Panama : des armes « non-conventionnelles » et de la radioactivité découvertes dans les soutes d'un cargo Nord-Coréen


L'affaire du cargo nord-Coréen intercepté mercredi dernier dans la baie de Limon, à l'entrée Atlantique du canal de Panama, semble prendre de l'ampleur alors que les officiels Panaméens ont effectué hier des déclarations inquiétantes ; l'une d'entre elles a attiré notre attention : la cargaison du bâtiment arraisonné la semaine dernière semblerait émettre des « radiations » ! Voici un condensé des dernières informations recueillies à ce sujet.

Mercredi 10 juillet : le Chong Chon Gang est arraisonné à l'entrée Nord du canal de Panama avant d'être dérouté sur le terminal de Manzanillo
 
Le cargo Nord-Coréen, qui avait appareillé du port de La Havane quelques jours plut tôt, avait été signalé aux autorités de Panama comme transportant des armes et des substances illicites. Le navire a donc été abordé par une vedette de l'ACP [1] le mercredi 10 juillet avant d'être dérouté sur le terminal de Manzanillo afin que les autorités Panaméennes puissent procéder à une inspection approfondie de sa mystérieuse cargaison.
 
Bagarre parmi l'équipage, malaise et tentative de suicide du capitaine
 
Après avoir été dérouté sur le terminal Atlantique du canal de Panama, des équipes d'intervention ainsi qu'un magistrat Panaméen seraient montés à bord du navire le même jour (mercredi 10 juillet) pour tenter de vérifier les « renseignements » concernant une éventuelle cargaison illicite (impliquant de « grandes quantités » de drogue). L'équipage du navire aurait aussitôt manifesté son hostilité à cette inspection alors que le capitaine du navire aurait de son côté tenté de se suicider.
 
Une fois tout ce beau petit monde calmé puis placé « au frais », les autorités auraient apparemment constaté que l'équipage avait profité de la diversion pour détériorer les moyens de grutage embarqués, retardant ainsi significativement l'inspection ; les Panaméens auraient donc été réduits à décharger la cargaison « à la main », ce qui expliquerait le délai entre l'abordage du navire (10 juillet) et les récentes révélations (16 juillet) ; c'est du moins la raison officielle expliquant le « retard à l'allumage » constaté dans la communication des autorités Panaméennes.
 
Des éléments radioactifs à bord ?
 
L'information - qui n'apparait aucunement dans les médias français - aurait été directement transmise mardi matin par le Ministre de l'Intérieur Panaméen José Raul Mulina :
 
« Nous ne connaissons pas précisément le type d'armement à bord mais ces dernières ne sont pas conventionnelles... Des mesures ont indiqué qu'une certaine radioactivité les environne » Miami Herald
Des sacs de sucre recouvrant 7 conteneurs d'armes « non-conventionnelles »
 
Le navire transportait comme « cargaison déclarée » environ 250.000 sacs de sucre brun cubain disposés en vrac, un subterfuge qui masquait en fait plusieurs conteneurs situés en fond de cale. Seuls deux de ces derniers auraient été forcés à ce jour et auraient permis de mettre à jour du matériel militaire évolué comme un redoutable - mais relativement obsolète - système de missile (à capacité nucléaire) SA-2 « Redsam » [2] avec ses munitions ou encore des pièces détachées de chasseurs de l'ère Soviétique.
 
D'après les diplomates Cubains rapidement arrivés à Panama pour suivre l'affaire, les missiles découverts seraient des versions « export » des missiles Soviétiques S-75A dont les appellations PDV serait « Volga » et « Pechora » [3] ; les Cubains auraient également avoué que la cargaison comprenait une dizaine de munitions pour ces lanceurs, une déclaration qui nous amène à rappeler qu'un sage principe de sécurité militaire impose - sauf exception [4] - que des armements et leurs munitions soient toujours déplacées de manière séparée.
 
Quelle utilité pour ces armes ?
 
Disons tout d'abord que la clandestinité et le camouflage de cette opération plaide évidemment pour un déplacement « non-officiel » de cette cargaison ; ce fait semble confirmé par la révélation de la destruction des conteneurs qui « aurait du » être effectuée dans le port de Rotterdam en 2002. Comme nous l'avons vu, s'il s'agissait « simplement » d'améliorer ces armes ou de les remettre en état en Corée du Nord (une hypothèse soutenue par le Ministère Cubain des affaires étrangères), les munitions n'auraient jamais été jointes à leurs lanceurs.
 
Il est possible qu'il s'agisse soit d'une dotation « discrète » de matériel - ni trop ancien ni trop récent - de Cuba à la RPDC [5], une hypothèse renforcée par le fait que plusieurs milliers de tonnes de sucre accompagnaient le transport, soit du retour en RPDC d'une marchandise prêtée par cette dernière, et qui - vu le contexte géostratégique actuel - s'avérerait bien plus utile aujourd'hui dans la péninsule Asiatique que dans l'ex-« Poste Communiste Avancé » de Cuba [6].
 
Une affaire peut-être beaucoup plus sérieuse qu'il n'y parait au premier abord ?
 
Plusieurs caractéristiques nous amènent à estimer que cette histoire sort « de l'ordinaire » et mérite d'être portée à votre attention ; examinons-les en guise de conclusion (provisoire ?) :
 
 • 1. La dénonciation « anonyme » du cargo : par qui, pourquoi, dans quel objectif ?
 
 • 2. Une menace radioactive très clairement identifiée et exposée hier par le ministre Panaméen de l'Intérieur
 
 • 3. Pourquoi le capitaine du navire aurait-il voulu se suicider si ce dernier transportait de vulgaires pièces détachées sans importance ?
 
 • 4. Idem pour la révolte des marins et la rixe qui s'en est suivie : l'ensemble de l'équipage s'est révolté contre l'inspection, pas seulement quelques hommes !
 
 • 5. Le président de la République du Panama twittant personnellement les photos des armes découvertes - le ferait-il si l'affaire lui semblait sans importance ?
 
 • 6. Du matériel militaire provenant ou à destination de la Corée du Nord, un pays manifestement « excité » ces derniers mois
 
 • 7. Le triste état de la partie supérieure du conteneur (cf. document n°. 3) qui indique que cette cache a peut-être déjà été utilisée des dizaines de fois par le passé...
 
Affaire à suivre...
 
Par Trifou

Notes :
 
[1]  PCA : Panama Canal Authority, organisme gérant et exploitant le Canal de Panama
 
[2]  Un SA-2 / S-75 « Dvina » équivalent est présumé avoir détruit l'avion-espion américain U-2 du Cdt. Anderson  au-dessus de Cuba le 27 octobre 1962, un événement qui joua un rôle important dans la crise dite « des missiles de Cuba » ; le SA-2 a été ultérieurement modifié afin de lui adapter une charge nucléaire de 15 kT ; cet engin pris alors l'appellation OTAN « SA-2E  »
 
[3]  Les S-75-2 ou S-75-3 Volga  étaient des versions « export » du missile antiaérien S-75 ; beaucoup plus récentes et limitées à un usage sol-air sans capacité nucléaire, ces armes ont été développés dans les années 1980-1990 alors que le SA-3 / S-125 Pechora, une version multiple du SA-2, date quant à lui des années 1960
 
[4]  Bien entendu, l'arme doit être associé à sa munition dans sa configuration « opérationnelle » !
 
[5]  RPDC : République Populaire et Démocratique de Corée
 
[6]  Une expression Américaine très pertinente lors de la guerre froide, Cuba n'étant qu'à 200 km à l'Est du territoire des USA ; aujourd'hui le contexte est devenu bien différent, Cuba cherchant plutôt à se rapprocher des « continentaux »


Vidéos :



Commentaires

Ajouter un commentaire


Autres articles dans la catégorie « Evènements sociaux Actions militaires »