La Grèce sur les traces de l'Islande ?


Raté ! Le président grec Papoulias aura tout tenté pour éviter un retour aux urnes dans son pays. Faute d'accord pour une coalition de partis politiques, faute d'avoir mis sur pied ce « gouvernement de technocrates » qu'il appelait de ses voeux, le voilà contraint d'annoncer un nouveau tour d'élections pour la mi-juin, comme l'y engage sa propre Constitution.
 
Voilà qui ne fait pas du tout l'affaire, ni des deux partis institutionnels grecs (la Démocratie chrétienne de droite et le Pasok socialiste), en phase dépressive et déjà bien malmenés lors du premier tour de ces élections, ni de la fameuse Troïka (BCE, Commission européenne, FMI) garante de quelques insatiables intérêts financiers.

Quelques questions
 
C'est que ces ingrats de sondages prévoient une montée en puissance du parti Syriza, cette variante grecque de notre Parti de gauche, déjà arrivé bon second lors de la première édition électorale. Avec le gain de 50 députés qu'octroie la loi grecque au parti vainqueur.
 
J'ai posé quelques questions à mon ami Okeanos, qui suit l'affaire sur place pour savoir pourquoi Syriza faisait tant effet d'épouvantail à microcosme dans son pays :

 • allait-il demander un retrait de l'euro, le retour à une monnaie nationale ou le maintien de son pays dans cette Union européenne (UE) bien sinistrée ?
 
 • Quid de l'attitude de Syriza quant au remboursement de la dette grecque ? Gel ? Annulation ? Renégociation ?

Le programme de Syriza
 
Okeanos m'a répondu en me détaillant le programme gouvernemental de Syriza :
 
 1. Annulation immédiate des mesures d'austérité, en particulier celles concernant les coupes dans les salaires et les pensions.
 
 2. Annulation des dispositions du programme d'austérité qui exterminent les droits des travailleurs.
 
 3. Moratoire sur le remboursement de la dette. Et mise en place d'une commission d'audit sur cette dette.
 
 4. Annulation de la loi immunisant les ministres de devoir rendre des comptes.
 
 5. Contrôle public des banques et ouverture d'un audit sur leur situation.
 
 6. Mise en place d'une toute nouvelle coopération à l'échelon européen.

La souris qui fait la nique aux gros chats
 
L'état de panique du mastodonte européen devant la possible irruption de ce diable hellène prête à sourire. Tantôt « vipère au poing », comme le ministre allemand Schäuble assurant que la sortie de la zone euro de la Grèce, même pas mal ! Tantôt pontifiant comme le président de l'eurogroupe Juncker, déclamant son « intention inébranlable » de garder la Grèce en son sein.
 
Tantôt pleurnichant comme le président Papoulias, pour qui ces nouvelles élections vont se dérouler « dans de très mauvaises conditions ». Mais « mauvaises conditions » pour qui, monsieur Papoulias ? Juste un petit caillou dans les godasses de vos maîtres européens et des gardiens zélés du temple financier :

 • si un pays peut décider unilatéralement de s'exclure de la zone euro et a fortiori de l'UE, bien plus dur pour les autres, fussent-ils allemands, de l'exclure d'autorité.
 
 • Syriza n'a apparemment nulle intention de se retirer de l'UE. Juste de ne plus obéir comme un mouton aux diktats de ses instances. Et c'est soudain la souris qui fait la nique aux gros chats. Combien parie-t-on que d'autres souris sont aux aguets, en Espagne, en Italie, au Portugal ?

Ce qui va se jouer en Grèce dans les prochaines semaines est crucial pour l'avenir de la démocratie. Vont-ils trouver encore une entourloupe pour la sacrifier sur l'autel de leurs intérêts ? Ou va-t-on assister à la première insurrection civique par les urnes de l'Histoire ? Feuilleton palpitant qui nous concerne tous.



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