Loi travail et 49.3 : La kommandantur va-t-elle « valser » ?


Dans un déni de démocratie sans précédent en France, Herr general wallz a utilisé pour la quatrième fois en deux ans l'article 49.3 afin de faire passer en force la réforme du Code du travail. Bien qu'ayant été utilisé 68 fois depuis 1981 (dont 54 fois par des Premiers ministres de gauche ! - source), jamais il n'a été utilisé si systématiquement et contre une si forte opposition, tant au parlement que dans la rue.

Un maigre espoir subsiste, puisque les députés LR et UDI ont déposé une motion de censure du gouvernement, après l’annonce, auquel se joint le Front de gauche ainsi que des frondeurs du PS (que le gouvernement aurait menacés d'exclure du parti de la kommandantur). Bien que cette motion de censure puisse faire tomber le gouvernement (Article 50 de la Constitution), cette motion doit réunir les voix de la majorité absolue des membres composant l’Assemblée nationale, soit aujourd’hui 289 voix. Détail amusant, un amendement socialiste visant à empêcher toute dissolution de l’Assemblée nationale pendant l’état d’urgence a été voté en février 2016.

Cette stratégie, bien qu'elle ressemble plus à un excès nerveux et égocentrique de Herr general, est cependant curieuse puisqu'elle ferme définitivement la porte des élections de 2017 à François Hollande. Tout laisse donc à penser que cette ultime attaque inconstitutionnelle est faire dans un objectif de « préparation du terrain » pour le prochain gouvernement, qui se chargera d'enfoncer un peu plus le clou du cercueil démocratique dans un soucis d'obéissance docile au nouvel ordre mondial et bancaire.

Devant ce constat aussi triste qu'accablant, le peuple reste le dernier rempart qui puisse se dresser face à ce marasme politique aux allures de néodictature. Que ce soit par un mouvement de grève générale illimitée, ou encore d'une insurrection du peuple et de ce que cela sous-entend, les possibilités d'une force populaire qui s'ignore sont très grandes et seraient en mesure de faire plier ce gouvernement.

La question demeure : Les moutons ont-t-ils suffisamment les crocs pour renverser leur berger ?

Le Veilleur

La France assise sur une bombe sociale

Le 10 mai 1981, François Mitterrand accédait à la présidence en France, inaugurant deux ans de réformes favorables aux salariés. Trente-cinq ans plus tard jour pour jour, Manuel Valls, premier ministre socialiste, décide – contre l’avis d’une majorité de députés de l’Assemblée nationale et de 74% des Français sondés – de faire passer en force sa loi travail qui vise au contraire à détricoter les protections de travailleurs face au patronat : facilitation des licenciements, assouplissement des horaires de travail et des heures supplémentaires, généralisation des « accords d’entreprise », augurant un nivellement par le bas des protections des salariés.

La droite en avait rêvé sans avoir osé. Le PS s’y colle malgré la fureur de la rue. Car, dans l’Hexagone, qui n’a pas fait complètement table rase de son passé monarchique, le chef du gouvernement peut adopter une loi contre l’avis de son parlement. L’article 49-3 de la Constitution l’y autorise. Manuel Valls y a déjà eu recours à deux reprises en 2015 pour promulguer la loi Macron, qui ouvre la porte au travail du dimanche.

Hier, son Conseil des ministres l’a autorisé à récidiver. Ce déni démocratique, couplé à ce qui représente la plus grande régression sociale de la Ve République, pourrait bien être l’arrogance de trop qui fera déborder le vase de la colère populaire.

Car cela fait déjà plusieurs mois que le mouvement social fourbit ses armes contre la loi travail malgré la violence de la répression policière : imposantes manifestations unitaires dans toute la France, rassemblements constants de Nuit debout dans plusieurs dizaines de villes, grèves sectorielles ou d’entreprises (cheminots, MacDo, postiers, étudiants)… Et une grande partie de cette nouvelle vague d’« indignés » ne croit déjà plus que le changement puisse advenir dans le cadre des institutions représentatives actuelles, décrédibilisées par le renoncement systématique de « la gauche » à ces idéaux depuis 1983.

Désormais, « action directe », « autogestion » et « grève générale » ne sont plus des gros mots sur la place de la République à Paris, où Nuit debout a établi ses quartiers. Est-ce uniquement de la rhétorique ? Le moment de vérité est venu. Le dernier doigt d’honneur de Manuel Valls au monde du travail pourrait fournir l’opportunité aux jeunes précarisés des villes, aux classes moyennes fragilisées et éduquées (bobos ?), au monde ouvrier et aux laissés pour compte des banlieues d’enfin opérer la « convergence des luttes » dont il est beaucoup question depuis le début de l’année.

Il ne s’agirait plus seulement d’écarter la loi travail – et donc pour ce faire, désormais, de faire tomber le gouvernement grâce à une motion de censure à l’Assemblée nationale – mais de créer un fort mouvement populaire capable d’imposer un nouveau cadre institutionnel et des régulations économiques rendant possible une politique au service du plus grand nombre.

Le Front populaire de juin 1936, Mai 1968 et la victoire de 1995 contre la réforme de la sécurité sociale sont-ils de si lointains souvenirs ? Si l’histoire ne se répète pas, la France a un riche passé de lutte dont le rappel des conquêtes est porteur d’espoir face au marasme actuel. Le printemps 2016 pourrait, lui aussi, être lacrymogène.

La journée nationale d’action de jeudi sera sans doute décisive.


Par Christophe Koessler

Vous pouvez contacter par e-mail les députés frondeurs PS pour qu'ils votent la censure !

En rappel, une pétition appelant à l'insurrection a été lancée hier par Raphael Jolivet. Déjà plus de 12 000 soutiens !



Commentaires 4

avatar de PH7
  • Par PH7 0 0
  • es-tu prêt ?

avatar de Le-veilleur
  • Le-veilleur a répondu (Admin) 0 0
  • Dans ce contexte, on est jamais assez prêt ! En tous les cas je le suis mentalement, « aléa jacta est » comme dirait l'autre

avatar de PH7
  • Par PH7 1 0
  • Tu fais erreur de direction ! J'ai plutôt opté pour le sud, très loin au sud. Si tu vas jacter à l'est, tu risques de te retrouver sur la ligne de front ; D

avatar de Le-veilleur
  • Le-veilleur a répondu (Admin) 0 0
  • Mdr, oui, vu sous cet angle

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