Okapis et gorilles menacés par les magnats du pétrole


Des permis d'exploration pétrolière ont été attribués par le gouvernement congolais dans un parc national classé au patrimoine mondial...

Eléphants, lions, okapis et gorilles: la riche biodiversité du parc national de Virunga, en République démocratique du Congo (RDC) risque de ne pas faire le poids face aux pétrodollars. Dans ce parc national, classé au patrimoine mondial de l'Unesco et listé dans les zones humides Ramsar, les puits de pétrole pourraient bientôt remplacer les lacs et la forêt tropicale. Des concessions pétrolières ont été attribuées en juin 2010 par le gouvernement congolais sur 85% de la surface du parc. Déjà, Total et le Britannique Soco se préparent à exploiter l'or noir du Virunga.
 
Corruption et milices
 
Alerté par les ONG présentes sur place et par l'Unesco, le gouvernement congolais a demandé en mars 2011 qu'une étude soit réalisée avant de procéder à toute exploration. Mais selon le WWF, qui lance une campagne contre les pétroliers concernés, cela n'a pas empêché les entreprises de pénétrer dans le parc, escortées par les miliciens. «La loi congolaise  interdit toute activité minière ou pétrolière dans le parc, souligne Jean-Baptiste Roelens, chargé de programme Forêts tropicales et climat au WWF France. Mais le gouvernement a accordé ces concessions, convoitées depuis que la zone est un peu moins agitée par les luttes armées
 
«La corruption est forte dans cette région, reconnaît Anneke Galama, coordinatrice internationale de la campagne du WWF sur le parc de Virunga. Les organisations présentes sur place auraient vu des militaires armés accompagner Soco dans le parc et les perspectives financières semblent plus importantes aux yeux du gouvernement que les impacts sur la population et la nature.» Des habitants de la région, où les rebelles et les réfugiés rwandais sont nombreux, ont même reçu des menaces de mort après s'être exprimés publiquement contre les pétroliers, ajoute Anneke Galama.
 
«Plus un endroit sur la planète qui soit encore à l'abri»
 
Le WWF espère aujourd'hui pouvoir peser sur les gouvernements des pays dont les pétroliers sont originaires: la Grande-Bretagne pour Soco et la France pour Total. «Nous avons interpellé le ministère de l'Environnement, mais nous n'avons pas eu de réponse», déplore Jean-Baptiste Roelens. Pas mieux côté anglais: «Nous estimons que les gouvernements sont responsables des agissements des entreprises nationales, pense Anneke Galama. La Grande-Bretagne ne peut pas autoriser Soco à faire des choses illégales. Mais les intérêts économiques sont immenses...»
 
L'Unesco et l'Union européenne suivent aussi le dossier et participent, aux côtés du WWF, à la rédaction de l'étude préalable commandée par le gouvernement congolais. Qui en fera ce qu'il veut, quitte à perdre le statut de patrimoine mondial et les revenus générés par l'éco-tourisme dans le parc. «Ce parc, créé en 1925, est le plus vieux d'Afrique et abrite 200 espèces de mammifères sur plus de 8.000km², notamment un tiers des derniers gorilles de montagne au monde et des okapis qu'on ne trouve qu'en République démocratique du Congo, détaille Jean-Baptiste Roelens. Si l'exploitation pétrolière se fait là, c'est qu'il n'y a plus un endroit sur la planète qui soit encore à l'abri



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