Obama à Cuba : Cigares, pétrole et petites pépées


La récente visite à Cuba du président américain Obama et du dégel des relations entre les deux pays ont fait la une des médias officiels, mais après presque 90 ans d'embargo et de rupture de relations diplomatiques, et ne pouvant ignorer le fait que pour l'occident, tout rapprochement politique ne saurait être dissocié d'intentions géopolitiques stratégiques ou financières, quelles sont les réelles intentions des États-unis vis à vis de Cuba ?

Selon moi, les raisons de ce rapprochement sont multiples, et bien évidemment non dénuées d'intérêts. En premier lieu, la maison blanche doit subir de fortes pressions du lobby pétrolier, particulièrement après que Cuba se soit déclaré ouverte à « tous types d'affaires » avec les compagnies pétrolières américaines en vue exploiter ses réserves naturelles de pétrole.

En effet, le gouvernement cubain a assuré en 2014 que sa zone économique exclusive au large de la côte nord-ouest de l’île, dans le golfe du Mexique, abritait plus de 20 milliards de barils de réserves de pétrole. De quoi attirer l'attention d'investisseurs, d'autant plus que le début d'année 2016 a été le témoin du début de l'explosion de la bulle financière liée à l'extraction de pétrole et de gaz de schiste.

Mais ce rapprochement se veut aussi stratégique, car même si l'affaire des missiles cubains semble maintenant loin derrière, l'influence géopolitique mondiale de la Russie a considérablement augmenté depuis l'arrivée au pouvoir de Vladimir Poutine, et plus particulièrement depuis ses interventions décisives à la suite du coup d'état organisé par Washington en Ukraine. Il est logique qu'Obama puisse redouter une nouvelle alliance entre ces deux amis que sont la Havane et le Kremlin, mais comment peut il espérer rivaliser quand on sait que Poutine a annulé 90% de la dette de Cuba à la Russie, à savoir 21 milliards d'euros ?

Difficile de prédire comment ces relations vont évoluer, mais il est certain que ce pays est sur ses gardes et ne saurait oublier l'humiliation infligée par les États-unis durant ces longues années. A ce propos, Fidel Castro lui-même a dénoncé la visite d’Obama par ces paroles « Cuba n’a besoin d’aucun cadeau de l’empire ». Raul Castro, actuellement au pouvoir sur l'île, a également annoncé la couleur en refusant l'acte symbolique de la « petite tape dans le dos » d'Obama, que je compare personnellement à un geste de domination dissimulé.

Même si Cuba ne semble pas enclin à céder sur la souveraineté politique du pays, nul ne peut affirmer qu'une future tentative de déstabilisation du pays ne survienne si celui-ci ne se plie pas tôt ou tard aux exigences occidentales...

Le veilleur

Les compagnies pétrolières à l’assaut de Cuba

C’est un nouveau jour pour Cuba et les États-Unis. Un peu plus d’un an après le début du dégel officiel des relations entre les deux nations, dimanche (20 mars 2016) le président Obama est devenu le premier président américain à visiter l’île depuis... Calvin Coolidge (soit depuis 88 ans).

Au cours d’une visite de deux jours et demi, selon la Maison Blanche Obama a rencontré le président cubain Raúl Castro pour discuter de la levée de l’embargo en place depuis 1962 ainsi que des opportunités économiques et des violations des droits de l’homme. Il devait également assister à un match de baseball.

1459339873_cuba-embargo.jpg Obama n’est pas le seul que Cuba intéresse. Le monde des affaires, y compris l’industrie pétrolière, lorgne lui aussi l’île nation. En octobre dernier, cent vingt chefs d’entreprise se sont rendus à Cuba pour discuter du développement pétrolier offshore.

Alors que les entreprises américaines n’ont toujours pas le droit de détenir des actifs pétroliers à Cuba, elles peuvent être impliquées dans des opérations de forage et de gestion de la sécurité. Et Cuba pourrait être accueillante l’explique Bloomberg :

La chute des cours du pétrole a forcé le Venezuela à réduire son soutien à Cuba et cela va amener la « nation officiellement communiste » à s’ouvrir à l’investissement étranger et à construire son rapprochement avec les États-Unis, selon un rapport de l’agence Moody du mois de décembre. Et une telle ouverture pourrait se traduire par une augmentation de la production de pétrole laquelle se situe actuellement à 50.000 barils par jour. Le bureau de recherche géologique des États-Unis (US Geological Survey – USGS) estime que 4,6 milliards de barils de pétrole brut sont nichés dans le bassin du Nord de Cuba, avec la plus grosse part se situant à moins de 80 kilomètres de la côte cubaine;

Le bureau de recherche géologique américain estime que ces « réserves » équivalent à un cinquième de celles identifiées dans les mers arctiques au large de l’Alaska. Mais ce pétrole – s’il existe vraiment – ne nécessiterait pas le recours à des technologies de très haut niveau généralement nécessaires à l’exploitation en région difficile et la production ne nécessiterait qu’un court transport en barge pour rejoindre les raffineries américaines du golfe du Mexique.

Évidemment, la perspective d’un tel développement de la production pétrolière dans les eaux cubaines n’est pas du goût des écologistes. Les forages pourraient être entrepris à une cinquantaine de miles (80 km) des côtes de la Floride et en cas de fuite la marée noire pourrait atteindre facilement les côtes américaines. Ceci sans compter l’impact climatique lié à la production et la consommation de ce pétrole. Un notera que l’altitude de Cuba est très peu élevée rendant l’île particulièrement vulnérable à l’élévation du niveau de la mer.

Une note de briefing officielle sur le voyage d’Obama à Cuba émanant de la Maison Blanche mentionne les changements climatiques et l’intention des deux pays de travailler ensemble sur la lutte et de s’y adapter. Cette note ne fait aucune mention du pétrole ni du gaz.

Les États-Unis et Cuba reconnaissent les menaces posées par le changement climatique à nos deux pays, y compris l’aggravation des impacts tels que la poursuite de l’élévation du niveau de la mer, l’acidification alarmante de nos océans, et l’incidence frappante des événements météorologiques extrêmes. La coopération dans l’action pour relever ce défi est plus importante que jamais.

Relever ce défi est en effet un challenge à la fois pour Washington et La Havane, mais alors que les compagnies pétrolières montrent un intérêt grandissant pour les « réserves » de pétrole de Cuba, on risque encore une fois de voir triompher le profit au détriment du progrès. C’est arrivé partout ailleurs. Alors quid de Cuba ?

Libre traduction par stopgazdeschiste.org de l’article publié par Grist.org sous le titre Oil companies want to get in on the action in Cuba



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