L'activité du Soleil peut-elle déclencher des séismes sur Terre ?


Bien des chercheurs se demandent si l'activité solaire peut être impliquée dans des tremblements de terre, mais une étude récente montre qu'il n'y a pas de corrélation directe entre les deux. Pour arriver à cette conclusion, les scientifiques ont collecté des données astronomiques portant sur les tâches solaires, les vents solaires et les tempêtes magnétiques puis les ont croisées avec les occurrences de tremblements de terre. Il n'existe donc aucune méthode avérée pour exploiter des données relatives à l'espace pour anticiper des tremblements de terre.
 
Cette étude a été menée sous la direction de Jeffrey Love de l'Institut d'études géologiques des États-Unis (USGS) avec la participation de Jeremy Thomas du Northwest Research Associates. Elle a été publiée récemment dans le journal Geophysical Research Letters. Les données relatives aux tremblements de terre étaient fournies par le USGS, celles concernant les tâches solaires par le NOAA, et celles relatives aux vents solaires par la NASA. Les données géomagnétiques étaient fournies par le British Geological Survey et Geoscience Australia.
 
Peut-on prévoir les séismes ?
 
Malgré les affirmations hâtives de certains, la réponse est non selon l'USGS : aucune méthode fiable de détection de l'imminence d'un tremblements de terre n'a été développée et les sceintifiques ne pensent pas en mettre au point dans un futur proche.
 
Cependant, statistiquement, il est possible d'estimer le déclenchement prochain d'un séisme. C'est le cas pour le « Big one », le tremblement de terre dévastateur tant redouté qui devrait frapper la côte ouest des États-Unis (Californie) : il y a 75% de risques qu'un séisme de magnitude supérieur à 6 survienne dans les 30 ans au niveau de la région de la baie de San Francisco. Et il y a une quasi-certitude (99% de probabilité) que dans cette même période, un fort tremblement de terre se déclenche quelque part dans l'Etat de Californie.
 
La menace des tempêtes solaires
 
Tout le monde connait les phénomènes météorologiques terrestres tels que la pluie, le vent  et la neige. L'espace a également des phénomènes météo propres. Or, le soleil obéit à des cycles temporels qui peuvent influer sur l'environnement spatial et terrestre.
 
Les tempêtes magnétiques, caractérisées par un surcroît d'activité du champ magnétique terrestre en sont un exemple. Comment cela se passe-t-il ? Le soleil émet en permanence des vents de particules électriquement chargées, et un phénomène violent peut déclencher une tempête magnétique. Si celle-ci est orientée vers la Terre et suffisamment puissante, elle peut avoir un impact considérable à la surface de la Terre et menacer directement nos vies.
 
En effet, les grosses tempêtes magnétiques peuvent interrompre durablement les communications radio, interférer avec les localisations GPS, endommager les organes électroniques des satellites et donc les mettre hors d'usage, accroître la corrosion des pipelines, induire des sautes de tension dans les réseaux électriques, et se traduire par des blackout électriques qui peuvent engendrer le chaos dans nos sociétés. 
Les tempêtes magnétiques solaires se manifestent par des aurores boréales aux latitudes élevées.
 
En ce qui concerne les tâches solaires, elles sont visibles parce qu'elles forment une zone plus sombre à la surface du soleil. Elles correspondent à une concentration d'énergie et d'activité magnétique solaire élevée. L'apparition de grandes tâches va de pair avec un risque d'émission violente, accompagné de forts vents solaires, et donc de tempêtes magnétiques au niveau de la Terre. Le nombre de tâches solaires fluctue tout au long du cycle solaire de 11 ans. Le cycle actuel correspond normalement à une phase de faible activité, une situation qui pourrait changer dans les prochaines années.
 
L'activité solaire ne semble pas engendrer de séismes sur Terre
 
« Cette recherche avait pour but de nous permettre de mieux comprendre les sciences naturelles et de tester l'influence du Soleil sur la Terre, afin de mieux protéger les populations », explique Jeffrey Love, géophysicien à l'USGS. « Bien que nous n'ayons pas trouvé de corrélation significative entre les données relatives à l'espace et les tremblements de terre, nous savons que le soleil affecte la Terre à d'autres niveaux. L'USGS est spécialisé dans l'étude de ces phénomènes naturels, dont certains sont très dangereux pour une société hautement technologique et dépendante des technologies comme la nôtre. »
« Si de nouvelles découvertes viendront peut-être un jour bouleverser l'état de nos connaissances, il est important pour nous d'évaluer objectivement les données et les informations à notre disposition », poursuit le Pr Love. « Ce n'est pas parce que nous avons lieu de penser qu'il n'y a pas de corrélation que cela est avéré tant que nous n'aurons pas de preuve formelle du contraire. »
Dans l'état actuel des connaissances, l'activité solaire ne semble donc pas impliquée dans le déclenchement des séismes, aucune corrélation n'a été mise en évidence, mais cela ne signifie pas que le Soleil n'influence pas d'une autre manière l'activité sismique de notre planète.
 
La force d'attraction du Soleil et de la Lune pourrait favoriser les tremblements de Terre
 
Cependant, Sachiko Tanaka chercheuse japonaise au National Research Institute for Earth Science and Disaster Prevention (NIED) (Japon) suggérait fin 2012 que l'attraction combinée de la Lune et du Soleil aurait pu déclencher le séisme exceptionnel de magnitude 9 qui a frappé le nord-est du Japon vendredi 11 mars 2011 et qui a été suivi d'un tsunami dévastateur.
 
La Terre passe par deux cycles d'expansion et de contraction d'environ 20 centimètres par jour en raison de l'attraction gravitationnelle de la Lune et du Soleil. Bien que la force de la gravité soit seulement environ 1/1000 de l'énergie qui s'est accumulée dans une plaque tectonique, celle-ci pourrait avoir été un élement déclencheur, indique-t-elle.
 
Pour arriver à cette hypothèse, M. Tanaka a analysé 500 séismes de magnitude supérieure à 5 entre 1976 et 2011 sur une zone de 500 × 200 km autour de la faille active du 11 mars 2011. Et elle a découvert qu'il y avait plus de tremblements de terre lorsque l'attraction est forte comme le 11 mars. Des tendances similaires ont été découvertes avant les terribles tremblements de terre qui sont survenus au large de Sumatra en 2004 et 2007.
 
Par Christophe Magdelaine / notre-planete.info - Tous droits réservés
 
Référence
 
Insignificant solar-terrestrial triggering of earthquakes ; Jeffrey J. Love, Jeremy N. Thomas - Geophysical Research Letters



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