Russie : L'effet Browder, ou les dessous occultés de l'affaire Magnitski


En avril 2013, nous apprenions par les gros titres de la presse officielle que les États-Unis avaient placé sur une liste noire dix-huit personnes, en majorité des fonctionnaires russes, ayant soit-disant joué un rôle dans la mort en prison en 2009 du « juriste » Sergueï Magnitski.

Les personnes étant inclues dans la « liste Magnitski » ont vu leurs avoirs gelés sur le sol américain et ont été interdites d'entrée aux États-Unis. De même, tout ressortissant américain ayant fait commerce avec elles étaient exposées à des sanctions pénales. Ces évènements avaient bien évidemment contribué à raviver les tensions entre Washington et Moscou, tandis que la version officielle des faits vue par l'occident désignait comme à son habitude une culpabilité d'origine russe.

A l'époque, c'est en ces termes que le journal Le Monde nous livrait la vision politiquement approuvée des faits :

Avocat devenu un symbole de la lutte contre la corruption, Sergueï Magnitski, qui conseillait le fonds d'investissement occidental Hermitage Capital, est mort à 37 ans dans une prison de Moscou en 2009 après onze mois de détention provisoire. Il avait été arrêté après avoir dénoncé une vaste machination financière de 5,4 milliards de roubles (130 millions d'euros) ourdie, selon lui, par des responsables de la police et du fisc au détriment de l'Etat russe et d'Hermitage Capital.

La riposte russe à ces sanctions n'avait alors pas tardé, accompagnée d'une indignation face à une nouvelle ingérence directe dans ses affaires intérieures de la part des États-Unis, passés maîtres en la matière depuis longtemps. Bien que la version officielle fût largement acceptée du plus grand nombre, il en est une autre que je vous invite à découvrir...

Le Veilleur

Intouchable, Mr. Browder ?

Chapeau, Mr Browder ! Je lui tire mon chapeau, à ce type incroyable ! Le mois dernier, il a réussi à faire arrêter le visionnage d’un film, L'effet Browder, au Parlement européen (0), et il a fait retirer quelques articles de sites américains. Et voilà que cette semaine, il a réussi à faire de la projection aux US (exclusivement) de ce film critique sur sa propre histoire l'occasion d'un énorme branle-bas de combat.

Surtout pas de liberté d’expression pour ses ennemis, que nenni ! Ses avocats rôdent et menacent de poursuites quiconque creuse dans ses affaires sordides. Ses sbires ont réécrit sa notice Wikipedia, en expurgeant jusqu’aux discussions sur le sujet : malgré des centaines de posts, rien n’a survécu en dehors de la version officielle. Très peu d’hommes puissants sont parvenus à effacer leurs traces à ce point là.

Et malgré cela, la chance, toujours volage, est en train de lui tourner le dos, à ce Mr. Browder.

Qui est donc cet homme extrêmement influent ? Un homme d’affaires, un politicien, un espion ? Le magnat juif né américain William Browder - dit le Jewish Chronicle - se considère comme l’ennemi numéro Un de Poutine. Pour lui, Poutine n’est « pas ami des juifs », c’est un « tueur à sang froid » et même un « dictateur criminel, qui ne diffère en rien d’ Hitler, de Mussolini ou de Kadhafi. » Plus précisément, Browder, c’est l’homme qui a le plus contribué à déclencher la nouvelle guerre froide entre l’Occident et la Russie.

Les racines en étaient bien là, certes, mais c’est lui qui les a fait fleurir. Si les US et la Russie n’ont pas encore échangé leurs tirs de sommation nucléaire, ne lui en faites pas reproche : il a fait tout ce qu’il a pu. Et ce, pour une raison particulièrement valable: il a été frappé par le cruel suppôt d’Hitler Vladimir Poutine là où cela lui fait le plus mal, au porte-monnaie. A moins qu’il y ait eu encore une meilleure raison ?

C’est un petit fils du dirigeant communiste américain Earl Browder (1); il est arrivé en Russie au moment où celle-ci était le plus affaiblie après l’effondrement soviétique, et il a su rafler une fortune colossale grâce à des transactions financières opaques. Ce genre de fortunes n’est pas l’œuvre du Saint Esprit. Il était impitoyable, comme n’importe quel oligarque, pour s’enrichir personnellement.

Et voilà qu’il s’est mis en travers de Mr. Poutine, qui était, et qui reste très tolérant envers les oligarques tant qu’ils respectent les lois. Les oligarques ne le seraient pas s’ils trouvaient cela facile. Certains d’entre eux ont essayé de trouver une parade : Kohodorkovsky a atterri en taule, Berezovsky et Gusinsky sont partis en exil. Browder était dans une position particulière : c’était le seul oligarque juif en Russie qui ne s’était jamais soucié d’acquérir la nationalité russe. Il a été interdit de séjour en Russie, ses sociétés ont fait l’objet d’un audit, et le résultat laisse à désirer.

Comme vous pouvez le supputer, on lui a découvert d’énormes fraudes fiscales. Browder pensait que tant qu’il léchait les bottes à Poutine, il échapperait à une fin sanglante, et poursuivrait ses manigances en matière d’évasion fiscale. Il se trompait. Poutine n’est la marionnette de personne. Les flatteurs n’ont pas le champ libre en Russie. Et Browder avait vu trop grand. Il a commis deux fautes impardonnables. Les Russes avaient peur que les étrangers rachètent tous leurs biens pour une bouchée de pain, en faisant jouer les taux d’intérêt favorables et le manque de capital autochtone, comme cela s’était produit dans les Etats baltes et d’autres pays de l’Est, anciennement communistes.

Pour éviter cela, les actions des firmes les plus sûres, purement russes, comme Gazprom et d’autres, ont été négociées entre citoyens russes exclusivement. Les étrangers devaient payer bien plus cher. Browder a fait acheter des quantités d’actions de ce genre par des hommes de paille, et il était sur le point de prendre le contrôle du pétrole et du gaz russe. Or Poutine supposait bien qu’il avait agi dans l’intérêt de grandes compagnies pétrolières étrangères, pour renouveler les exploits de Mr. Khodorkovsky.

Sa seconde erreur, c’est d’avoir été trop cupide. Les impôts en Russie sont très bas, mais Browder n’avait pas envie d'en payer du tout. Il a engagé Mr. Magnitsky (NDV : chez nous Magnitski), un fiscaliste expérimenté, qui a mis à profit des lacunes dans le code des impôts russes pour éviter toute taxation. Magnitsky a installé des sociétés écran basées dans des zones franches de Russie, telle l’enclave pastorale Kalmykia, de petite taille, bouddhiste, et autonome. Le statut non-imposable de l'enclave lui avait été garanti afin de favoriser un essor économique et de réduire le chômage ; cependant les sociétés de Browder n’ont nullement contribué au moindre essor économique et n’ont pas créé d’emploi : c’était des sociétés sur le papier, prestement déclarées en faillite par leur propriétaire.

Autre entourloupe de Magnitsky, il a créé des sociétés dirigées par des handicapés, également exemptés d’impôts. Dans le film, certaines de ces personnes, souvent illettrées et à l’intelligence limitée, parlaient au réalisateur de papiers qu’ils avaient signés sans avoir pu les lire, et de sommes modestes reçues pour laisser transiter des millions par leurs comptes en banque.

Mr. Browder ne conteste pas ces accusations ; il dit qu’il n’y a rien de criminel dans le fait d’essayer d’éviter les taxes. On peut lire bien des choses sur les petites astuces de Magnitsky et Browder, et apprendre comment ils ont attaqué des firmes en faisant jouer les actionnaires minoritaires et en pratiquant d’autres schémas limpides.

Mais les méthodes de Magnitsky ont été éventées, et il a été arrêté. Dix mois plus tard, en 2009, il est mort en prison. A cette époque, son patron Mr. Browder était à l’étranger, et il a commencé sa campagne contre la Russie en espérant compenser ses pertes. Il a prétendu que Mr. Magnitsky était son avocat, et qu’il avait découvert des manœuvres frauduleuses et des larcins chez des membres du gouvernement, ce pourquoi il avait été emprisonné et torturé à mort. (2)

Le Congrès US s’est précipité pour proclamer le Magnitsky Act, première salve de la Deuxième Guerre froide. Selon ce décret, tout citoyen russe pouvait être déclaré coupable de la mort précoce de Mr. Magnitsky et de l’appropriation des biens de Mr. Browder. On pouvait dès lors faire main basse sur toute propriété russe, et geler les comptes bancaires russes, sans la moindre formalité juridique ou mise en demeure. Ce décret, les Russes l’ont jugé révoltant, d’autant plus qu’ils avaient mis au frais quelque 500 milliards de dollars dans des banques occidentales ; et ils ont riposté à leur tour, ce qui nous amène à la situation présente.

De fait, l’impact de la Liste Magnitsky a été minime : quelque vingt millions de dollars gelés et une douzaine de gens pas très importants empêchés de se rendre aux USA. L’effet psychologique a été bien plus important ; les élites russes ont brusquement réalisé qu’elles pouvaient perdre leur argent et leurs résidences à tout instant, non pas dans la Russie de Poutine censé être un suppôt de Satan, mais dans l’Occident libre, qu’ils avaient choisi d’avance comme refuge éventuel. Le Magnitsky Act a pavé la route de la confiscation chypriote des dépôts russes, des sanctions après la guerre de Crimée et du plein déploiement de la nouvelle Guerre froide.

Tout cela était bien triste pour la Russie, comme le premier désenchantement d’un adolescent, dans son histoire d’amour avec l’Ouest, mais finalement salutaire, à mon avis. Une lampée de guerre froide (bien froide, avec beaucoup de glaçons s’il vous plaît), c’est bon pour les gens ordinaires, tandis que le contraire, une alliance russo-américaine, est bon pour les élites. La pire époque pour les gens du peuple, en Russie, ce sont les années 1988 – 2001, quand les Russes étaient en amours avec les US. Les oligarques ont raflé tout ce qu’il pouvait y avoir à rafler, pour la revente à l’Ouest, et pour des cacahuètes. Ils s’achetaient des villas en Floride tandis que la Russie s’écroulait. Sale temps pour tout le monde, d’ailleurs : les US envahissaient le Panama et l’Afghanistan sans rencontrer d’opposition, l’Irak était puni de mort, la Yougoslavie bombardée et morcelée.

La guerre froide refaisant surface, une certaine normalité est revenue : les Russes ont arrêté les US dans leur élan pour détruire la Syrie, les officiels russes ont appris à aimer Sotchi au lieu de Miami. Pour cette seule raison, Browder mérite d’être compté au nombre des puissances qui veulent éternellement le mal, et qui, tout aussi régulièrement, amènent du mieux. Ce qui ne veut pas dire que le gouvernement russe ait apprécié la douche froide.

Les Russes ne reconnaissent aucune erreur ou motif politique pour justifier le fait de traiter avec Browder. Ils disent que Magnitsky n’était pas un avocat, mais seulement un expert en fiscalité, et qu’il avait été arrêté et jugé pour ses manigances en matière d’évasion fiscale, puis qu’il est mort de sa belle mort en prison. Personne ne les a écoutés, jusqu’à ce qu’on demande à Browder de témoigner sous serment, aux US. Rien à faire, il renâclait ! Pendant deux ans, des avocats avaient lancé des sommations et citations à comparaître, mais il courait vite. Il y a des vidéos très drôles où on le voit prendre la fuite devant la police US, à New York.

Un peu de bon sens s’est glissé dans les méninges américaines. The New Republic se posait la question : si Browder était vraiment victime de persécutions en Russie et avait préféré le système de la justice américaine pour rétablir l’objectivité, pourquoi refusait-il tellement de comparaître devant un tribunal américain ?

Arrive Mr Andey Nekrassov, réalisateur russe dissident. Il avait produit quelques films jugés hautement critiques du gouvernement russe. Il avait allégué que le FSB avait bombardé des maisons à Moscou pour justifier la guerre de Tchétchénie. Il avait condamné la guerre russe contre la Géorgie en 2008, et reçu une médaille des autorités géorgiennes ; il ne mettait pas en doute la version occidentale de l’affaire Browder-Magnitsky, et il a décidé de faire un film sur le noble homme d’affaires américain et le brave avocat russe qui se battait pour les droits de l’homme. Les organisations européennes et les parlementaires avaient fourni le budget pour le film. Ils comptaient bien sur le film pour dénoncer Poutine et glorifier Magnitsky le martyr.

Cependant, tandis qu’il faisait son film, Mr Nekrassov a connu son chemin de Damas : il a réalisé que tout le récit à la gloire de Browder reposait sur les paroles infondées de Mr. Browder lui-même. Après des recherches laborieuses, il est arrivé à des conclusions très différentes, et dans sa version des faits, Browder est un escroc qui tente d’échapper à la loi, tandis que Magnistsky était son compère dans ses activités inadmissibles.

Nekrassov a découvert une interview donnée par Magnitsky en prison. Dans ce document, il disait qu’il redoutait que Browder le fasse assassiner pour l’empêcher de le dénoncer, et qu’il en ferait son bouc émissaire. De fait, Browder a bel et bien tenté d’acheter le journaliste qui avait fait l’interview pour obtenir une version expurgée de la chose. Browder avait été le principal bénéficiaire de la mort du susdit, tandis que les enquêteurs s’étaient estimés satisfaits de la collaboration de Magnitsky.

Nekrassov n’a pas pu trouver la moindre preuve que Magnitsky ait cherché à enquêter sur les malversations d’officiels du gouvernement. Il était trop occupé à cacher ses propres manœuvres d’évasion fiscale. Et au lieu d’alimenter ses notions préconçues sur le sujet, Nekrassov a fait un film sur ce qu’il avait appris.

La projection du film avait été empêchée par le puissant Mr Browder au Parlement européen, mais à Washington, il y a des gens d’une autre trempe. Malgré les menaces de Browder, le film a été projeté, présenté par le meilleur des journalistes d’investigation américains, Seymour Hersch, qui a bientôt quatre-vingts ans, et reste intraitable. Il faut bien reconnaître qu’il n’y a pas plus farouche en matière de liberté d’expression que les US, sur toute la terre.

Qu’est-ce qui rend ce Browder si puissant ? C’est qu’il investit dans les hommes politiques. C’est probablement une qualité unique chez les juifs : ils dépensent plus que quiconque en contributions pour certains personnages. Les Arabes dépenseront plus en chevaux et en jets, les Russes aiment l’immobilier, les juifs aiment les politiques. La chaîne russe NTV a rapporté que Browder a généreusement financé les gens qui font les lois aux US. Et elle présente des preuves de transfert d’argent : une centaine de milliers de dollars a été donnée par les structures de Browder – officiellement – pour les sénateurs et les membres du Congrès, afin de les faire accoucher de la liste Magnitsky.

Des sommes bien plus importantes ont été transférées grâce aux bons offices des Frères Ziff, des hommes d’affaires judéo-américains super-riches, ont dit les enquêteurs dans deux articles publiés sur Veteran News Network et sur le Huffington Post. Ces deux articles ont été retirés des sites très vite sous la pression des avocats de Browder, mais on peut les retrouver en cache. Ils révèlent le nom du principal bénéficiaire de la générosité de Browder: il s’agit du sénateur Ben Cardin, un Démocrate du Maryland. C’est lui, le moteur derrière la Liste Magnitsky, au point que la dite a souvent été qualifiée « liste de Cardin ». Il soutient ardemment Hillary Clinton, et milite pour une bonne guerre froide. Qui plus est, Cardin est un membre éminent du lobby israélien.

L’affaire Browder est un cocktail concocté tout en haut de la classe juive huppée, à base de fric, d’espions, de politiciens, et de crime international. Presque tous les personnages impliqués se révèlent être des juifs, pas seulement Browder, les Frères Ziff et Ben Cardin. Même son ennemi, le bénéficiaire de l’escroquerie qui (selon Browder) a mis le grappin sur ses avoirs russes, est un autre homme d’affaires juif, Dennis Katsiv (qui a été en partie blanchi par un tribunal de New York, car « combattre Poutine ne suffit pas à faire de vous un saint »).

Browder a commencé à s’ouvrir un chemin d’accès aux riches sous le patronage de Robert Maxwell, un très riche et très malhonnête hommes d’affaires juif né tchèque, qui avait pris un nom écossais. Maxwell a détourné quelques millions de dollars des fonds de pension de sa société avant de mourir dans de mystérieuses circonstances à bord de son yacht au milieu de l’Atlantique. Ari Ben Menash, membre du renseignement militaire israélien, a affirmé qu’il avait été un agent du Mossad pendant des années, et il a aussi dit que Maxwell avait payé les Israéliens, en ce qui concerne le lanceur d’alerte Mordechai Vanunu. Vanunu a été kidnappé et a passé bien des années dans les geôles israéliennes (18 une première fois). (3)

Geoffrey Goodman a écrit que Maxwell

avait certainement été, en pleine conscience, utilisé comme un agent de renseignement Est-Ouest à double sens. Cet arrangement incluait le faitde passer de l’information aux forces secrètes israéliennes, avec lesquelles il était devenu de plus en plus lié à la fin de sa vie.

Après Maxwell, Browder a fait allégeance à Edmond Safra, un banquier juif très riche, d’origine libanaise, qui a aussi joué dans la partie Est-Ouest. Safra lui a fourni le fonds de roulement pour son fonds d’investissement. La banque de Safra était la place improbable où le prêt du FMI de quatre milliards de dollars à la Russie avait été transféré, et où les dits milliards ont disparu. Les autorités russes disent que Browder a été impliqué dans ce « casse du siècle », car très proche de Safra. Le nom du banquier a été rattaché au Mossad : craignant pour sa vie, Safra s’était entouré d’hommes de main du Mossad, bien entraînés. Ce qui ne lui a guère servi, car il a péri dans d’atroces souffrances lorsque l’un de ses gardes du corps a mis le feu à sa villa.

Le troisième oligarque juif que Browder a trouvé sur sa route était Boris Berezovsky, le faiseur de rois de la Russie sous Eltsine. Il est mort lui aussi dans sa salle de bain (une constante, en quelque sorte, dans ce milieu) ; apparemment c’était un suicide. Berezovsky avait été très actif politiquement ; il soutenait chaque force anti Poutine en Russie. Cependant, quelques mois avant sa mort, il avait demandé la permission de revenir en Russie, et certaines négociations avaient avancé, entre lui et les autorités russes.

Le chef de la sécurité de Berezovsky, Sergueï Sokolov, est arrivé en Russie et il apportait avec lui certains documents que feu son maître avait préparés pour son retour. Ces documents affirment que Browder avait été un agent des services d’intelligence occidentaux, de la CIA pour commencer, et du MI6 dans les années suivantes. Il avait reçu un nom de code, Solomon, parce qu’il travaillait pour Salomon Brothers. Son activité financière [3] était juste une couverture pour ses projets véritables, qui consistaient à collecter des données économiques et politiques sur la Russie, et à livrer la guerre économique contre la Russie. Cette révélation figure dans le documentaire au cœur du scandale, L’effet Browder, diffusé par la chaîne de TV Russia-1 le 13 avril 2016, assurant que Browder ne courait pas du tout après l’argent, en fait, et que ses activités en Russie, si elles étaient très profitables, n’en avaient pas moins un caractère politique.

Ces documents ont été mis en doute pour certaines raisons linguistiques, par Gilbert Doctorow, qui arrive à une conclusion raisonnable :

l’intensité du travail de Bill Browder et l’époque où il se consacrait à mettre ne place des sanctions anti-russes en Europe n’étaient en rien compatibles avec le comportement d’un homme d’affaires de rang international au niveau le plus élevé. Il m’est apparu clairement qu’il y avait un autre enjeu derrière cela. Mais à ce moment, personne ne pouvait se lever et suggérer que le type était un escroc, un exécutant des agences de renseignement. Quel que soit le verdict final sur les documents présentés dans le film L’effet Browder, cela soulève des questions sur Browder qui auraient dû être posées bien des années plus tôt dans les grands médias occidentaux, si les journalistes avaient prêté attention. Yevgueni Popov, le réalisateur, mérite d’être pris au sérieux pour avoir soulevé ces questions, même si ses documents exigent des recherches plus poussées, avant qu’on puisse arriver à des réponses définitives. [4].

Nous ne savons pas si Browder est ou a été un espion. Cela ne devrait pas nous étonner, dans la mesure où il était vraiment très lié à Maxwell, à Safra et à Berezovsky, ces financiers qui avaient des attaches très solides dans le monde du renseignement.

Peut-être qu’il a surestimé son utilité, Mr. Browder. C’est lui qui a déclenché la guerre froide ; maintenant il est temps de la contenir dans des limites salutaires et d’éviter un désastre nucléaire ou une course effrénée aux armements. Et c’est la tâche que nous espérons voir entreprendre par le prochain président des USA, Mr. Donald Trump.

Par Israël Adam Shamir - Original publié dans Unz Review - Traduction et notes par Maria Poumier

Notes

  • (0) en France, on a failli voir le film en question sur Arte
  • (1) « Earl Browder, dirigeant du Parti communiste des Etats-unis (CPUSA) avant-guerre, avait professé après 1945 des idées réformistes et liquidatrices qui lui valurent l’exclusion du CPUSA en 1946. Sa dérive l’emmena par la suite à collaborer à la chasse aux sorcières McCarthyste avant de rechercher par la suite la convergence avec différents groupes trotskystes. » . Il avait été le chef de la tendance « canada dry » (ça ressemble à de l'alcool mais...) pour tout le continent américain. Lien
  • (2) Voir cet article très documenté, tout à la gloire de MM Browder et Magnitsky, signé Marie Jégo, correspondante à Moscou
  • (3) Israël Shamir a donné des détails sur Maxwell (qui a en outre escroqué Bouygues) et Vanunu dans La Bataille du Discours. Lien
  • [3] Sur les activités politico-financières de Browder, voir : Hedge funds, origines, stratégies, performances, par François-Serge L’habitant, Paris, éd. Dunod, 2008. L’auteur y annonçait déjà la chute probable de Browder
  • [4] En France, ces questions ont été posées par Hervé Ryssen, voir Les milliards d’Israël, escrocs juifs et financiers internationaux, éd. Baskerville, 2014 ; voir en particulier p. 250-254, « Les escrocs au sommet de l’Etat »


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