les « anti-rhumes », des amphétamines cachées en vente libre !


Son nom chimique : la pseudoéphédrine. Les chimistes reconnaîtront sans peine qu'il s'agit là d'une amphétamine substituée avec un groupement hydroxyle et un groupement méthyle. En clair, la substance active des « antirhumes » n'est autre qu'une énième amphétamine cachée.
 
Ces « petits médicaments » de confort, vous les trouverez sous le nom de Dolirhume (Sanofi), Rhinadvil (Pfizer), ou encore Sudafed (GSK). Il en existe encore une liste longue comme un bras de la Seine. Ce sont tous ces « petits trucs » que l'on prend lorsque l'on a le nez qui coule un peu. Oui mais une amphétamine, ça n'a rien d'anodin.
 
Or, lorsque la presse a diffusé la « nouvelle alerte du Centre Régional de Pharmacovigilance de Toulouse » sur le sujet, elle a omis de préciser ce petit détail pharmacologique de rien du tout. Que ce soit « Pourquoi Docteur » (Nouvel Obs) ou encore Le Figaro Santé, aucune allusion n'est faite à cette appartenance à la classe des amphétamines. Autre détail intéressant, le Figaro nous explique que :
 
« À l'heure où les rhinovirus se développent et se propagent un peu partout du fait des premiers frimas, le service de Pharmacovigilance du CHU de Toulouse, dirigé par le Pr Jean-Louis Montastruc, vient de publier dans son bulletin d'information de Pharmacologie Bip31.fr une mise en garde concernant ces produits. »
« Vient de publier », c'est vite dit puisque ce bulletin « BIP31.fr 2012, 19, (1), 1-17 » est paru en avril 2012 (vérifiez ici) et que depuis d'autres bulletins ont été diffusés par l'excellent site BIP31. Une surprenante prise de conscience bien tardive de la part de la presse. L'informateur qui leur a soufflé le tuyau aura pris son temps...
 
Mais tout de même, comment la presse a-t-elle pu passer à côté de la nature amphétaminique de ces produits ? Voilà qui aiderait pourtant le lecteur à comprendre pourquoi un décongestionant nasal peut être « mauvais pour le coeur ».
 
Dans un document publié en 2009 sur le site de l'AFSSAPS, nous apprenons que :
 
« Depuis quelques années, l'Organe International de Contrôle des Stupéfiants (OICS) a constaté une progression du trafic de méthamphétamine non seulement en Amérique du Nord et en Asie du Sud-Est mais aussi en Afrique, en Europe de l'Est et en Océanie. La méthamphétamine est fabriquée par des laboratoires clandestins implantés dans ces régions, à partir de pseudoéphédrine et d'éphédrine détournées de leur utilisation licite. Ce constat, associé à l'importance des problèmes sanitaires liés à la consommation de méthamphétamine, a conduit l'OICS à adopter plusieurs résolutions en 2006 et en 2007 qui visent notamment à renforcer le contrôle des précurseurs de méthamphétamine, et plus particulièrement de l'éphédrine et de la pseudoéphédrine et des médicaments en contenant. »
La pseudoéphédrine est donc un précurseur chimique de la méthamphétamine. Contrairement à la presse, les narcotrafiquants l'ont bien compris ! Nous apprenons également que :
 
« le CEIP de Montpellier, chargé de l'enquête officielle, a analysé les données du réseau des CEIP-Addictovigilance, de la Banque nationale de pharmacovigilance et les observations notifiées aux laboratoires. Elles concernent les 16 spécialités commercialisées en France contenant de la pseudoéphédrine et les 6 spécialités commercialisées contenant de l'éphédrine. Au total, ont été signalés 17 cas d'abus et de dépendance, 8 cas de mésusage, 18 cas de surdosage ou d'erreur médicamenteuse et 1 cas d'usage détourné comme précurseur de méthamphétamine »
Les âmes charitables ne manqueront pas d'objecter que la quantité de pseudoéphédrine présente dans ces spécialités est négligeable, d'où leur exonération du registre des stupéfiants. Effectivement, des quantités négligeables, mais des effets qui ne le sont pas ! Toujours sur le site de l'ANSM, vous pourrez consulter le compte-rendu de la Commission de Pharmacovigilance du 25 mars 2008 au sujet de la pseudoéphédrine.
 
« Le Centre Régional de Pharmacovigilance (CRPV) de Toulouse avait présenté un premier rapport au Comité Technique de Pharmacovigilance du 11 septembre 2001 (voie orale) puis un second au Comité Technique du 6 novembre 2001 (voie nasale) ainsi qu'une synthèse présentée à la Commission Nationale de pharmacovigilance du 26 mars 2002 sur les effets indésirables cardiovasculaires et neurologiques des sympathomimétiques vasoconstricteurs (VC) (excepté la phénylpropanolamine, PPA) utilisés pour leurs propriétés décongestionnantes au niveau de la sphère ORL.
 
A la suite de la notification de nouveaux cas, notamment des infarctus de myocarde chez des sujets jeunes et sans facteur de risque, il a été décidé d'effectuer une enquête officielle sur les effets cardiovasculaires liés aux décongestionnants utilisés par voie orale ou par voie nasale, dont les résultats ont été présentés au Comité Technique du 4 décembre 2007. Afin de connaître l'incidence des effets neurologiques centraux depuis la dernière enquête officielle de 2001, les données concernant ces effets neurologiques ont également été analysées et présentées au Comité Technique du 12 février 2008. »
 
Tiens ! 11 septembre 2001 ? Ca ne date pas d'hier tout ça !
 
« 206 observations comportant 296 effets indésirables cardiaques ont été retenues et sont survenues chez 115 femmes et 93 hommes, d'âge moyen de 39,6 +/- 16,6 ans. » (...) « Les observations issues des CRPV (n=169) sont graves dans 31% des cas » (...) « L'évolution a été fatale dans trois cas (1,5%) »
3 morts ! Pour des médicaments supposés traiter un rhume !
 
« Sur les 206 observations, 16 (18 effets) concernent des enfants de moins de 15 ans dont 14 ont moins de 6 ans. »
A ceci s'ajoutent :
 
« 8 cas d'infarctus du myocarde concernent des sujets jeunes (moyenne d'âge de 34 ans). Dans 4 observations, un facteur de risque est retrouvé (tabac, cardiopathie, hérédité familiale, association à un oestro-progestatif). Quatre patients (femme 61 ans, hommes de 35, 26 et 26 ans) n'avaient donc aucun facteur de risque cardiovasculaire. »
Concernant les effets neurologiques :
 
« 46 observations comportant 47 effets indésirables neurologiques centraux ont été retenues et sont survenues chez 24 femmes et 22 hommes, d'âge moyen de 42,2 +/- 19,7 ans. Les observations sont graves dans 93,5% des cas. (...) L'évolution a été fatale dans deux cas (4%). Parmi les cas graves analysés dans ce rapport, les accidents vasculaires cérébraux (AVC) sont les effets les plus notifiés avec 13 AVC ischémiques et 5 hémorragies cérébrales. La pseudoéphédrine (PSE) est le VC le plus impliqué. »
« Les données cumulées des enquêtes officielles de pharmacovigilance de 2000 (PPA) et 2001 (autres VC) et 2007- 2008 permettent de dénombrer 44 cas d'AVC ou AIT (27 cas liés à la voie orale et 17 à la voie nasale) notifiés en France avec les sympathomimétiques décongestionnants de la sphère ORL. »
« L'incidence des effets cardiovasculaires et neurologiques centraux notifiés est faible. Cependant, la sous-notification est certainement importante du fait du statut de ces médicaments. Les effets sont graves avec hospitalisation et nécessité d'une prise en charge spécialisée. Ces effets graves sont peu acceptables et à mettre en balance avec l'aspect bénin de la pathologie traitée (« rhume »). »
C'est un euphémisme !!! Et alors que firent les « experts de l'AFSSAPS » ? Ils votèrent !
 
« Les membres de la Commission Nationale ont émis un avis défavorable (12 voix contre, 2 voix pour et 12 abstentions car pas assez de données pour prendre une décision) sur la nécessité de lister (liste II) les vasoconstricteurs à usage décongestionnant par voie orale. »
En clair, en l'absence d'éléments très clairs, on maintient ces produits en délivrance libre, sans prescription médicale. Des infarctus, des AVC, des morts... Que leur fallait-il de plus ? Un an plus tard, la Revue Prescrire, indépendante de l'industrie pharmaceutique, concluait à ce sujet :
 
« Des experts beaucoup trop peu exigeants. La conclusion du rapporteur de l'enquête devant la commission nationale du 25 mars 2008 a été que « ces effets graves sont peu acceptables et à mettre en balance avec l'aspect bénin de la pathologie traitée ». Néanmoins, la commission s'est prononcée contre l'opportunité de rendre les décongestionnants accessibles uniquement sur prescription (liste II) : 12 voix contre, 2 pour et 12 abstentions. Et pourtant, il était très simple de recommander fermement une mesure simple et efficace, au service des patients : le retrait du marché de ces spécialités. »
La situation aujourd'hui
 
Les autorités de santé traînent des pieds pour examiner et résoudre définitivement ce nouveau problème de santé publique. Il faut dire que les « antirhumes » sont produits par les plus grandes firmes pharmaceutiques dont Sanofi, GSK et Pfizer pour lesquelles les membres dirigeants de la Commission d'AMM de l'ANSM ont des conflits d'intérêts majeurs.

Commission d'AMM :
 
 • Président : Daniel Vittecoq. Conflits d'intérêts avec GSK (lien).
 
 • Vice-président : Jean-François Bergmann. Conflits d'intérêts avec de très nombreuses firmes pharmaceutiques dont Sanofi et GSK (lien).
 
Combien de Mediator en puissance reste-t-il dans la pharmacopée sous l'oeil bienveillant des gardiens du temple, en conflit d'intérêt permanent avec les firmes qui les commercialisent ? A quand une véritable purge en profondeur des institutions qui ne se limitera pas à quelques effets d'annonce d'un ministre de la santé ?
 
Et pendant ce temps, Big Pharma nous jure la main sur le coeur, par la voix de son représentant le LEEM (dirigé par le Directeur France de Sanofi), que Mediator c'est bel et bien du passé.
 
La question n'est pas de savoir si ces amphétamines doivent être sur prescription médicale obligatoire. Des médicaments « antirhume » qui tuent des patients, qui entraînent des AVC et des infarctus doivent tout simplement être retirés du marché ! Comment les autorités peuvent-elles encore hésiter ? Le doute ne doit-il pas bénéficier au patient ?
 
Vioxx, Mediator, Avandia et maintenant les antirhumes : combien de morts ?



Commentaires

Ajouter un commentaire


Autres articles dans la catégorie « Evènements sociaux Santé »