Le mystère du peuple basque


Peu ou mal connu, un voile de mystère entoure le peuple basque concernant ses origines profondes, et aujourd'hui encore, de nombreux points restent inexpliqués. En voici une synthèse traduite aimablement par le Bistrot bar blog, que je dédie à ma compagne dont les racines sont fortement ancrées dans ce magnifique pays à plus d'un titre. Le veilleur
 
« Les basques partagent avec les celtes le privilège de s'adonner à une extravagance sans égale » - Miguel de Unamuno (écrivain basque).
 
Les Basques apparaissent comme un peuple mythique, presque imaginaire. Leur antique culture foisonne de légendes et de coutumes indatables. Leur terre elle-même, ses villages aux maisons blanchies à la chaux et au toit rouge, ses vertes montagnes, ses crêtes rocheuses, sa mer de cobalt qui devient couleur du charbon durant les tempêtes, sa langue étrange, ses grands bérets, n'existent sur aucune carte sauf la leur.
 
Le pays basque commence à l'Adour, à son embouchure à Bayonne - rivière qui marque la séparation entre le pays basque et la France avec sa forêt marécageuse de pins dans les Landes - et se termine à l'Èbre, dont la riche vallée sert de frontière entre le pays à la sèche terre rouge de la Rioja espagnole et la terre basque. Le pays basque semble trop vert pour être l'Espagne et trop accidenté pour être la France. La zone entière ne recouvre que 21300 km².
 
Dans ce petit espace se logent les sept provinces basques. Quatre sont en Espagne et ont des noms basques et espagnols : Nafaroa ou Navarre, Gipuzkoa ou Guipuscoa, la Bizkaia ou Biscaye, et Araba ou Alava. Trois sont en France et ont des noms basques et des noms français : Lapurdi ou Labourd, Benafaroa ou Basse-Navarre, et Zuberoa ou Soule. Une ancienne forme d'affichage nationaliste basque est « 4 + 3 = 1. » (les sept font un)
 
Comme presque tout ce qui se rapporte aux basques, les provinces sont définies par la langue. Il y a sept dialectes en langue basque, mais il existe des sous-dialectes dans certaines provinces. Dans la langue basque, qui s'appelle euskera, il n'y a pas de mot pour « basque ». Le seul mot pour identifier un membre du groupe qui parle basque est Eushaldun-Euskera. Leur terre est appelée Euskal Herria - la terre de ceux qui parlent Euskera. C'est la langue qui définit l'homme basque.
 
Le mystère central est : Qui sont les basques ? Les premiers basques n'ont laissé aucune trace écrite, et les premiers récits, deux siècles après l'arrivée des Romains en 218 avant JC, donnent l'impression que c'était déjà un peuple ancien. Des artefacts antérieurs à cette époque retrouvés dans la région - quelques outils, des gravures rupestres et des restes en ruines - ne donnent pas de preuves d'une fabrication par les basques, mais on suppose qu'au moins certains d'entre eux l'ont été.
 
Il existe de nombreuses preuves attestant que les basques forment un groupe à part physiquement. Il y a un type basque avec long nez droit, sourcils épais, menton fort, et longs lobes d'oreilles. Même aujourd'hui, si on s'assoit dans un bar d'une ville montagneuse de la vallée comme à Tolosa [province de Guipuscoa], et qu'on regarde les hommes jouer au mus, le jeu de cartes populaire, on peut voir, malgré l'importante mixité, une similitude dans les visages.
 
Les caractères, bien sûr, impriment des visages très différents, mais très souvent, derrière la poignée de cartes, on peut retrouver les mêmes sourcils, le même menton et le même nez. Les bérets de laine bleu marine que tant d'hommes portent chacun d'une manière un peu différente - semblent mettre en valeur les oreilles allongées des basques. Dans le passé, où les espagnols et les français étaient typiquement des gens d'assez petite taille, les basques se caractérisaient par une plus grande taille, un thorax épais, de larges épaules, et une forte carrure. Parce qu'ils présentaient des caractéristiques communes aux Cro-Magnon, les basques ont été souvent considérés comme les descendants directs de ces hommes qui vivaient il y a 40.000 ans.
 
Des preuves matérielles moins subjectives de l'ancienneté et de la différence de cette communauté ont été aussi mises en lumière. Au début du XXe siècle, on a découvert que tous les sangs appartenaient à l'un des trois groupes A, B, ou O. Les basques possèdent la plus forte concentration de groupe O dans le monde [45 % de la population mondiale, en additionnant les 0+ et les 0-], avec même un pourcentage plus élevé dans les zones reculées où la langue est la mieux conservée, comme à Soule. La plupart des autres sont du groupe A. Le groupe B est extrêmement rare chez les basques. Avec la découverte que les irlandais, les écossais, les corses, et les crétois ont également une incidence anormalement élevée du groupe O, il n'a pas fallu longtemps pour rattacher en quelque sorte ces peuples aux basques.
 
Mais ensuite, en 1937, vint la découverte du facteur rhésus, plus communément appelé Rh positif ou Rh négatif. On a trouvé que les basques ont la plus forte incidence de sang Rh négatif dans la population mondiale, soit nettement plus que le reste de l'Europe, même encore plus élevée que les régions voisines de France et d'Espagne. Les théoriciens de Cro-Magnon soulignent que d'autres endroits connus comme ayant été occupés par l'homme de Cro-Magnon, comme les montagnes de l'Atlas au Maroc et les îles Canaries, se trouvent également avoir une forte incidence de Rh négatif.
 
27% des basques ont du sang O Rh négatif. Le Rh négatif dans le sang d'une femme enceinte peut empoisonner mortellement un f?tus qui a du sang rhésus positif. Depuis la Seconde Guerre mondiale, les techniques d'intervention pour sauver le f?tus se sont développées, mais il est probable que tout au long de l'histoire, le taux de fausses couches et de mort-nés parmi les basques était extrêmement élevé, ce qui peut être une des raisons pour lesquelles ils sont restés une petite population sur une surface limitée de terre tandis que d'autres populations, en particulier dans la péninsule ibérique, ont rapidement augmenté.
 
Avant l'étude du sang basque comme indice de leur origine, plusieurs tentatives ont été faites pour analyser la structure des crânes basques. Au début du XIXe siècle, un chercheur a relaté :
 
« Quelqu'un m'a donné un cadavre de basque, je l'ai disséqué et j'affirme que la tête n'est pas bâtie comme celle des autres hommes. » 
Les études au 19ème siècle des crânes basques ont conclu, selon l'étude sur laquelle on s'appuie, que les basques étaient soit turcs, tartares, hongrois, allemands, lapons, ou des descendants de l'homme de Cro-Magnon également originaire de la terre basque ou en provenance des berbères d'Afrique du nord.
 
Sinon, les vêtements détiennent-ils le secret des origines basques ? Un écrivain du XIIe siècle, Aimeric de Picaud, s'occupait non pas des crânes mais des jupes, concluant après avoir vu les hommes basques en jupe courte qu'ils étaient clairement les descendants des écossais. L'artefact le plus utile laissé par les anciens basques est leur langue. Les linguistes estiment que si la langue a adopté des mots étrangers, la grammaire s'est avérée résister au changement, de sorte que l'on pense que l'Euskera moderne est beaucoup plus proche de sa forme ancienne que le grec moderne ne l'est du grec ancien. L'Euskera possède des verbes extrêmement complexes avec douze conjugaisons, quelques formules de politesse, un nombre limité d'abstractions, un riche vocabulaire pour désigner les phénomènes naturels, et aucune préposition ou article.
 
Etxea est le mot pour maison ou foyer. « A la maison » se dit etxean. « Pour la maison » c'est etxera. « De la maison » devient etxetik. Les concepts sont formés en ajoutant de plus en plus suffixes, c'est ce qu'on appelle une langue agglutinante. Cette langue agglutinante ne dispose que d'environ 200.000 mots, mais son vocabulaire s'étend largement avec près de 200 suffixes standard. Par contraste, le dictionnaire anglais Oxford a été compilé à partir d'une base de données de 60 millions de mots, mais l'anglais est une langue avec un vocabulaire inhabituellement riche. On dit parfois que l'Euskera ne comprend que des noms, des verbes et des suffixes, mais des concepts relativement simples peuvent devenir des mots d'une force étonnante. Iparsortalderatu est un verbe qui signifie « se diriger dans la direction nord-est. »
 
L'Euskera a souvent été rejeté comme une langue impossible. Arturo Campion, un écrivain basque du XIXe siècle de Navarre, s'est plaint que le dictionnaire de l'Académie Royale Espagnole définisse l'Euskera comme
 
« la langue basque, tellement complexe et obscure qu'elle en est incompréhensible. » 
Elle est obscure, mais pas particulièrement compliquée. La langue semble plus difficile qu'elle ne le paraît parce qu'elle est inhabituelle, si différente des autres langues. Sa profusion de ks et xs paraît intimidante par écrit, mais la langue est largement phonétique avec quelques pièges mineurs, comme un b très doux et un h aspiré comme en anglais, difficile à prononcer pour les francophones et les hispaniques. Le x se prononce « ch ». Etxea se prononce « et-CHAY-a. » Pendant des siècles, les hispanophones on rendu l'Euskera plus convivial pour eux en changeant xs en chs comme dans Echea, et ks, qui n'existe pas dans les langues latines, en cs, comme dans Euscera. Pour les anglophones, l'orthographe basque est souvent plus phonétique que ses équivalents espagnols. La ville que les espagnols appellent Guernica se prononce de la façon dont l'écrivent les basques - Gernika.
 
La structure de la langue - racines et suffixes - offre d'importants indices sur les origines du basque. Les mots modernes aitzur, qui signifie « houe », aizkora, qui signifie « hache », aizto, qui signifie
« couteau », ainsi que divers mots désignant l'action de creuser et couper, tous viennent du mot haitz ou anciennement aitz, qui signifie « pierre ». Cette étymologie semble indiquer une langue très ancienne, en fait de l'âge de pierre. Même si la langue a acquis des mots nouveaux, notamment latins par les Romains et l'Eglise, et espagnols, ces mots sont utilisés d'une manière unique pour cette langue ancestrale. Ezpata, comme le mot espagnol espada, signifie « l'épée. » Mais ezpatakada signifie « coup d'épée », ezpatajoka signifie « clôtures » et espatadantzari est un « danseur avec une épée. »
 
Malgré de nombreuses tentatives, aucune langue apparentée n'a été trouvée pour l'Euskera. C'est une langue orpheline qui n'appartient même pas à la famille des langues indo-européennes. C'est un fait remarquable, car dès l'extension à travers l'Europe des indo-européens à l'âge de bronze en provenance du sous-continent asiatique, aucune communauté n'est resté intacte, quel que soit son isolement. Même le celte est indo-européen. Le finnois, l'estonien et le hongrois sont les seules autres langues vivantes européennes non rattachées au groupe indo-européen. Inévitablement, il y a eu des théories liant finlandais et euskera ou hongrois et euskera. Les basques ont-ils migré de la Laponie ? Le hongrois, on l'a souligné, est aussi une langue agglutinante. Mais aucun autre lien n'a été trouvé entre le basque et ses langues compagnes agglutinantes.
 
Une brève tentative pour rattacher les basques aux Pictes, anciens occupants de Grande-Bretagne qui parlaient une langue que l'on pensait être pré-indo-européenne, s'est effondrée quand on a découvert que les Pictes n'étaient pas indo-européens du tout, mais celtes. Si la langue basque est antérieure, comme cela semble être le cas, à l'invasion indo-européenne, si c'est une langue primitive ou même antérieure à l'âge de bronze, il est très probable qu'elle soit la plus ancienne langue européenne vivante.
 
Si l'euskera est la plus ancienne langue vivante européenne, les basques sont-ils la plus ancienne culture européenne ? Pendant des siècles, cette question a conduit les basques et les non-basques vers une quête pour retrouver l'origine des basques. Miguel de Unamuno, l'un des écrivains basques les plus connus, a consacré ses premiers travaux, écrits en 1884 alors qu'il n'était qu'étudiant, à la question.
 
« Je suis basque, » commençait-il, « et j'aborde donc avec méfiance et prudence ce sujet peu et mal compris. »
Comme Unamuno le souligne, et c'est encore vrai aujourd'hui, de nombreux chercheurs n'ont pas hésité à employer une bonne dose d'imagination. Une théorie faisait non seulement parler basque Adam et Ève, mais la langue daterait d'avant leur expulsion du Jardin d'Eden. Le nom Ève, selon cette théorie, vient de ezbai, «  non-oui » en euskera. On a aussi découvert que les murs de Jéricho se seraient effondrés quand les trompettes ont fait retentir un hymne basque.
 
Des caprices mi-réalité mi-fiction ont été encouragés par le fait que les basques ont tardé à documenter leur langue. Le premier livre entièrement en euskera ne fut publié qu'en 1545. Jusqu'à Guipuzcoaines Esteban de Garibay au 16ème siècle, aucun basque n'avait tenté d'étudier sa propre histoire ou ses origines. Les historiens espagnols de l'époque affirmaient déjà que la péninsule ibérique avait été peuplée par les descendants de Tubal, petit-fils de Noé, qui y serait parti 35 ans après le Déluge. Garibay a observé que les noms de lieux basques ressemblaient à ceux d'Arménie où l'arche aurait atterri, et que par conséquent les basques descendraient spécifiquement de Tubal. Le mont Gorbeya au sud de Vizcaya n'aurait-il pas été nommé d'après le Mont Gordeya en Arménie ? Garibay faisait remonter l'euskera à la Tour de Babel.
 
En 1729, lorsque Manuel de Larramendi a écrit le tout premier livre de grammaire basque, il affirmait que l'euskera était l'une des soixante-quinze langues à s'être développée après la confusion de la Tour de Babel. Selon Juan Bautista de Erro, dont Le Monde Primitif ou Un Examen Philosophique de l'Antiquité et de la Culture de la Nation Basque a été publié à Madrid en 1815, l'euskera est la plus ancienne langue au monde, conçue par Dieu comme la langue d'Adam au paradis, préservée dans la Tour de Babel, survivante du Déluge, parce que Noé la parlait, et ramené au pays basque actuel par Tubal.
 
Selon une légende populaire, le premier Basque s'appelait Aïtor, l'un de ces quelques hommes remarquables ayant survécu au Déluge sans recourir à l'Arche de Noé, en sautant de pierre en pierre. Cependant, Aitor, toujours reconnu par certains comme le père de tous les basques, fut inventé en 1848 par l'écrivain basque français Augustin Chaho. Après que l'article de Chaho sur Aïtor ait été traduit en espagnol en 1878, la légende a grandi et est devenue un pilier de la culture basque. Certains disant qu'Aïtor était une pure fiction sont même allés jusqu'à avancer l'hypothèse que le vrai père de tous les basques était Tubal.
 
Des hypothèses ont été formulées depuis, rattachant leur langue avec celles du Caucase, d'Afrique, de Sibérie et du Japon. Un chercheur du dix-neuvième siècle a conclu que les basques étaient une tribu celte, un autre qu'ils étaient étrusques. Et inévitablement, on a découvert que les basques, comme tant d'autres peuples, étaient en fait la treizième tribu perdue d'Israël. De même il est inéluctable que d'autres aient conclu que les basques étaient en réalité des survivants de l'Atlantide.
 
Un argumentaire disant que les basques étaient en réalité juifs a été soigneusement élaboré par un ecclésiastique français, l'abbé J. Espagnolle, dans un livre de 1900 intitulé L'Origine des Basques. Pour que cette théorie fonctionne, le lecteur doit d'abord réaliser que les habitants de l'ancienne Sparte étaient juifs. Pour appuyer cette affirmation, Espagnolle cite un historien de la Grèce antique qui écrivait :
 
« L'amour de l'argent est une caractéristique spartiate. » 
Si ce n'était pas une preuve suffisante, il faisait aussi valoir que Sparte, comme la Judée, manquait d'artisans. Le port d'une coiffe et le respect aux aînés figuraient en tant que preuve supplémentaire. De là, il s'agissait simplement d'affirmer, comme l'avaient fait les historiens grecs de l'antiquité, disait-il, que les spartiates avaient colonisé le nord de l'Espagne. Et bien sûr, ces colons spartiates qui devinrent plus tard basques étaient juifs.
 
Avec la question du sentiment d'appartenance à une nation en jeu, ces hypothèses apparemment désespérées peuvent ne pas être dépourvues de motifs politiques. « Autochtone » est une notion puissante à la fois pour les français et les espagnols. Les deux pays définissent leur histoire comme une lutte de leur habitants, occupants autochtones légitimes, pour défendre leurs terres contre les Maures, contre des envahisseurs venant d'ailleurs, d'une autre race, et d'une autre religion.
 
En Europe, cette lutte héroïque a longtemps été un pilier essentiel pour le nationalisme et le racisme. L'idée que les basques habitaient leurs montagnes d'Europe, qu'ils parlaient leur propre langue indigène européenne, bien avant les Français et les Espagnols, est troublant pour les nationalistes français et espagnol. À moins de pouvoir démontrer que les Basques viennent d'ailleurs, l'espagnol et le français se transforment en envahisseurs à la manière des maures, en imposant une culture étrangère. Du XVIe siècle à nos jours, les historiens payés par le gouvernement de Madrid ont rédigé l'histoire en limitant délibérément la possibilité de basques autochtones.
 
Mais les basques aiment l'idée, soutenue par une majorité de preuves, qu'ils sont les européens de l'origine, précédant tous les autres. Si c'est vrai, appartenir à ce peuple ancien dont la culture avait peu à voir avec celle de ses voisins, a dû être vécu comme un isolement. On trouve à plusieurs reprises dans les archives de ceux qui ont étudié les basques mention d'une langue étrange les mettant à part des autres. Mais c'est ce qui leur a permis aussi de rester un peuple soudé en s'unissant pour résister aux grandes invasions européennes.
 
Par Hélios - Traduction par Valérie pour le bistrobarblog.
 
Notes du traducteur
 
Le qualificatif de « mystère » concernant le peuple et la langue basque n'est pas usurpé. Comme par exemple le fait que les basques « pure souche » possèdent le taux de groupe sanguin 0 et de rhésus négatif le plus élevé au monde, notion abordée dans un précédent article. Découvrez quelques pistes avec cet article extrait d'un livre de Marc Kurlansky paru en 1999. Merci à Valérie pour le coup de main de traduction.



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