Les abeilles en danger de disparition : état des lieux des dernières connaissances scientifiques


Adieu café, jus d'orange et confitures : voilà à quoi ressembleront nos petits-déjeuners si les abeilles disparaissent. Pire, selon une prophétie faussement attribuée à Einstein : « si l'abeille disparaissait de la surface du globe, l'homme n'aurait plus que quatre années à vivre ». Faut-il ré-approvisionner nos bunkers achetés en vue de l'apocalypse maya ?
 
Atlantico : Aujourd'hui tous les scientifiques sont d'accord pour dire que l'on observe une disparition massive d'abeilles domestiques (« colony collapse disorder », CCD). Ce phénomène serait croissant en Europe mais surtout aux Etats-Unis. A l'heure actuelle où en sommes-nous de cette disparition ? Leur nombre continue-t-il de baisser ?
 
Henri Clément : Depuis les années 1995 en France et 2000 dans le monde, les abeilles domestiques comme les pollinisateurs sauvages sont en forte régression et connaissent des taux de mortalité haut, sur l'ensemble du globe. Partout où on retrouve une agriculture productiviste qui utilise notamment les pesticides néonicotinoïdes, on retrouve ces taux de mortalité qui se situe autour de 30 à 40%. En France, depuis 1997, 300.000 ruches disparaissent chaque année. Les chiffres sont toujours aussi importants mais restent relativement stables.
 
Jean-François Narbonne : Avant, il était difficile d'avoir une idée indépendante des évolutions puisqu'il n'y avait pas d'organismes pour suivre les affaires. Aujourd'hui ces chiffres sont plus objectifs grâce à ces organismes.
 
Certains chercheurs pensent qu'en 2006 la chute s'est enraillée, et qu'aujourd'hui nous sommes face à une remontée. Qu'en est- il ?
 
Henri Clément : il y a une amélioration en France en 2006/2007 qui correspond à la période de retraits de certains insecticides néonicotinoides. Mais cela reste sporadique et en France. Car ailleurs, on ne note pas de remontée du nombre d'abeilles. Pour preuve, les Etats-Unis sont obligés d'importer des colonies d'abeilles d'Australie notamment, pour palier ce manque, qui a des conséquences sur certaines agricultures en Californie ou en Caroline du Sud.
 
Cependant les scientifiques n'arrivent pas à déterminer clairement les causes de ce phénomène : pesticides, virus, champignons... plusieurs pistes sont à l'étude. Que savons-nous de ces différentes hypothèses ?
 
Jean-François Narbonne : De nombreuses études ont été faites sur différents facteurs qui ont engendré cette disparition : on peut citer en particulier les virus ainsi que des problèmes nutritionnels. Les abeilles qui aidaient à la pollinisation n'ont pas une alimentation diversifiée. On observe également un problème génétique : le développement de l'élevage intensif de l'abeille, ainsi que celui des reines qui ont été importées d'endroits du monde très divers (notamment l'Australie), provoque des problèmes de lignée très importants. Les nouvelles générations de pesticides, dont les voies d'exposition et son impact sur les abeilles ont été mal évalués. Aujourd'hui, il y a davantage de moyens de contrôler et donc on évalue mieux les facteurs de disparition des abeilles.
 
Ceci dit, il y a des endroits dans lesquels il n'y a pas eu de pesticides utilisés et qui ont pourtant connu une baisse importante du nombre d'abeilles.
 
Henri Clément : Il y a plusieurs problèmes :
 
 • Les pesticides : qui restent la cause principale.
 • L'évolution agricole : on observe un manque de diversité dans nos cultures.
 • Les conditions climatiques qui évoluent
 • Le varroa : petit acarien qui s'attaque aux larves des abeilles, il est arrivé depuis les années 80
 • Virus et champignon : les scientifiques ont démontré qu'il fallait des conditions aggravantes pour qu'ils se développent. Ce sont des maladies opportunistes qui ne se déclenchent qu'en cas de stress dû notamment aux résidus de pesticides. Cela a été démontré par le CNR et l'Université de Clermont-Ferrand et des chercheurs américains.
 
L'Europe a récemment pris la décision d'enlever des molécules des pesticides ce qui est une bonne nouvelle. Le cumul de ces facteurs entraîne le phénomène que l'on observe aujourd'hui, avec comme causes prépondérantes : les pesticides et nos modes de cultures actuels.
 
Le miel est-il affecté par ce phénomène ? Si oui, de quelle façon ?
 
Henri Clément : Il y a de moins en moins de miel. La France, bien que leader en 2012, a vu sa production largement réduite. On est passé de 32.000 tonnes à 16.000 tonnes seulement. En 15 ans, la production nationale a été divisée par deux, et les importations multipliées par 4. Aujourd'hui 24.000 tonnes importées. Ce constat est mondial. En Argentine, les chiffres sont passés de 100.000 tonnes à 60.000 tonnes : cela est dû essentiellement à l'augmentation de la culture du soja qui se fait au détriment du riz et des tournesols. Le goût du miel reste inchangé.
 
Pourquoi les abeilles sont-elles des insectes vitaux pour la nature ? Peut-on imaginer un monde sans abeilles ?
 
Henri Clément : On pourrait se passer des produits dérivés créé par les abeilles, comme le miel, car on ne consomme que 600 grammes de miel par personne et par an en France. Par contre, les abeilles représentent 35% de notre alimentation par la pollinisation et 65% dans notre diversité alimentaire. Pour consommer des fruits et des légumes, il faut la pollinisation des abeilles, la viande aussi car les animaux se nourrissent de végétaux, et si il n'y a pas de graines pour les produire il n'y a pas de végétaux. Les abeilles sont essentielles. L'apport des abeilles en Europe est de 22 milliards d'euros, dont 3 milliards d'euros pour la France.
 
Prenons l'exemple du petit déjeuner, sans les abeilles, on se retrouve avec du thé et du pain ? plus de café, jus, noix, confitures...
 
D'autres moyens de pollinisation sont-ils envisageables ? Lesquels ?
 
Jean-François Narbonne : Les Chinois, à cause de la pollution en Chine, ont essayé de polliniser à la main. Il y a des végétaux où la pollinisation se fait à la main. Cela peut se faire sur une petite production mais pas sur de grandes cultures. Donc les abeilles restent quand même indispensables à la production. Il y a aussi l'industrialisation de l'élevage qui est dangereuse : passer d'un élevage artisanal à un élevage industriel pose les mêmes problèmes (maladies..) que pour d'autres types d'animaux.
 
Henri Clément : les abeilles dérangent car elles sont sensibles à la pollution. Certains chercheurs ont imaginé un système de remplacement : les robots mais cela semble compliqué. Cependant, il y a d'autres agents pollinisateurs : le vent, les abeilles solitaires, les bourdons, les papillons? Les abeilles pollinisent 80% des plantes et on peut les élever. Nous nous sommes également rendu compte qu'en présence des abeilles il y a une plus grande activité de pollinisation de la part de tous les agents pollinisateurs. Il n'y a pas de concurrence mais complémentarité.



Commentaires 4

avatar de PH7
  • Par PH7 0 0
  • Tiens, voilà de quoi justifier l'existence de Monsanto et autres organismes similaires ! La cause qui nie ses effets et se rend donc indispensable pour assurer la continuité alimentaire ! Possible que j'exagère, quoique ? Il serait peut-être temps de prendre les véritables mesures en croisant toutes les infos collectées par les scientifiques. Que savons nous ? Le climat change en froid ou en chaud, les insectes pollinisateurs se réduisent en nombre, par contre les invasion de criquets sont virulentes, de nouveaux virus font leur apparition, l'activité humaine détruit les habitats naturels, la faune et la flore, ... Quels sont les points communs à tout ceci ? Une partie des explications nous a été donné par les scientifiques à l'écoute de la santé de la terre. Reste l'autre partie des scientifiques à la solde des lobbys et de l'industrie qui continue à ?uvrer pour résoudre les problèmes que nous ne connaîtrions pas s'ils n'avaient pas commencés à se prendre pour des dieux en modifiant l'existant ou tout au moins avoir réfléchi aux conséquences à long terme de leurs expériences. Quoiqu'il en soit, il est normal que la roue tourne à condition de ne pas emballer la machine. Il serait peut-être temps de faire une pause dans la course à l'innovation pour prendre le temps d'analyser les causes et conséquences de notre modernité, tenter de réparer ce qui est réparable « en réfléchissant bien aux suites à long terme avant d'agir ! » et de se mettre à penser autrement qu'en matière de rendement. Je reste intimement convaincu que l'homme ne s'en sortira qu'à la condition de s'intégrer à son environnement naturel en le modelant selon ses besoins primaires mais en gardant à l'esprit qu'il n'est pas le seul locataire de la terre et qu'il doit partager sans détruire, prélever ce qui lui est indispensable et oublier le surplus qu'il jette sans considération. Pour exemple je donnerai les radiations atomiques : tant que les éléments sont dispersés ils ne présentent aucun danger, mais dès lors qu'ils sont réuni en masse suffisante, ils constituent un danger. fuites radioactives, décharges d'éléments de centrales et autres billevesées contribuent aux mutations génétiques et il faut beaucoup de temps à la nature pour s'adapter. donc quelles solutions pourrions-nous trouver ? Peut-être une solution simple qui consisterait à rediluer ces éléments de manière à leur rendre leur innocuité initiale et reboucher les carrières d'uranium. Vous me direz : Quel rapport avec les abeilles ? hors sujet ? Mais en êtes-vous aussi sûr ? que savez vous de l'impact que peut avoir l'augmentation de la radioactivité ambiante sur le développement des abeilles et les causes de leur disparitions ? Mais là c'est aux scientifiques de répondre en toute honnêteté et ivité sans prendre de gants ni chercher à préserver les intérêts de quelque groupe ou lobby que ce soit. Idem pour l'eau et toutes autres choses que la nature met à notre disposition pour vivre sur cette terre.

avatar de Le-veilleur
  • Par Le-veilleur (Admin) 0 0
  • Tu as raison sur de nombreux points Philippe, mais tout n'est malheureusement pas si simple. La majorité du peuple est soit désinformé par les médias, qui, soit sont incompétents, soient relaye des informations d'incompétents ou de corrompus. Quant à ceux qui sont au courant de la réalité, la plupart ne sont pas prêt à faire des sacrifices et se contentent de se plaindre. La plupart des scientifiques, du moins ceux mandatés officiellement, sont également à la solde de lobbyistes. Ce système est bien implanté, et j'ai bien peur qu'il faille une catastrophe planétaire, ou l'effondrement de ce système pour que nous ayons une chance de prendre un nouveau départ.

avatar de PH7
  • Par PH7 0 0
  • Tu as probablement raison, mais que veux-tu, je suis optimiste de nature et veux croire en une solution quitte à affamer les requins. Merci pour ta réponse

avatar de Le-veilleur
  • Par Le-veilleur (Admin) 0 0
  • Peut être as tu raison de l'être... Après tout c'est peut être moi qui suis trop pessimiste, a force de voir chaque jour le pire de ce dont est capable l'être humain, j'en suis venu à douter.

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