« Piratage russe » d'une centrale électrique américaine : Une « fake news » du Washington Post et de l'AFP


Après les accusations infondées de la Maison Blanche à propos d'un « piratage Russe » qui implique en fait le Département américain de la Sécurité intérieure, la Russie est de nouveau incriminée dans une nouvelle affaire de piratage, concernant cette fois-ci une centrale électrique américaine. Sauf que...

Une nouvelle fois, l'information, qui provenait d'un rapport du FBI, a été démentie, mais le mal était fait, et le Washington Post, suivi de peu par l'agence de l'AFP, relayaient tous deux et sans la moindre vérification cette fausse nouvelle, en totale contradiction avec leur nouvelle volonté affichée de sanctionner les sites web et autres blogs « complotistes » qui diffusent de fausses informations.

Ce en serait presque risible si cela ne mettait en lumière l'incompétence évidente du Washington Post, étant lui-même un média considéré fiable par le grand public, et censé être une référence dans cette chasse aux faussaires du web. L'agence AFP, qui n'en est pas à son coup d'essai, reprend et diffuse l'information de son confrère américain, qui a son tour sera reprise par les « journalistes » des médias officiels européens.

Le problème, c'est que la centrale n'a jamais réellement été piratée, puisque seul un « malware » (logiciel malveillant) d'origine non précisée a été trouvé sur ordinateur portable, qui n'était de plus pas connecté au réseau. Détail amusant, l'AFP s'est peu de temps après faite gentiment recadrer par sa consœur Suisse, l'agence de presse Romandie, usant d'un langage moqueur dans un tweet collector :

@Romandie - Chère @afpfr, en tant que client, merci svp de stopper vos diffusions de fake news US relatives à des pseudos piratages russes. Merci

Dans cette énième et pathétique tentative échouée de propagande à l'encontre de la Russie, de nombreux connaisseurs ont pu également se moquer de la chaine politique du média CNN qui, pour illustrer la pseudo cyber-attaque russe dans une ambiance inquiétante, a sans vergogne utilisé la capture d'écran de l'un des jeux vidéo les plus populaires du moment, Fallout 4 (que je reprend par humour pour illustrer cet article). Cela me rappelle une autre propagande constatée dans le passé qui utilisait les images du jeu « World of tanks » pour représenter la soit-disant présence de chars russes en Ukraine. Information également démentie à l'époque.

Dans cet harcèlement médiatique de la part de l'occident, et plus particulièrement des États-Unis, Eric Denécé, qui maitrise le sujet *, nous confie les vraies raisons de l’expulsion des diplomates russes, ainsi que de l'acharnement de cette désinformation russophobe :

En accusant le Kremlin de vouloir pour manipuler et détruire la démocratie américaine, une partie de l'Establishment d'outre-Atlantique s'est lancée dans une tentative aussi pathétique que desespérée ayant pour but de permettre à ses membres de conserver leurs postes et de poursuivre la politique internationale de tension qu'ils ont mis en place depuis le début des années 2000, la seule qui, à leurs yeux, permette d'assurer la pérennité de la domination politique et économique des Etats-Unis sur le monde.

Il est donc évident que, dans ses derniers jours au pouvoir, Barack Obama déploie toute l'énergie du désespoir qui lui reste pour semer des obstacles destinés à compliquer et compromettre les perspectives d'un rétablissement des relations américano-russe planifiées par Donald Trump. Et dans cet empressement justifié par le manque de temps, Obama multiplie les erreurs.

Tic tac tic tac, l'échéance approche...

Le Veilleur

Le Washington Post publie la fausse histoire d’une centrale américaine soi-disant hackée par Moscou

Reprenant sans pincettes un rapport du FBI, le très sérieux journal américain a assuré que le piratage d’une centrale électrique du Vermont avait été organisé par la Russie. Le problème ? La fameuse centrale a indiqué… qu’elle n’avait pas été hackée.

Dès les premières lignes de l’article du célèbre Washington Post, le ton est donné :

Un code [informatique] associé à l’opération russe de piratage […] a été détecté dans le système d’un fournisseur [d’électricité] du Vermont, selon des responsables américains.

Sans prendre la précaution de vérifier l’information, venue de suppositions des services de renseignement américains, le journal n’hésite pas à relayer le commentaire incendiaire du gouverneur démocrate de l’État du Vermont, Peter Shumlin, qui qualifie Vladimir Poutine d'« un des plus gros voyous du monde » et conclut, un brin hâtivement :

Cet épisode devrait souligner le besoin urgent pour notre gouvernement fédéral [américain] de pourchasser vigoureusement et de mettre un terme à ce genre d’ingérence russe.

Le sénateur du Vermont Patrick Leahy n'y va, lui non plus, pas de main morte, en parlant de « piratage financé par l’État russe » dans un communiqué publié sur internet.

Alors que le quotidien poursuit dans le même registre, les agences de presse du monde entier reprennent les accusations antirusses, à l’image de l’AFP, qui titre « Des hackers russes ont piraté un fournisseur d'électricité américain (presse) ».

Le problème ? La centrale n’a jamais réellement été piratée

Alertée par les services de sécurité américains, la centrale électrique en question, Burlington Electric, fouille dans tous ses ordinateurs et découvre finalement que le code du logiciel malveillant n’est présent que sur un seul ordinateur, et que celui-ci n’est aucunement connecté aux installations. En d’autres termes, aucun pirate informatique n’a pénétré dans le système de la centrale électrique du Vermont.

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Pas de chance pour le Washington Post, qui avait déjà sorti son article sans prendre la peine de contacter la compagnie.

Une « fake news » révélatrice

Comme l’écrit le journaliste britannique Glenn Greenwald dans le magazine en ligne The Intercept, l’histoire, qui peut sembler anodine, est en réalité importante car elle

reflète la fièvre irrationnelle et sans fin qui est cultivée dans le discours politique et la culture américaine à propos de la menace posée par Moscou

En effet, ce n’est pas la première fois qu’une information non-vérifiée, voire complètement fausse, concernant la Russie, est massivement relayée par les médias mainstream américains, sans la moindre précaution.

Encore il y a quelques jours, la chaîne d’actualité américaine CNN avait indiqué que l’école américaine de Moscou avait été fermée sur ordre du gouvernement de Vladimir Poutine, en guise de réponse à la décision de l’administration de Barack Obama d’expulser 35 diplomates russes des États-Unis.

L’« information », erronée, avait été reprise par de nombreux médias internationaux et français, certains, comme la radio Europe 1, ne prenant même pas la peine d’y ajouter le conditionnel. La rumeur, montée de toutes pièces, avait pris tellement d’ampleur que la porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères Maria Zakharova l’avait publiquement démentie. Vladimir Poutine avait ensuite indiqué que Moscou n’avait pas l’intention, pour l’heure, de répondre aux sanctions américaines.

Quand l'AFP se fait corriger par sa consœur suisse après avoir diffusé des « fake news » sur la Russie

Cela aurait pu être un nouvel épisode de la saga des hackers russes, mais l'information reprise du Washington Post par l'AFP a été démentie. L'AFP a tenté de rectifier, mais trop tard : l'agence Romandie a entre temps recadré sa consœur française.

L'agence de presse suisse Romandie s'est permise de donner une petite leçon de professionnalisme à l'AFP, sa consœur française, en l'interpellant sur Twitter, dénonçant la diffusion par celle-ci d'une « fake news » concernant la Russie, et la priant de cesser la diffusion d'informations erronées.

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« Des hackers russes ont piraté un fournisseur d'électricité américain ». Tel était le titre de la dépêche en question, publiée le 31 décembre à 20h26 précisément. Derrière l'intitulé choc, le contenu se fondait en réalité sur un article du Washington Post affirmant que la compagnie d'électricité Burlington Electric avait été victime d'un piratage de la part de hackers russes. De quoi faire paniquer l'Amérique entière !

Hélas, il s'est rapidement avéré que l'article du Washington Post avait quelque peu dramatisé la situation... Ayant reçu, comme tous les opérateurs fédéraux, une note du Département de la sécurité intérieure des États-Unis concernant un malware identifié peu de temps auparavant, la Burlington Electric a effectué une vérification de ses ordinateurs : elle a finalement retrouvé la trace du logiciel espion sur un seul ordinateur portable, « qui n'était pas connecté au réseau », précise la compagnie.

Si la rédaction du journal a publié un rectificatif un peu plus tard, précisant qu'il n'y avait « aucune preuve » d'un piratage, la nouvelle a eu le temps de parvenir jusqu'à l'agence de presse française AFP qui s'est empressée de la relayer, reprenant presque le même titre, sans vérifier l'information. En se rendant compte de son erreur, l'agence de presse a ensuite rectifié l'information, sans toutefois s'excuser.

Ces derniers mois, les fausses informations concernant la Russie se sont multipliées dans plusieurs rédactions traditionnellement réputées pour leur fiabilité et leur professionnalisme. La veille, CNN avait affirmé que Vladimir Poutine avait demandé la fermeture de l'école américaine de Moscou.

Note

* Eric Denécé, docteur en science politique (1998), est un chercheur spécialiste du renseignement, du terrorisme, des opérations spéciales et de l’Asie du Sud-Est. Il est également consultant en Risk Management et en Intelligence économique. (voir son CV sur wikipedia)




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