« La désobéissance civile » de Henry David Thoreau


Ce sujet est à l’origine d’un concept politique important et souvent méconnu bien que d’actualité, celui de la « désobéissance civile », issu d’un livre publié en 1849 dont l’Américain Henry David Thoreau est l’auteur, après avoir refusé lui-même de s’acquitter de ses impôts.

L’écrit a pour le moins le mérite de nous faire réfléchir et de nous poser la question : Que faire quand notre gouvernement prend des décisions totalement à l’encontre de nos valeurs ? A l’heure ou le choix de manifester pour défendre ses droits est interdit sous peine de sanctions immédiates et disproportionnées, existe-t-il une alternative pour exprimer un mécontentement général plus que justifié ?

Cette alternative, H.D. Thoreau la revendiqua en juillet 1846, en refusant publiquement de payer à l’état sa quote-part. Abolitionniste convaincu il reprochait à ce dernier de soutenir l’esclavage qui régnait dans le Sud, et reprochait aux États-Unis de mener une guerre impérialiste contre le Mexique.

Dans son livre qui devait paraître quelques années plus tard, il théorise le droit de l’individu à refuser de coopérer avec un système qui ne convient pas à sa conscience. Et en cette période ou les mécontentements populaires se multiplient et prennent de l’ampleur, ce droit de refuser un système bafouant nos valeurs et croyances est-il légitime ?

Pour ma part, tout comme Henry David Thoreau, je pense que « nous devons d’abord être des hommes, des sujets ensuite ». Le respect de la loi vient après celui du droit !

Le Veilleur

Tous les hommes reconnaissent le droit à la révolution, c’est-à-dire le droit de refuser fidélité et allégeance au gouvernement et le droit de lui résister quand sa tyrannie et son incapacité sont notoires et intolérables.

En 1846, l’écrivain américain Henry David Thoreau passe une nuit en prison pour avoir refuser de payer ses impôts pendant six ans. L’État du Massachussets approuve l’esclavage, finance, appuie et participe à la guerre au Mexique. En total désaccord avec ce gouvernement, Thoreau va au bout de ses idées, s’oppose et choisit de dire « non » par un acte logique (il refuse de financer la politique de l’Etat dans lequel il vit, vu qu’il est en désaccord avec cette politique là) et non-violent (il ne prend pas les armes et ne verse aucun sang).

S’appuyant sur cette expérience, il développe et donne assise à un concept novateur : « la désobéissance civile ». « Civil Disobedience », publié pour la première fois en 1849, est un essai aux résonances actuelles et qui a inspiré, entre autres, Gandhi et Martin Luther King. 160 ans après, ce qu’écrivait Thoreau est toujours d’une justesse inouïe et d’une pertinence rare.

« La désobéissance civile » de Henry David Thoreau est un de ces livres que tout le monde devrait lire et relire sans modération. L’auteur nous invite à ne pas nous contenter de toujours suivre passivement le reste du troupeau. Rien de pire que le politiquement-correct dirait-il aujourd’hui en observant notre monde.

Il existe des lois injustes : consentirons-nous à leur obéir ? Tenterons-nous de les amender en leur obéissant jusqu’à ce que nous soyons arrivés à nos fins – ou les transgresserons-nous tout de suite ? En majorité, les hommes, sous un gouvernement comme le nôtre, croient de leur devoir d’attendre que la majorité se soit rendue à leurs raisons.

Dans « La désobéissance civile », Henry David Thoreau analyse de nombreuses thématiques (l’Etat, la démocratie, l’argent, le commerce, la Justice…) et les envisage sous l’angle de l’individu et des rapports qu’il entretient face à la masse.

Un homme qui aurait raison contre ses concitoyens constitue déjà une majorité d’un

Thoreau affirme le droit inaliénable que tout individu a de s’opposer à un gouvernement, à des lois, à des concepts idéologiques dès lors qu’il les juge inacceptables, injustes ou dangereux. Car ce chef d’œuvre de résistance pragmatique affirme la liberté d’agir envers et contre tout dès lors que la cause justifie cette ligne de conduite. Les textes universels sont ceux qui dépassent le contexte historique, la période durant laquelle ils ont été écrits et qui nous parlent à travers les époques. Ainsi en est-il de « La désobéissance civile ».

Thoreau est attaché viscéralement à la liberté individuelle. Ce qu’il écrivait en 1849 est intemporel.

Je crois que nous devrions être hommes d’abord et sujets ensuite.

Il ne conteste pas la notion de gouvernance mais avance notre droit absolu à la contester, à la remettre en question quand nous le jugeons nécessaire. Désobéir permet ainsi de rester vigilant face aux lois iniques et de ne pas s’y soumettre.

Sous un gouvernement qui emprisonne quiconque injustement, la véritable place d’un homme juste est aussi en prison.

« La désobéissance civile » a connu plusieurs interprétations rendues possibles par la grande richesse de cet essai. Certains y ont vu un plaidoyer anarchiste, un bréviaire libertaire ; d’autres y ont perçu le développement d’une philosophie ultra-individualiste ; d’aucuns y ont décelé une incitation à la dissidence systématique.

Je ne sais qui a raison ou qui a tort. Pour ma part, j’y lis toujours un précepte : une action individuelle quand elle est juste et raisonnée profite toujours aux autres. Et encore plus quand ils sont aveuglés par l’état qui les gouverne.

Par Pat de Bigorre

Liens connexes

Lire « La désobéissance civile » de Henry David Thoreau (pdf)

Lire également « Howard Zinn sur la désobéissance civile (1970) », lien aimablement suggéré par Golden Awaken (site)



Commentaires 2

avatar de Golden Awaken
  • Par Golden Awaken | site 1 0
  • Bonjour Le Veilleur. Contester la politique (Intérieure ou Étrangère) d'un État est un devoir selon la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1793 (« Quand le gouvernement viole les droits du peuple, l'insurrection est pour le peuple, et pour chaque portion du peuple, le plus sacré des droits et le plus indispensable des devoirs »). Si les politicards continuent sur ce que l'on peut appeler un déni de Démocratie (Ratification, 49.3, etc...), le chant des partisans risque de revenir à la mode (N'y vois aucunement une sensibilité politique de ma part quant à cette dernière phrase ). La Désobéissance Civile est sans doute le seul moyen restant à la population pour ce faire entendre. Comme tu l'indiques, plusieurs interprétations libertaires et anarchistes peuvent se trouver sur le net, mais il y a une qui a retenu plus particulièrement mon attention, celle d'Howard Zinn (http://followyourintuition.forum... ) Mes Amitiés

avatar de Le-veilleur
  • Le-veilleur a répondu (Admin) 1 0
  • Bonjour Golden. C'est en effet un des moyens restant à notre disposition, mais ne rêvons pas, personne ne franchira le pas, ne serait-ce que par peur des mesures de rétorsions qui s'en suivront. Sauf que si ces personnes sont des milliers (ou plus) à suivre un tel mouvement, il n'y aura jamais suffisamment de fonctionnaires pour rappeler tout le monde à l'ordre... Une fois encore, seule la solidarité peut nous extirper de l’exécrable situation actuelle ! Merci pour ce lien que je vais de ce pas ajouter à l'article

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