Lettre d'un adopté à François Hollande


L'adoption pour les homosexuels, réclamée de vive voix par les partisans du mariage pour tous, oublierait-elle le point de vue des adoptés au profit de celui des adoptants ?
 
Cyril Langelot, retiré par décision de justice de sa famille d'origine, adopté à l'âge de 4 ans et demi, nous fait lire sa lettre adressée au président, en expliquant son point de vue, celui d'un interessé, point de vue complètement délaissé des médias au profit de celui des prétendants, qui oublient de nombreux points essentiels au bénéfices des leurs, volontairement ou pas égoïstes... A l'heure ou le rabattage médiatique met en avant les interêts des enfants dans la controverse de l'adoption par des homosexuels, la vision de ces derniers ne semble pas forcément objective...
 
Le-veilleur

« Monsieur le Président de la République,
 
Dans quelques mois, vous priverez irrémédiablement un enfant d'un père et d'une mère puisque vous allez permettre à des personnes du même sexe d'adopter. Alors même que l'institution de l'adoption était jusque-là censée apporter à des enfants qui ont perdu leur père et leur mère de retrouver, de manière fictive, un père et une mère de substitution.
 
Au risque de vous surprendre, je voudrais vous dire que la capacité d'amour et de bienveillance des adoptants ne sont pas suffisantes. La construction psychique d'un enfant abandonné, orphelin ou retiré et placé à la DASS (aujourd'hui ASE) est très complexe.
 
Un orphelin ou un abandonné est un enfant « atypique », « handicapé » par la perte de ses parents, laquelle est vécue comme une injustice. Bien sûr, selon les individus, les réactions sont différentes mais il reste que tout enfant adopté vit un deuil au fond de lui. Il vit le deuil d'une femme et d'un homme, d'une famille, d'une histoire, d'une normalité.
 
Toutes les personnes confrontées à un cas d'adoption admettent l'existence d'une crise identitaire chez l'adopté. Et quel que soit l'âge auquel la personne a été adoptée. Dans cette crise où l'enfant doit construire ses relations à autrui (y compris ses nouveaux parents), il a besoin d'un père et d'une mère. Bien sûr, l'amour comme une bonne éducation participent à l'apaisement des souffrances de l'enfant. Mais ce n'est pas suffisant.
 
Pour une personne adoptée, il est très difficile d'oublier sa particularité, sa différence. En retrouvant un père et une mère, il peut profiter sereinement d'une situation familiale identique à celle qu'il a perdue.
 
L'institution de l'adoption, en lui offrant un père et une mère de substitution, permet, dans une certaine mesure ? de manière fictive, souvent vécue comme telle ? de « gommer », tant bien que mal et partiellement, cette différence, d'atténuer ce handicap.
 
Dès lors, une seule question se pose : à partir du moment où un enfant est « placé » à l'ASE, notre société recherche-t-elle par l'institution de l'adoption à ce que ce dernier retrouve un père et une mère, ou la société décide-t-elle que, dans la mesure où cet enfant n'a plus de père ni de mère, il devient disponible pour tout adulte qui en fait la demande, qui réclame le droit d'obtenir un enfant ?
 
Monsieur le Président, lorsque l'on parle d'adoption, on ne peut pas faire l'impasse sur l'adopté, le premier concerné.
 
Parce qu'un enfant orphelin, abandonné ou retiré de sa famille d'origine n'est pas un enfant comme les autres.
 
Parce qu'un enfant, qui a déjà perdu son père et sa mère, devrait avoir l'assurance que la société, bienveillante et attentive au plus faible, s'attache à lui offrir un père et une mère de substitution, plutôt que de satisfaire les besoins des adultes.
 
Parce que la femme comme l'homme sont deux êtres différents et qu'ils apportent, par leur spécificité, leur identité propre, une richesse bénéfique à l'enfant qui se construit.
 
Aussi, je vous demande, Monsieur Le Président, de vous soucier du sort des plus faibles plutôt que des désirs des plus forts en permettant aux enfants, privés de parents par les caprices du destin, de retrouver, grâce à notre société, ce dont ils ont le plus besoin : un père et une mère.
 
Je vous prie d'agréer, Monsieur le Président de la République, l'expression de ma très haute considération. »
 
Par Cyril Langelot, le 12 janvier 2013



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