L'Apocalypse aura bien lieu, mais pas comme vous l'imaginez


La probabilité qu'un astéroïde géant détruise la Terre est faible. En revanche, Patrick Simon explique que les problèmes environnementaux et l'effondrement économique de nombreux pays risquent bien de précipiter la fin du monde. Extrait de « Autopsie de l'apocalypse » (2/2).
 
L'accumulation des problèmes économiques et sociaux, le constat de notre incapacité à faire face aux phénomènes naturels semblent avoir rendu caduque l'idée, dominante au siècle dernier, que les progrès de la science et des idéologies allaient nous ouvrir une ère de prospérité et de bonheur.
 
Pourtant, la productivité et le progrès technique ont permis l'accumulation de richesses, offrant ainsi aux pays développés de l'hémisphère nord la possibilité de mettre en place une économie fondée sur une production massive de biens et de services. Mais les besoins paraissent insatiables, et les pays en développement du Sud, gagnés par cette frénésie, cherchent à rattraper le temps perdu, adoptant, à la suite et sur le modèle des sociétés occidentales, des systèmes capitalistes de production dont l'unique objectif est le profit basé sur une croissance permanente, organisation dont on sait qu'elle a engendré la gaspillage des ressources naturelles et des pollutions exponentielles.
 
Cette boulimie de consommation entraîne une course permanente aux moyens financiers. L'argent constitue la seule valeur reconnue. Tout devient marchandise. Cette obsession financière a pour conséquence l'exploitation des hommes et des ressources, le dopage, la spéculation improductive, les escroqueries et les délits d'initiés. La financiarisation de l'économie devient la norme. Le commerce international porte sur le quart du PIB mondial, mais les mouvements de capitaux représentent chaque année plusieurs fois ce montant. La création de richesse virtuelle par le biais d'instruments financiers complexes et difficiles à maîtriser, tels que les produits dérivés, s'est manifestée de manière éclatante par les crises financières de 2008 et de 2010.
 
Les nouveaux pays industrialisés comme l'Inde, la Chine et le Brésil réclament leur dû en matière de croissance économique, quitte à multiplier par dix l'émission des gaz nocifs. Situés sur des zones à risque, ils risquent de connaître de graves problèmes. L'Europe n'est pas épargnée et subit chaque année des inondations comme celle qui saccagea la Vendée en 2010, des tempêtes accompagnées de vents violents qui avoisinent les 200 km/h comme celles qui balayèrent la France en 1999 et en 2009.
 
La conscience de ces phénomènes et le sentiment que les difficultés risquent de s'accentuer encore font progresser la tendance aux attitudes extrêmes. Se renforce la tentation, propre à toutes les périodes de crise, de désigner des boucs émissaires. Le rejet de l'autre et l'appel à des haines ancestrales, fondées sur des doctrines, des événements historiques ou des options religieuses, refait surface, et les idéologies s'orientent vers des normes collectives capables de protéger le groupe en danger, avec tous les totalitarismes philosophiques (pensée unique), politiques (mouvements extrémistes) ou religieux (fondamentalismes) qu'engendre bien souvent cette façon d'appréhender le monde.
 
Le déni des questions écologiques ne peut plus être une option raisonnable pour nos contemporains. On sait que dans les vingt années à venir, le volume des rejets de CO2 dans l'atmosphère sera multiplié par quatre. Si les Chinois, les Indiens, le Brésil et à leur suite, les habitants des autres pays en développement se mettent à utiliser des moyens de transports dans les mêmes proportions que les Occidentaux, ce seront près de 3 milliards de véhicules supplémentaires qui pollueront la planète. Sans oublier qu'il faudra également compter avec l'accroissement exponentiel de leurs besoins industriels.
 
Alors que la reconversion énergétique devient un impératif inéluctable, les différents sommets qui se sont tenus à Kyoto et à Copenhague, notamment, ont été incapables d'imposer que soient prises rapidement des mesures drastiques et radicales. La Conférence sur le développement durable RIO+20 qui s'est tenue à Rio (Brésil) du 20 au 22 juin 2012, a débouché sur un constat d'échec, avec une absence d'engagements concrets. Seule, une déclaration d'intention réaffirme les principes en faveur du développement durable ; les gouvernements fuyant leurs responsabilités, les conséquences en seront toujours plus désastreuses et personne (riches ou pauvres) n'échappera aux événements qui se préparent.
 
En matière de développement durable, les décisions adoptées par les gouvernements ne suffiront pas à endiguer les désastres à venir. Les répercussions sur le climat vont redoubler de violence. Des effets de synergie probables provoqueront des cataclysmes d'une ampleur inégalée qui balayeront la planète de façon récurrente. Dans la mesure où ces phénomènes s'amplifient, il se pourrait que de nombreuses régions soient touchées simultanément par des séismes, des inondations, des éruptions volcaniques, des sécheresses, des cyclones, des ouragans et des tempêtes énormes.
 
Les plaies béantes que l'homme inflige à la Terre occasionneront des réactions en chaîne et des phénomènes que corroborent toutes les prévisions. La mutation de certains écosystèmes et des migrations massives ont déjà commencé dans certaines régions du monde, notamment aux Maldives et au Bangladesh. Elles risquent de toucher des pays européens comme les Pays-Bas dont les terres sont inondables. Le nombre des réfugiés environnementaux est estimé à 200 millions pour le XXIe siècle.
 
Extrait de « Autopsie de l'Apocalypse », Ed. Bréal (septembre 2012)
 
Par Patrick Simon (docteur d'Etat en droit, journaliste et professeur dans l'enseignement supérieur)



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