Russie vs Etats-Unis : De surenchère en humiliation, puis de menace en ultimatum


Vous l'aurez sûrement remarqué, les médias officiels contribuent depuis quelques temps à augmenter considérablement le climat de terreur ambiante en brandissant la menace d'un affrontement nucléaire entre les deux « éternel rivaux », à savoir les États-Unis et la Russie. Mais qu'en est-il réellement ?

Bien que cela n'ait pas toujours été le cas, et malgré le fait que rien ne puisse plus me surprendre venant de la part des exterminateurs patentés que sont les États-Unis, j'ai du mal à adhérer à une hypothétique guerre nucléaire entre les deux blocs, du simple fait qu'en aucun cas il ne pourrait y avoir de « vainqueur », mais ce n'est que mon analyse personnelle, et elle ne rejoint pas forcément la « logique » guerrière washingtonienne.

Quoiqu'il en soit, la situation vient d'évoluer dangereusement, montrant par la même une lassitude du Kremlin quant aux habituelles fourberies américaines, autrefois tolérées afin de ménager une marge diplomatique (et parfois même couvertes puisque Poutine a déjà tiré Obama de l'embarras), mais désormais ouvertement sanctionnées de manière à envoyer un signal fort et compréhensible à Washington, le tout sous forme d'ultimatum en réponse à une constante surenchère provocatrice, agrémentée depuis peu de menaces pour le moins imprudentes.

Cette réponse provient aujourd'hui de la chambre haute du parlement russe (RADA) qui vient d'approuver la décision de suspendre l'accord russo-américain sur le plutonium militaire suite à la violation des modalités de l'accord par les États-Unis. Car voyez-vous, Les États-Unis enterrent du plutonium militaire au lieu de le recycler comme cela est prévu par l'accord de non-prolifération nucléaire. La Russie a donc décidé de geler ce traité, et ce en parfait accord avec la convention de Vienne.

La violation de l'accord de non-prolifération nucléaire par les États-Unis n'est pas vraiment nouveau, mais au vu des récentes menaces aussi inconsidérées qu'irrespectueuses et prétentieuses, notre ami Vladimir a décidé de mettre un frein au bellicisme des fous furieux de l'OTAN. Cependant, si Vladimir Poutine est aux yeux de certains un fantasme français, pour d'autres férus d'une histoire bien-pensante écrite par des vainqueurs (de plus en plus démystifiée de nos jours), d'autres continuent de s'accrocher à l'éternelle et très négative image de l'ex URSS aujourd'hui révolue.

Parmi ces vomissements répétitifs, on peut lire de manière récurrente ce type de commentaires :

La pression économique se fait de plus en plus sentir en Russie

Ce n'est pourtant pas ce qui ressort de cette analyse de Jacques Sapir. D'autant plus que la dette publique de la Russie est de 20.40 % du PIB en 2015, alors qu'elle atteint le chiffre astronomique de 104.85 % pour les États-Unis (97.09 % pour la France).

les menaces de Poutine sur ses voisins donnent des effets contraire à ceux recherchés

Parmi ces « effets contraires », on peut noter des alliances et rapprochements (militaires et économiques) avec la Chine, l'Iran, la Syrie et plus récemment la Turquie, ainsi qu'un rapprochement annoncé avec les Philippines.

Le seul pouvoir de Poutine est sa capacité de nuisances. Sur tous les autres plans, la Russie est incapable de rivaliser avec l’Europe, la Chine ou les USA.

Incapable de rivaliser ? Qu'on m'explique en quels termes, sachant les capacités majeures de production et d'exportation en matières premières telles que le gaz naturel, le pétrole, mais également de minerais, de métaux raffinés et de minéraux industriels (titane, nickel, cobalt, vanadium, tungstène), tout comme sur le plan céréalier, puisque la Russie est devenue le premier grenier à blé mondial !

Pour en revenir à notre histoire de violation de l'accord de non-prolifération nucléaire de la part des États-Unis, la réponse du berger à la bergère est claire : Vous ne respectez pas le pacte, nous ne le respecterons désormais pas non plus. Forts de 8500 ogives (chiffre officiel) montées sur des lanceurs modernisés sur de nombreux points, comme le RS-28 Sarmat, ou « Satan 2 » pour les intimes, le tout couplé à des systèmes de défense du territoire ultra perfectionnés capables d'intercepter et détruire n'importe quelle menace volante, est il pertinent et réfléchi de pousser l'ours russe dans ses derniers retranchements, je vous le demande ?!

De plus, et bien que j'estime perfectibles les sources de référence de wikipédia, il suffit de comparer la liste des guerres des États-Unis avec celles impliquant la Russie pour rapidement comprendre lequel des deux pays est historiquement hostile...

Le Veilleur

Face à face Russie–US : La surenchère

Suite au décret émis par le Président de la Fédération de Russie de suspendre l’accord avec les États-Unis sur l’élimination réciproque du plutonium de qualité militaire, et la présentation à la Douma d’État du projet de loi correspondant, des disputes ont éclaté parmi les media pour savoir si cela était lié à la rupture de l’accord sur la Syrie. L’autre pierre d’achoppement est une interrogation : pourquoi la Russie, sachant que les États-Unis n’avaient pas rempli leur part de l’accord depuis nombre d’années, ne réagit-elle que maintenant ?

Certains experts nucléaires affirment que l’accord était objectivement bénéfique pour la Russie. Peut-être. Je ne suis pas un expert en la matière et il m’est difficile d’évaluer le degré de leur objectivité. En outre, ce qui est bénéfique du point de vue de l’industrie nucléaire peut très bien être désavantageux du point de vue de la sécurité.

En principe, je pense qu’il n’y avait pas de problèmes particuliers de sécurité. La Russie dispose d’un arsenal nucléaire suffisant pour infliger un coup dévastateur aux États-Unis. Washington le reconnaît aussi. La Russie possède aussi plus que suffisamment de matériel pour la production de nouvelles ogives nucléaires. Dans l’éventualité d’échanges à grande échelle de frappes nucléaires, la production d’un nouveau lot d’armes serait déjà redondant et, en effet, matériellement impossible. Le vrai problème serait de préserver des vestiges de civilisation, tout au moins au niveau de l’âge de pierre.

Concernant la Syrie – et pas seulement par rapport à elle – ce ne serait pas la première fois que les États-Unis concluent des accords seulement pour empêcher qu’ils s’accomplissent, et ensuite les concluent à nouveau. La forme de la réaction russe ne se compare clairement pas avec le rejet public de la coopération par Washington, bien que celle-ci n’ait même pas eu lieu.

Je pense que pour comprendre l’ampleur de cet incident, il est nécessaire de prêter attention au fait que Poutine n’a pas simplement retiré la Russie d’un contrat. Il a annoncé la possibilité d’y revenir, mais sous certaines conditions.

Regardons ces conditions :

  1. les États-Unis doivent lever toutes les sanctions contre la Russie ;
  2. des compensations doivent être payées, non seulement pour les pertes provenant des sanctions étasuniennes, mais aussi pour celles subies par les contre-sanctions russes ;
  3. que la Loi Magnitski soit abrogée ;
  4. la présence militaire des États-Unis en Europe de l’Est devra être fortement réduite ;
  5. les États-Unis devront abandonner leur politique de confrontation avec Moscou.

Le seul terme qui convient pour décrire l’essence des exigences de Poutine, est celui « d’ultimatum ».

Pour autant que je me souvienne, la dernière fois que Washington a été placé devant un ultimatum, ce fut par le Royaume-Uni à propos de l’incident du navire RMS Trent. Cela eut lieu en 1861, lors de la guerre civile étasunienne. Même alors, dans des conditions extrêmement difficiles, les États-Unis n’ont accepté de répondre que partiellement aux exigences britanniques.

Il convient de noter que les exigences britanniques en 1861 ne contenaient rien d’humiliant pour les États-Unis. Le capitaine d’un navire de la marine étasunienne avait en effet violé la loi internationale. Il avait arrêté des gens sur un navire neutre (britannique) et ainsi empiété sur la souveraineté du Royaume-Uni, ce qui a failli provoquer une guerre. Puis les États-Unis ont désavoué les actions de leur capitaine et libéré les prisonniers, refusant tout de même de présenter des excuses.

Poutine n’exige pas d’excuses ou la libération de quelques prisonniers, mais le changement de l’ensemble de la politique étasunienne, et de surcroît l’octroi à la Russie d’une compensation pour les pertes causées par les sanctions étasuniennes. C’est une exigence inacceptable et humiliante. Elle signifie essentiellement une capitulation complète et inconditionnelle dans la guerre hybride que Washington mène et n’avoue pas comme irrémédiablement perdue. Et viennent s’ajouter tous les paiements des indemnités et des réparations.

Quelque chose de similaire avait été exigé par la Couronne britannique aux États-Unis, juste avant la fin de la guerre d’indépendance, quand les Étasuniens étaient encore des sujets rebelles du roi George III. Ces cent dernières années, aucune personne n’a même imaginé parler sur ce ton à Washington.

Ainsi, la première conclusion serait : Poutine a délibérément et démonstrativement humilié les États-Unis. Il a montré qu’il est possible de leur parler durement, encore plus durement qu’eux-mêmes ont pris l’habitude de le faire, en s’adressant de manière méprisante au reste du monde.

Comment en est-on arrivé là ? En fait, à quoi Poutine aurait-il réagi ? Aurait-il cru que les États-Unis observeraient l’accord Kerry–Lavrov et maintenant serait-il bouleversé par ce qui est arrivé ? La Russie n’ignorait guère que Washington depuis des années n’observait pas l’accord sur le plutonium, mais Moscou a su tirer un bénéfice important de cela pour son industrie nucléaire, qui est devenue un quasi-monopole mondial dans le traitement du plutonium de qualité militaire et n’était manifestement pas perturbée par le retard technologique des États-Unis dans ce domaine, comme le prévoyait l’accord.

Une rude et presque immédiate réaction a suivi les déclarations de la Russie, elle émane du porte-parole du secrétaire d’État étasunien, disant que la Russie commencera à rapatrier ses troupes de Syrie dans des sacs mortuaires, à perdre des avions, et à subir des attaques terroristes qui accableront des villes russes.

En outre, la déclaration du Département d’État a été immédiatement suivie par l’annonce du Pentagone qu’il est prêt à lancer une frappe nucléaire préventive sur la Russie. Le ministère russe des Affaires étrangères a aussi indiqué que Moscou connaissait les intentions des États-Unis, leur volonté de lancer une guerre aérienne contre les forces gouvernementales syriennes, ce qui signifierait aussi contre le contingent russe légalement stationné en Syrie.

Quel autre événement serait-il survenu pour former l’arrière-plan de l’ultimatum de Poutine ? Les exercices d’il y a six mois impliquant des systèmes stratégiques de défense antiaérienne et antimissile, dans le but de repousser une attaque nucléaire contre la Russie, suivis par ceux du lancement d’une riposte. À ceux-ci s’ajoutent les exercices d’urgence de l’autre jour, pour vérifier la préparation de l’infrastructure de défense civile en cas de guerre nucléaire, impliquant quelques 40 millions de citoyens russes, fournissant des informations supplémentaires aux citoyens sur le plan d’action dans l’éventualité d’une « heure X ».

Si nous prenons le tout dans son ensemble, nous pouvons voir que les États-Unis ont depuis longtemps officieusement menacé la Russie avec un conflit nucléaire, et Moscou a régulièrement laissé entendre qu’elle était prête pour une telle tournure des événements et qu’elle ne reculerait pas.

Toutefois, en raison de la fin de mandat de la présidence d’Obama et du manque absolu de confiance en une victoire d’Hillary Clinton à l’élection présidentielle, les faucons de Washington ont décidé une fois de plus de surenchérir. Et maintenant, la situation a atteint un niveau extrêmement dangereux, où le conflit commence à atteindre le stade où il peut se développer de manière indépendante. À ce stade, l’Armageddon nucléaire pourrait commencer à cause de tout type d’incident, en particulier en raison de l’incompétence de certains hauts responsables du Pentagone ou administrateurs de la Maison Blanche.

À ce moment précis, Moscou a saisi l’initiative et fait monter les enchères, tout en élevant la confrontation à un niveau supérieur. Contrairement aux États-Unis, la Russie ne menace pas de faire la guerre. Elle fait tout simplement la démonstration de sa capacité à donner une rude réponse politique et économique susceptible, en cas de comportement inapproprié des États-Unis, de produire un résultat qui serait tout le contraire de ce dont rêve Obama : de détruire l’économie et le système financier de Washington.

En outre, avec ces actions, la Russie a gravement compromis le prestige international des États-Unis, en montrant au monde entier qu’ils peuvent être battus avec leurs propres armes. Le boomerang est revenu. Compte tenu de cette dynamique et de la tournure des événements, nous pourrions voir des centaines de représentants de l’élite étasunienne sur le banc des accusés de La Haye, non seulement durant notre vie, mais avant même que le prochain président étasunien assure son premier mandat de quatre ans à la Maison Blanche.

Poutine vient de donner le choix aux États-Unis. Soit ils réaliseront leurs menaces en déclenchant une guerre nucléaire, soit ils accepteront le fait que le monde n’est plus unipolaire, et commenceront à intégrer le nouveau format.

Nous ne savons pas quel sera le choix de Washington. Le pouvoir politique étasunien a un nombre suffisant d’individus idéologiquement aveugles et incompétents, prêts à brûler dans un feu nucléaire avec le reste de l’humanité, plutôt que de reconnaître la fin de l’hégémonie mondiale des États-Unis, qui s’est avérée de courte durée, insensée et criminelle. Mais ils auront à faire un choix, parce que plus longtemps Washington prétendra que rien ne s’est passé, plus le nombre de ses vassaux (qu’ils appellent leurs alliés, mais qui depuis longtemps sont enlisés dans la dépendance) ignoreront, ouvertement et explicitement, les ambitions étasuniennes et changeront de camp dans les nouvelles perspectives de configuration de puissance globale.

En fin de compte, les États-Unis pourraient en être réduits à ce que même le statut de centre parmi d’autres, dans un monde multipolaire, ne lui soit plus disponible. Non seulement les Africains, les Asiatiques et les Latino-Américains, mais aussi les Européens seront heureux de se venger pour leurs humiliations passées contre l’ancienne hégémonie. Et ils ne sont pas si humains et épris de paix que la Russie.

En conclusion, l’ultimatum de Poutine est une réponse à tous ceux qui en 2014, ont été outrés que les chars russes n’aient pas pris Kiev, Lvov, Varsovie et Paris et se demandent quel pourrait bien être le plan suivi par Poutine.

Je ne peux que répéter ce que j’avais écrit à l’époque. Si vous voulez vous confronter à hégémonie mondiale, vous devez alors être sûr de votre capacité à répondre à n’importe laquelle de ses actions. Les structures de l’économie, de l’armée, de la société, de l’État et de l’administration devraient toutes être prêtes. Si tout n’est pas tout-à-fait prêt, alors on a besoin de gagner du temps et se faire du muscle.

Maintenant, les choses sont prêtes et les cartes sont sur la table. Voyons comment les États-Unis répondront. Mais la réalité géopolitique ne sera jamais plus la même. Le monde a déjà changé. Les États-Unis se sont vus jeter le gant publiquement et n’ont pas osé le ramasser tout de suite.

Par Rostislav Ichtchenko – Le 5 octobre 2016 – Source FortRuss

Article original paru sur Ria Novosti – Traduit du russe par J. Arnoldski - Traduit de l’anglais par Alexandre Moumbaris, relu par Marie-José Moumbaris



Commentaires 1

avatar de PH7
  • Par PH7 1 0
  • Il n'y a malheureusement pas que la guerre nucléaire (donc sans vainqueur!), mais une autre forme de guerre de l'ombre, visant à asservir et éradiquer. Fais donc le point sur la situation économique, la spoliation des ressources de chacun, la privation des libertés .... Cette forme de guerre est aussi meurtrière et pire car en poussant les peuples à la pauvreté et l'ignorance, ils créent de véritables armées prêtes à s'entretuer pour un bout de pain, une goutte d'eau ou une façon de prier un Dieu. Je le constate tous les jours là où je suis ! Les soldats du futur sont les peuples eux-même, à la fois bourreaux et victimes consentantes à l'insu de leur plein gré. Les armes ne sont là que pour faire peur et inciter au combat mais ils savent bien qu'ils ne peuvent pas les utiliser, alors ils transforment les hommes en armes létales pour leurs plus grands bénéfices.

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