une résolution parlementaire n'est pas contraignante. Elle est surtout utilisée par les parlementaires pour formuler un vœu, une recommandation.

Hier encore, dans un entretien accordé à Sputnik, Nicolas Dhuicq, député Les Républicains à l'Assemblée nationale, commentait que la France, et particulièrement l'agriculture française, paie un très lourd tribut aux sanctions qui sont imposées en réalité par les États-Unis contre la Russie.

Les Etats-Unis appliquent la doctrine Brzezinski qui consiste à empêcher que l'Union européenne et la Fédération de Russie travaillent ensemble et se rapprochent pour faire un bloc continental européen puissant et important.

, a-t-il fait remarquer, soulignant qu'une majorité de ses collègues socialistes élus des territoires ruraux, où les agriculteurs souffrent largement, doivent être raisonnables et voter en faveur de la levée des sanctions.

Je pense qu'une majorité des parlementaires des Républicains et de l'UDI sont favorables à la levée des sanctions. Malheureusement la majorité en France, comme vous savez, est dite de gauche, le groupe majoritaire est le groupe socialiste. Nous espérons que plusieurs députés socialistes auront l'intelligence de suivre l'intérêt général du pays qui nécessite de lever ces sanctions.

(source sputniknews)

Cet évènement intervient peu de temps après qu'une source diplomatique grecque révèle que les autorités de différents pays de l'union européenne commencent à changer leur fusil d'épaule. La source indique que :

On exerce des pressions sur Kiev et celle-ci doivent selon nous être renforcées (...) L'Italie a déclaré qu’en juin les sanctions contre la Russie ne seraient pas automatiquement prorogées, cette question fera l'objet d'une discussion. L'Italie, la France, l'Allemagne et l'Autriche se prononcent en faveur de la levée des sanctions. Mais il y a également un autre facteur, les États-Unis, où les élections présidentielles se tiendront prochainement. Néanmoins, il faut faire cela [lever les sanctions, ndrl] maintenant, sans attendre le nouveau président américain, a poursuivi la source ajoutant que « l'atmosphère en Europe était en train de changer ».

(source sputniknews)

Changement de paradigme ou rébellion européenne ?

Bien évidemment, on constate l'éternel déni de réalité des Socialistes et des Écologistes qui ont une nouvelle fois prouvé leur manque de tout bon sens en votant contre la résolution, mais comme le dit si bien Brassens « Quand on est con, on est con... », et que comme nous le savons, le temps ne fait rien à l'affaire ! France info indique de son coté que le secrétaire d’état aux Affaires européennes, Harlem Désir, avait appelé les députés à ne pas adopter ce texte, ce qui n'est nullement une surprise...

J'avoue ne pas m'être penché sérieusement sur de potentielles et sincères affinités entre le parti des républicains et Moscou, mais vous noterez le timing étonnant reliant cette prise de position du parti aux multiples casseroles (à ce stade, on appelle cela une batterie), situé entre l'approche des débuts de campagne des élections présidentielles de 2017 en France, et celle actuellement en cours aux États-Unis, ou rien n'est encore joué entre Trump et Hillary, sachant que seule cette dernière soutiendra ces sanction lancées par un Obama sortant.

Pour le moment rien n'est joué, car comme il est dit plus haut, une résolution parlementaire n'est pas contraignante et s'assimile à une recommandation et n'a pas valeur de loi, puisque comme le souligne en 2014 Le figaro, la procédure reste très encadrée pour ne pas nuire à l'exécutif.

Si l'on part du constat qui ne semble souffrir d'aucune contradiction, et selon lequel les politiciens aux commandes sont tous des menteurs chroniques obéissants aux directives soumises par Washington, que pouvons nous anticiper face à ce changement de direction ?

Un premier constat est que le parti des républicains vient indéniablement de récupérer des voix en vue des élections de 2017, à une période ou de plus en plus de personnes prennent conscience du caractère nocif et contre productif des sanctions à l'encontre de la Russie, et que les Américains qui sont à l'origine de ces directives, continuent de leur coté de commercer avec ce pays. De qui se moque-t-on ?

François Hollande pourrait quant à lui avaliser ces recommandations et ainsi récupérer quelques points, mais au stade ou il en est, j'ai bien peur que cela ne suffise pas à renverser la tendance qui est contre lui. Non, échaudés par l'ancien gouvernement de Sarkozy (RPR), celui qui pourrait mieux que les autres tirer son épingle du jeu est Emmanuel Macron, qui s'est dit pour la levée des sanctions, dans la mesure ou les accords de Minsk seraient respectés (faudrait-t-il encore pour cela que l'Ukraine les respecte, ou que l'OSCE ouvre les yeux...).

Géopolitiquement parlant, il faut bien prendre en compte que la réussite de l'intervention de Vladimir Poutine sur le sol syrien face aux terroristes est un coup d'éclat ayant de nombreuses retombées, à commencer sur un plan militaire, puisque le nombre de contrats d'armement entre divers pays et Moscou ne cesse d'augmenter depuis. Financièrement, ces contrats sont le nerf de la guerre, et la France ne peut se permettre éternellement de revivre l'épisode guignolesque des Mistral, quand bien même l'Australie lui donne un os à ronger !

Autre point important, l'évènement se produit à un moment ou la France durcit le ton dans les négociations sur le partenariat transatlantique, ce qui la aussi indique un revirement pour le moins inattendu. Il semblerait que l'hégémonie américaine, jusque là indiscutable, ait pris un sérieux coup dans l'aile, et la politique pour le moins stratégique de V. Poutine y est tout sauf étrangère.

Le changement de rapport de forces est significatif et influence indubitablement le choix des gouvernants de ce monde, tels des spectateurs qui attendent la fin d'un match pour connaître le vainqueur avant de l'acclamer, et dans le cas qui nous intéresse ici, de s'y rallier.

Seule la victoire d'Hillary Clinton, va-t-en guerre par excellence, pourrait ranimer ce feu en train de s'éteindre, tout comme l'a fait Obama jusqu'ici, et avant lui G. Bush...



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