Référendum Italien : Victoire écrasante du « NON » à la réforme constitutionnelle ! Vers la dislocation de l'UE ?


Ce lundi 5 décembre 2016 pourrait bien être une date charnière dans l'histoire de la politique néo-mondialiste actuelle, puisque l'Italie vient de rejeter massivement la réforme constitutionnelle proposée par le premier ministre Matteo Renzi.

Une réforme qui voulait notamment modifier la Constitution afin de réduire le pouvoir du Sénat et transférer au gouvernement central des prérogatives actuellement confiées aux régions, et ce sous les fallacieux prétextes de vouloir « éliminer trop de fauteuils en politique » et « apporter plus de stabilité politique ». Rien que ça !

L'Italie, en votant non à ce référendum, a voulu en premier lieu se débarrasser de Matteo Renzi et de sa politique au bilan désastreux, mais aussi voter fermement contre l'establishment et sa dictature, tout en montrant leur attachement à une Constitution rédigée pour l'équilibre des pouvoirs.

A ce sujet, des témoignages relevés par l'AFP sont éloquents. Pour Carlo Smuraglia, 93 ans, président de l'association des partisans italiens

La Constitution a gagné encore une fois contre l'arrogance, l'intimidation, le manque de respect pour la souveraineté populaire et les droits des citoyens

Emanuela Carosi, vendeuse d’œufs dans un marché romain, dénonce

La Constitution de 1948 a été écrite par des gens choisis, éclairés, pas comme les politiciens que nous avons maintenant et qui ne sont pas à la hauteur

Pour Maurizio Molinari, directeur de La Stampa

Les familles de la classe moyenne appauvries par la crise économique, sans espoir de prospérité et de bien-être pour les enfants et les petits-enfants, ont voté non. Les jeunes sans travail, les ouvriers qui se sentent menacés par les migrants et les employés dont les salaires ne suffisent plus. C'est le peuple de la révolte

Pour sa part, Federica du Comité « Étudiants pour le non » nous dit

Nous sommes pour le non, car nous pensons que cette réforme constitutionnelle représente le sommet d’une série de réformes qui vont à l’encontre des intérêts des citoyens et qu’il s’agit de constitutionnaliser l’exclusion des citoyens de la participation à la vie démocratique

Message reçu donc, puisque face à son cuisant échec, Renzi a annoncé sa démission sous de faux airs de Caliméro, respectant ainsi sa promesse de démissionner si son projet de réforme constitutionnelle était rejeté par les électeurs. Nul doute que le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker - qui déplore le « manque d'amour » des Européens pour l'UE et demande l'arrêt des référendums - doit également souffrir de cette contrariété.

Après un Brexit retentissant et très médiatisé (mais pas encore consommé), ce pourrait bien être maintenant au tour de l'Italie, quand bien même les « experts » nous annoncent qu'il n'y a aucun risque que cela se produise, ils nous répétaient à l'envi que le Brexit allait causer un chaos sans précédent, aussi bien pour la Grande Bretagne que pour l'économie. Nous connaissons la suite.

Le scrutin italien ne porte pourtant pas sur l'appartenance ou non de l'Italie à l'Union européenne allez-vous me dire ? Certes, cependant ce référendum a clairement exprimé le rejet de l'actuel homme fort italien, mais aussi des institutions, et cela pourrait à moyen terme, remettre en cause la place de l'Italie dans l'UE.

D'autant plus après le récent aveux d'Otmar Issing, l'un des architectes de l'euro, qui déclarait en octobre que « Le château de cartes va s’écrouler ». On peut y ajouter une analyse de l'économiste Jacques Sapir, qui confiait le 2 décembre que « Le référendum en Italie peut provoquer l’implosion de l’euro ». Également, il serait imprudent de sous estimer les conséquences des décisions que Donald Trump prendra lors de sa prise du pouvoir aux États-Unis en janvier, se référant à sa volonté exprimée de mettre fin à l'OTAN.

Sur le site d'Agoravox, un article titré « une idée pour la France » à propos du référendum Italien, termine par « Il est urgent de prendre des initiatives en France et en Europe... ». Si peu de lecteurs contesteront cette idée, il faut se rendre à l'évidence, ni le gouvernement actuel, ni la majorité des prétendants aux prochaines élections n'accepteront l'idée d'un référendum sur la sortie de la France de l'Union Européenne, d'autant plus que les résultats de celui ayant eu lieu en 2005 a été purement et simplement... ignoré !

Tout en restant neutre et dans un soucis d'objectivité, Marine Le Pen avait annoncé en septembre dernier qu'elle voulait « organiser un référendum si elle est élue en 2017 ». Pour sa part, Jean-Luc Mélenchon serait « favorable à une refonte en profondeur de l'Union européenne, voire à une sortie de la France de l'UE ». Pour finir, François Asselineau propose également dans son programme la tenue d'un référendum pour la sortie de la France de l'Union Européenne.

Je ne cite que ces trois personnalités politiques car elles sont, de manière inégale dans les sondages, les plus susceptibles de tenir la dragée haute aux têtes de liste que nous imposent les médias ces temps-ci, à savoir François Fillon, Emmanuel Macron, et depuis ce matin, Manuel Valls (sic), et qui sont tous fortement opposés à l'idée de quitter le Titanic européen.

Vous me connaissez, loin de moi l'idée de vous encourager à voter pour qui que ce soit, car à mon sens, tous ne sont la que pour se construire une retraite dorée, profiter d'avantages multiples et conséquents, et en faire bénéficier leur famille et amis. Cependant, force est de constater que l'abstentionnisme pourtant énorme ne semble perturber personne, et qu'après avoir échoué à défendre ses droits face à la Loi travail, il serait risible d'espérer la moindre révolution d'un peuple encore bien trop majoritairement soumis et aveugle !

Tout indique une fois encore, et à l'instar des États Unis, que le peuple ira aux urnes en vue d'élire le « moins pire ». Si l'abandon de l'Union Européenne doit réellement se produire, les raisons en seront certainement économiques, et le poids énorme que pèse l'Italie dans la zone Euro pourrait bien être décisif en cas d'Italexit, d'autant plus en constatant que les banques italiennes sont secouées après le « non » au référendum.

Le Veilleur

1481028805_domino_europa.jpg

Italie: l’Europe menacée d’Italexit

L’échec du référendum en Italie et la montée du populisme en Autriche ont posé 2 nouveaux défis à la construction européenne le 4 décembre 2016.

Matteo Renzi a perdu son pari de réforme des institutions italiennes. Par strict bicamérisme, le Sénat peut bloquer les réformes. Le pays a connu 71 gouvernements depuis 1944. L’Italie a cédé aux démagogues comme Beppe Grillo (Mouvement populiste « 5 étoiles »). Le référendum prévoyait de supprimer le CNEL, équivalent de notre Conseil Economique Social et Environnemental et de limiter le Sénat à une représentation des territoires. La démission de Matteo Renzi, suite au rejet de référendum, replonge l’Italie dans l’incertitude politique mais aussi financière. Le ministre italien de l’économie n’ira pas à la réunion de l’Eurogroup en ce 5 décembre.

Au passage, en France aussi, des questions analogues s’étaient posées : L. Jospin voyait dans le Sénat une “anomalie démocratique” et C. de Gaulle avait démissionné suite au référendum du 27 avril 1969, qui prévoyait de moderniser le Sénat et créer les régions. Plus prospectivement, F. Fillon pourra-t-il réformer s’il est élu ?

Des risques géopolitiques accrus en Italie

Les élections étaient à risque en Autriche, avec le candidat écologiste et pro-européen Van der Bellen face à l’extrême droite de Norbert Hofer (FPÖ), qui semblait favorable à l’Anschluß (par référence à la réunification en 1938 entre Allemagne et Autriche, avec les suites cataclysmiques que l’on sait). Le 22 mai dernier, le scrutin, remporté de plus de 30 000 voix d’avance par l’écologiste, avait été invalidé. Certes le candidat écologiste vient de l’emporter, mais l’extrême droite dépasse les 46%, semant quelques inquiétudes en Europe : confirmation de la montée des populismes, risque de domination de l’UE par l’Allemagne.

Autre source d’inquiétude, le régime turc, démocratiquement élu, poursuit sa dérive vers l’autoritarisme. Le souhait – désormais caduque - d’intégrer l’UE apparaît rétrospectivement comme un moyen de restreindre l’armée kémaliste.

Il n’est pas sûr que l’on puisse compter sur les autres grandes puissances pour aider au maintien de l’UE. D. Trump a même jugé l’OTAN « obsolète ». Dernier coup en date, D. Trump mise sur Taïwan et les Philippines contre la Chine, rajoutant des tensions en mer de Chine.

L’Union Européenne (UE) a déjà dû affronter la crise des migrants, les paralysies à l’international (Ukraine, Syrie,..), le Brexit, la crise de la zone euro (Grèce), etc.

Après le Brexit, pointent les risques d’Italexit, et l’Autriche a évité de peu l’«Öxit ». Certains médias anglo-saxons eurosceptiques évoquent la dislocation de l’Union Européenne, ce qui serait pourtant une mauvaise nouvelle mondiale. Ces perspectives auraient-elles pesé dans la décision de Martin Schultz de démissionner de la présidence du Parlement européen, pour se replonger dans les élections outre-Rhin ?

La dépendance à la drogue de la BCE

La crise de régime italien va rendre nerveux les marchés. L’Italie affichant 2200 Md€ de dettes (130% du PIB), la BCE sera appelée à la rescousse. Monte Paschi di Sienna était déjà dans le viseur du marché, suite aux stress tests bancaires. Unicredit doit réaliser son augmentation de capital. Son désormais patron J.P.Mustier devra annoncer le 13 décembre le montant à souscrire (13Md€ selon la rumeur) et confirmer les discussions exclusives pour la cession de son gestionnaire d’actifs Pioneer à Amundi.

La BCE est dans le curatif (injections de liquidités, euro baissant vers la parité, à 1,06$ après le référendum), plutôt que dans le préventif (avoir des Etats compétitifs aux budgets équilibrés). La BCE administre ses cortisones contre les inflammations, et ici contre les chocs anaphylactiques (les réactions allergiques au risque migratoire ou aux réformes institutionnelles).

Alors que les instances internationales ont prôné la rigueur, notamment dans la crise grecque (dont le règlement n’a été que repoussé), aujourd’hui, même l’OCDE prône la reprise par la dépense publique.

A l’heure où la Federal Reserve envisage de sortir doucement des injections de liquidité (tapering) et des taux bas, la BCE poursuit dans ses injections artificielles de 80Md€/mois. La BCE aura ainsi été en retard par rapport à la Federal Reserve dans l’instauration du quantitative easing et dans sa sortie.

L’objectif de la BCE est de maintenir une politique monétaire accommodante. Maintenant que les acteurs financiers ont compris que cela n’a pas les effets escomptés en termes de reprise de l’économie et de l’inflation, c’est l’effet inverse qui commence à se produire. Les gérants étant pris de doute, les taux à 10 ans ont commencé à se redresser de plus 60 points de base depuis la rentrée en France. Ils sont passés de 1% à près de 2% dans le même temps en Italie et augmentent encore à plus de 2% le 5 décembre, à l’ouverture après le référendum. Les effets récessifs induits ne tarderont pas à se manifester.

Au-delà, certains banquiers centraux tentent d’expliquer qu’il n’y a aucun risque de crise de la zone euro suite au référendum italien. Mais dans le même temps, la BCE se prépare à acheter des obligations italiennes pour limiter cette crise. Il se dit même que des réunions secrètes préparent des options de scission de la zone euro…

Par Jean-Marc Boyer




Commentaires

Ajouter un commentaire


Autres articles dans la catégorie « Evènements sociaux Politique »