Russie : des pluies torrentielles font près de 150 morts sur la riviera


Des pluies torrentielles et de violentes crues ont fait près de 150 morts dans la région russe de Krasnodar, alors que les secours n'ont cessé samedi de retrouver de nouveaux corps dans cette zone de la riviera russe, dans le piémont du Caucase au bord de la mer Noire.
 
Le district de Krymsk, une zone de l'arrière-pays touchée par une crue de plusieurs mètres de haut dans la nuit de vendredi à samedi, a été le plus touché, avec 139 morts. Neuf corps ont également été retrouvés dans la station balnéaire de Gelendjik, et deux dans le port voisin de Novorossiisk. De nombreuses victimes n'ont pas encore pu être indentifiées, selon un responsable de la force spéciale pour les catastrophes naturelles.
 
La zone présentait dimanche matin un paysage de désolation, avec par endroits des amas de voitures et d'arbres, des pans entiers de bitume retournés, des maisons éventrées. D'après les autorités locales, plus de 12.000 habitants et 4.000 habitations ont été touchés par le désastre.

POUTINE PROMET DE TROUVER LES COUPABLES
 
Le président Vladimir Poutine s'est rendu sur place samedi soir, alors que la colère grondait parmi les habitants sur des soupçons de négligences des autorités, selon des témoignages recueillis sur place et des messages publiés sur Internet. "C'est comme un tsunami!" a dit le président russe en observant la région inondée depuis le hublot de son hélicoptère avec le gouverneur de la région de Krasnodar, Alexandre Tkatchev, avant de se poser à Krymsk pour une réunion de crise.
 
Lors de cette réunion, M. Poutine a notamment interrogé dans le détail le maire de Krymsk, Vassili Kroutko, sur l'heure à laquelle il avait reçu une alerte sur le risque de crue, et sur la façon dont il l'avait retransmise à la population. Nombre d'habitants de la zone ont affirmé n'avoir été avertis d'aucune manière avant le déferlement de la crue qui les a surpris dans leur sommeil, entre 2 heures et 4 heures du matin samedi.
 
"A quelle heure?", a demandé à plusieurs reprises M. Poutine, l'air grave, après que le maire lui a répondu avoir reçu l'alerte à 22 heures vendredi. "J'ai demandé au chef du Comité d'enquête russe de venir ici, il va vérifier les actes de tous les responsables : comment est venue l'alerte, quand elle est venue, quand elle aurait pu venir, quand elle aurait dû venir, et comment chacun a agi", a alors déclaré M. Poutine.

"MUR D'EAU"
 
Selon les témoignages, alors que la région était déjà sous de fortes pluies vendredi et que cinq personnes avaient péri à Gelendjik, une violente crue s'est déclenchée vers 3 heures du matin dans le district de Krymsk, surprenant de nombreux habitants dans leur sommeil. "L'eau est montée très vite, elle a inondé le rez-de-chaussée des maisons en 5-10 minutes, a emporté des bordures de trottoir et même des plaques d'asphalte", a déclaré une habitante de Krymsk, Tatiana Antonovna.
 
"C'était très inattendu, beaucoup de personnes âgées ont dû périr", a ajouté cette femme, épargnée car sa maison est bâtie sur une hauteur dans cette ville de 57.000 habitants. "Des canots sont apparus dans les rues voisines au matin, une femme avait passé la nuit dans un arbre et a été sauvée", a-t-elle encore raconté. D'autres témoins ont décrit un "mur d'eau" qui dévastait tout sur son passage. Plusieurs ont soupçonné qu'une retenue artificielle située en amont avait pu céder, déborder, voire qu'un lâcher d'eau du barrage avait été effectué.

ENQUÊTE SUR UN POSSIBLE LÂCHER D'EAU
 
Lors de la réunion de crise, Vladimir Poutine s'est fait répéter plusieurs fois, par un responsable des services météorologiques, que la retenue artificielle de Neberjdaevskoe, située en amont de Krymsk et destinée à alimenter en eau potable Novorossiisk, n'avait effectué aucun lâcher d'eau ayant pu causer la catastrophe.
 
Cette accusation, répandue dans la population, a été reprise la veille par le parti d'opposition Iabloko, qui a affirmé avoir eu confirmation d'un lâcher d'eau et a accusé les autorités de n'avoir rien fait pour sécuriser cette retenue après un précédent en 2002. Le responsable interrogé par M. Poutine a affirmé que la retenue n'avait fait que déborder par un trop-plein prévu, mais que les volumes d'eau libérés ne pouvaient avoir causé la catastrophe. Le comité d'enquête russe a annoncé samedi avoir ouvert une enquête et dépêché des enquêteurs sur place.
 
M. Poutine a par ailleurs d'ores et déjà promis des aides financières pour les maisons détruites et des indemnisations, notamment 2 millions de roubles (50.000 euros) pour chaque famille de victime. Dans cette zone côtière, le courant a été coupé, les routes bloquées et le trafic ferroviaire interrompu. L'activité du port de Novorossiisk, le plus important port russe en mer Noire, a repris seulement dimanche. Les secours ont indiqué samedi préparer un camp de 60 tentes pour 1000 places au total dans le district de Krymsk. Le niveau de l'eau a atteint 4 à 7 mètres dans ce district selon les autorités locales. "On n'a rien vu de pareil depuis 70 ans", a déclaré le gouverneur Alexandre Tkatchev.



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