People Analytics : Nos émotions sous surveillance


A l'image du film « Minority Report », nous nous dirigeons vers un état policier ou la surveillance globale sera généralisée, et ou des outils de plus en plus affutés viendront s'ajouter aux technologies d'écoute et d'observation déjà reconnues.

Bien entendu, la prédiction des crimes (ou assimilés comme tel par la justice) est un objectif qui peut paraître utopique aux yeux de monsieur tout le monde, mais c'est sans compter sur les nouvelles technologies aux possibilités accrues (miniaturisation, puissance de calcul, stockage des données) qui ne cessent de voir le jour et de s'améliorer.

Nous avions déjà vu que le scénario du film cité plus haut est un projet de la DARPA, qu'un logiciel chargé de prédire les délits avait vu le jour sous le nom de « PredPol », qu'un homologue s'était invité à Marseille, et aussi que la réalité augmentée s'était mise au service de la police américaine. Ajoutez à cela des réseaux de milliers de caméras qui peuvent être (ou sont déjà) équipées d'un logiciel de reconnaissance faciale, et vous avez un aperçu de la société future qui nous tend les bras.

Mais à tout cet arsenal manquait une chose : La possibilité d'anticiper les actes de personnes ou groupes de personnes en fonction de leurs émotions. C'est dans cette direction que des recherches sont actuellement effectuées, comme ce cinéma ou un bracelet électronique a été expérimenté pour mesurer les émotions du spectateur en 2012, ou Facebook qui a manipulé en secret les émotions de 700 000 utilisateurs pour étudier « la contagion émotionnelle » dans le cadre d'une étude, ou encore cet ordinateur qui détecte votre nervosité en analysant votre visage.

Vous allez comprendre à la lecture de l'article ci-dessous que ces expériences n'ont rien de cas isolés, et qu'une fois au point, tout ce bel arsenal intrusif va débarquer dans nos villes, et le sentiment de « sentir » quelqu'un regarder par dessus notre épaule n'aura alors plus rien d'abstrait.

Le Veilleur

Et voici maintenant le « people analytics » : nos émotions sous surveillance

Après les technologies de reconnaissance faciale qui permettent d’identifier une personne, voici les technologies qui analysent les émotions pour savoir ce qu’elle ressent.

D’après Bloomberg, des institutions financières comme JPMorgan Chase et Bank of America envisagent d’installer des systèmes qui analysent le comportement émotionnel des traders, une voix qui s’accélère ou qui s’élève au téléphone pouvant être un indicateur de stress suivi d’une mauvaise prise de position en bourse.

Déjà équipées de centres de données récoltant des informations sur les marchés en vue d’optimiser leurs performances, ces banques se tournent maintenant vers l’interne pour analyser leurs centres de coût principaux: les employés (« people analytics »)

La start-up Humanyze leur propose une solution: un badge qui se porte autour du cou doté de micros qui enregistrent et analysent les conversations. Non pas pour la teneur mais pour la fréquence, le timbre de voix et le temps accordé à l’écoute — afin de détecter une situation qui a dérapé. Et grâce à des capteurs, il suit également les déplacements d’un salarié au bureau, pour savoir avec qui il s’engage.

Facebook à son tour récolte des données émotionnelles sur ses utilisateurs en analysant leurs réactions à un article, une vidéo, une photo. Ayant étoffé en février dernier le nombre de boutons leur permettant d’exprimer leurs sentiments (au-delà du « Like » original), les « J’aime », « Haha », « Wow », « Triste » et « En Colère » sont autant d’informations que le réseau social peut exploiter pour servir un contenu encore plus ciblé.

Développé au Japon, le robot humanoïde Pepper est capable d’identifier des émotions grâce à la voix et aux expressions qui se dessinent sur un visage (la tristesse, la colère, la joie ou la surprise) puis réagit en conséquence. Mobile et haut de 1m20, il se trouve déjà chez des commerçants pour dialoguer avec les clients et évaluer leur humeur. Au sein d’une famille, Pepper peut faire la lecture à un enfant et capter si l’histoire lui plaît. Il peut recommander un titre qui a plu à d’autres enfants qui eux aussi ont un robot Pepper.

Autant d’indices stockés sur un serveur à distance qui en disent toujours plus long sur nous.

Par Emily Turrettini - letemps.ch


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