Ostéoporose : la propagande bat son plein


L'ostéoporose est un facteur de risque de fracture parmi d'autres. L'industrie et ses alliés en ont fait une maladie qu'il faudrait dépister. Et traiter. A l'occasion de « La journée mondiale de l'ostéoporose », la propagande bat son plein.
 
L'industrie pharmaceutique et l'industrie laitière ont réussi à transformer un simple facteur de risque de fracture - le vieillissement des os, en maladie « mortelle et silencieuse », l'ostéoporose. Je raconte ce fabuleux tour de passe-passe dans mon livre Le mythe de l'ostéoporose et je montre comment il a généré un marché du dépistage, des traitements et de la prévention (les 3 à 4 laitages par jour) de plusieurs milliards d'euros.
 
L'industrie est également à l'origine de la Journée mondiale de l'ostéoporose, un rendez-vous qui sert de piqûre de rappel aux médecins et aux pouvoirs publics pour que perdurent examens et médicaments. La Journée mondiale de l'ostéoporose tombait dimanche 20 octobre, et elle a été l'occasion d'une mobilisation des « associations » comme on le dit prosaïquement des sociétés de médecins qui reçoivent de l'argent de l'industrie pharmaceutique et de l'industrie agro-alimentaire.
 
Quelques jours plus tôt, le 15 octobre, l'une de ces sociétés, l'Aflar (Association française de lutte anti-rhumatismale) a organisé une manifestation à quelques pas de l'Assemblée nationale qui débutait, je cite
 
« par un Flash Mob, une chorégraphie orchestrée par une dizaine de danseurs, suivie d'une animation hautement symbolique : une statue de 2m50, représentant les os fragiles d'une femme [a été] brisée en mille morceaux par la Princesse Hermine de Clermont-Tonnerre, qui s'engage aux côtés de l'AFLAR et auprès de toutes ces femmes qui souffrent du silence assourdissant autour de cette maladie. » 
L'ostéodensitométrie est remboursée en France sous dertaines conditions, mais cette agitation « festive » de l'Aflar avait pour objectif de réclamer une ostéodensitométrie systématique après la ménopause, remboursée par l'Assurance Maladie. Cette demande n'est pas surprenante. Elle est brandie depuis plus de 20 ans dans tous les pays par l'International Osteoporosis Foundation, un faux nez de l'industrie qui regroupe des associations de médecins financées par les laboratoires et l'agro-alimentaire.
 
Or les études épidémiologiques nous disent que l'ostéodensitométrie ne permet pas de prédire le risque de fracture d'une femme, comme je le raconte dans mon dernier livre. On le sait d'ailleurs depuis 1985. Stephen Cummings de l'université de Californie, avait alors analysé 15 études et conclu que la mesure de la densité osseuse n'apparaissait pas comme une « manière fiable d'identifier celles qui ont le risque de fracture du col du fémur le plus élevé. » En 1999, les études négatives se succédant, le Pr Terence Wilkin (université de Plymouth) avait eu ce mot plein de bon sens :
 
« Si la densité osseuse ne permet pas d'identifier qui aura une fracture, alors pourquoi est-ce qu'on la mesure ? (...) Elle n'a rien à faire dans la sélection des patients à traiter. » 
Si l'épidémiologie nous apprend que l'ostéodensitométrie ne sert à rien au plan individuel, peut-être des études contrôlées ont-elles prouvé son intérêt ? Pas le moins du monde. Un rapport récent de la médecine préventive des Etats-Unis nous rappelait que chaque année des millions de femmes et d'hommes sont invités à passer un examen dont aucune étude n'a jamais mesuré les bénéfices réels. Vous avez bien lu.
 
Cela n'émeut pas les industriels pour qui le dépistage systématique de l'ostéodensitométrie est d'une importance stratégique considérable. Plus de patientes diagnostiquées « ostéoporotiques » ou « ostéopéniques », c'est bien sûr plus de médicaments, de lait, de fromage et de yaourts vendus.
 
Parisiens, vous n'avez pas fini de voir des Flash Mob et des statues brisées du côté de l'Assemblée nationale !

Note

Lire aussi : l'introduction du Mythe de l'ostéoporose



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