Japon : « situation d'urgence » décrétée à Fukushima, entre 20 et 40.000 milliards de becquerels déversés dans l'océan depuis 2011


Une « situation d'urgence » a été déclarée, mardi 6 août, par l'Autorité de régulation nucléaire japonaise (NRA) à la centrale de Fukushima, où de l'eau hautement radioactive se déverse toujours dans l'océan Pacifique, sans que l'opérateur Tepco (Tokyo Electric Power) soit en mesure de la contenir. 
 
Selon la NRA, cette eau contaminée est en train de monter vers la surface et dépasse les limites légales d'écoulement radioactif, plus de deux ans après la catastrophe - accident nucléaire le plus grave depuis Tchernobyl, causé par un séisme et un tsunami qui avaient provoqué une panne de grande envergure dans la centrale.
 
L'eau hautement radioactive qui se déverse dans l'océan à partir de la centrale nucléaire de Fukushima, endommagée par un séisme et un tsunami il y a deux ans, créée une « situation d'urgence » que son opérateur a du mal à contenir, a déclaré lundi 5 août un responsable de la NRA.
 
« Cette eau contaminée, qui a atteint une barrière en sous-sol, est en train de monter vers la surface et dépasse les limites légales de d'écoulement radioactif »
, a expliqué Shinji Kinjo, responsable d'un groupe de travail à l'Autorité de régulation nucléaire.
 
« Les contre-mesures prévues par l'opérateur de la centrale, Tokyo Electric Power (Tepco) ne sont qu'une solution temporaire », estime-t-il « et Tepco ne réalise pas que l'heure est grave », ajoute-t-il. « C'est pourquoi nous ne pouvons tout simplement pas laisser cela à Tepco tout seul. [...] Actuellement, nous avons une situation d'urgence. »
Quelles conséquences pour les hommes et la mer ?
 
L'ampleur de la menace posée par l'eau contaminée et ses conséquences sur l'environnement halieutique ne sont pas connues avec certitude. Mais les fuites radioactives de ce type peuvent affecter la santé des animaux marins puis celle des hommes qui consommeraient leur chair.
 
« Jusqu'à ce que nous connaissions la densité exacte du volume de l'eau qui s'échappe, je ne peux pas honnêtement spéculer sur les conséquences pour la mer »
, témoigne Mitsuo Uematsu, d'un centre spécialisé de l'université de Tokyo.
 
Tritium, Strontium, Césium...

eau_contaminee.pngDimanche, Tepco a communiqué pour la première fois une estimation des fuites radioactives dans l'océan. Bilan : entre vingt et quarante mille milliards de becquerels se sont déversés de mai 2011, soit deux mois après l'accident, à juillet 2013.
 
A la fin de juillet, la compagnie était revenue sur sa théorie selon laquelle l'eau chargée de tritium, de strontium, de césium et d'autres éléments radioactifs stagnait sous terre, et avait avoué qu'elle atteignait l'océan. Un revirement survenu au lendemain d'élections sénatoriales qui se sont soldées par la victoire du Parti libéral-démocrate du premier ministre Shinzo Abe, largement favorable au nucléaire. A la suite de cet aveu, l'autorité nucléaire japonaise a prévu d'enquêter sur ces fuites et de surveiller la contamination de l'océan.
 
Tepco avait toutefois assuré que l'impact de cette fuite radioactive dans le Pacifique était limitée et que les analyses d'eau de mer « ne montraient pas d'augmentation anormale des taux de radioactivité ». Pourtant, dans des mesures prises dans un puits situé entre les réacteurs et la mer, Tepco avait enregistré un niveau de radioactivité de plusieurs dizaines de milliers de fois supérieur à la dose limite admise pour de l'eau de mer - niveau qui grimpait encore au mois de juillet.
 
« Nous ne savons toujours pas quelle est la cause précise de ces fuites, qui sont plus compliquées que nous ne le pensions »
, avait aussi déclaré Tepco, qui fait l'objet de critiques récurrentes pour sa façon, jugée malhonnête, d'informer le public. Pour l'instant, Tepco n'a prévu que des solutions temporaires pour pallier le problème. L'opérateur de la centrale injecte un produit chimique souterrain afin de solidifier les sols et d'éviter que les eaux radioactives ne s'écoulent, mais, selon le quotidien japonais Asahi, il n'est pas efficace au niveau des nappes phréatiques.
 
Tepco critiqué
 
Dans la centrale, chaque jour, 3000 techniciens et ouvriers travaillent d'arrache-pied pour préparer le démantèlement du site, mais ils sont en permanence confrontés à de nombreuses avaries dans des lieux qui leur restent inaccessibles à cause de la radioactivité.
 
Tepco a été très critiqué pour son manque de réactivité face aux conséquences du tsunami et à la fusion des réacteurs. Dans les premières semaines qui ont suivi la catastrophe, le gouvernement japonais avait autorisé Tokyo Electric Power à déverser en urgence des milliers de tonnes d'eau contaminée dans le Pacifique.
 
Mais la diffusion de ces eaux toxiques a été vue d'un très mauvais oeil par les pays voisins et les pêcheurs japonais. Depuis, la compagnie a promis qu'elle ne déverserait pas d'eau irradiée sans le consentement des localités voisines.

Mise à jour
 
Dans cette vidéo, des scientifiques Allemands ont calculé la dispersion du Césium-137 dans l'océan Pacifique

 


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Commentaires 13

avatar de grosha
  • Par Grosha 0 0
  • Bonjour

    J'aimerai savoir à quoi correspond la carte ? L'absence totale de courantologie me fais penser à une oeuvre artistique...

    Par ailleurs; il me semble que cela fait bien longtemps que nous savons que la radioactivité de l'eau déborde dans le Pacifique. il me semble que nous assistons à une poussée médiatique destinée à passer le relais aux autorités civiles qui ne pourrons rien faire de plus sur l'écoulement des nappes phréatiques, mais qui auront l'avantage de permettre à l'entreprise de disparaitre du devant de la scène.
    Après tout Tepco était là pour faire du fric et l?on ne compte pas les bilans trimestriels où les administrateurs se félicitaient de sa gestion : les précautions antisismiques, les redondances de secours, le refroidissement d?urgence des piscines? cela coute et ne rapporte rien !
    Car la phase la plus critique de cette catastrophe est encore à venir : quelques heures sans refroidissement et ces piscines provoquerons un cataclysme à coté duquel Tchernobyl et Fukushima 2011 ne serons que d?aimables anecdotes?
    Alors le déversement des eaux radioactives ne va pas cesser demain, ni même l?année prochaine?

avatar de Le-veilleur
  • Par Le-veilleur (Admin) 0 0
  • Si je ne me trompe pas, c'est la carte de la NOAA qui montre l'intensité du tsunami dans l'océan Pacifique, provoquée par le gros séisme de 2011. ce n'est en effet pas la carte qui montre l'étendue de la radioactivité répandue quoiqu'elle y ressemble assez en ampleur. Pour le reste, en effet, la médiatisation ne changera rien au fait que ces incompétents dangereux sont responsables de cette gigantesque catastrophe dont les retombées sont incalculables ! La preuve en est qu'ils n'arrivent toujours pas à localiser le corium, alors qu'ils réfutaient son existence il y a quelques mois ! On dirait que c'est la course à qui bousillera la planète le plus vite...

avatar de PH7
  • Par PH7 0 0
  • Salut, il semblerait bien que la carte ne soit effectivement qu'une vue d'artiste, depuis 2011, les courants mais aussi les vents et les navires eux-même ont largement disséminé la radioactivité sur toutes les mers du globe. Les apprentis sorciers n'ont effectivement rien prévu car il n'existe aucune parade connue à l'emballement nucléaire si ce n'est minimiser les effets en utilisant quelques produits dont les effets ne sont pas sans danger sur l'environnement. On pourrait voir une corrélation entre la présence massive de phoques sur les plages du nord de la France où la radioactivité est encore faible, sachant que les phoques suivent les poissons qui eux même ont fuit les zones dangereuses. Cela reste une théorie bien sûr tant que les analyses plus poussées ne seront pas dévoilées. Ce qui est sûr c'est qu'il existe des éléments dans les mers qui vont piéger une partie de cette radioactivité mais est-ce que cela sera suffisant ? Que ce soit Tepco ou EDF ou toute autre entité utilisant le nucléaire pour faire du fric, une chose est sûre : ils ne savent absolument pas maîtriser les accidents, pas plus que la société Areva qui ne sait que faire des déchets. Or si le nucléaire était réellement maîtrisé, le traitement des déchets aurait été résolu de manière significative depuis longtemps et ce n'est pas le cas. Pour eux, peu importe d'empoisonner des milliards d'êtres vivants tant qu'ils se font du blé. Tchernobyl c'était déjà grave, Fukujima sera pire malgré les progrès déjà faits et imaginez un instant que cela arrive avec nos centrales en France ! ' Ah ! c'est vrai que j'oublie que la France n'est pas sensible aux radiations, le nuage de Tchernobyl s'était arrêté à la frontière !!! Il y a fort à parier que la pollution s'arrêtera aux limites des eaux territoriales !!! ' . En attendant, le déversement des eaux radioactives ne s'arrêtera pas d'ici demain sauf peut-être à bétonner au ciment additionné de plomb toutes les fissures connues et inconnues encore mais cela ne résoudra pas le problème du refroidissement.

avatar de lego
  • Lego a répondu 0 0
  • Pour te repondre PH7, je suis pas sur que EDF chercher à faire que du fric, bien de plus en plus avec la bourse, les actionnaires mais cela ce voit dans beaucoup d'entreprises malheureusement, meme celle qui touche à des produits dangereux et incontrolé lors d'accident. En France en cherche a repondre aux besoins croissants d'elec, sa fait 2-3 ans que l'hiver on bas les reccord de consommation, apres si il y a fuite, ya fuite, on sera pas maitrisé, l'avantage on a pas beaucoup de centrales proche de la mer, mais que faut il faire, arreté le nuke et construire 50 centrales au fioul ou au charbon, qui rejeteronts du c02, souffre et autre qui retombent sur terre l'ors de pluie. Je ne sais pas, le probleme est ailleur nucleaire ou autre on consomme trop tout simplement, en France on a tout misé sur l'elec, donc aujourd'hui 2eme pays apres les états unis avec le plus grand nombre de reacteur nucleaire, 56 contre 58 pour les us il me semble. Mais voila il s'agit du monde de consommation dans lequel nous vivons, rien n'est fait pour duré, juste pour etre consommer. changeons cela et nous verrons peut etre apparaitre de la qualité.

avatar de Le-veilleur
  • Par Le-veilleur (Admin) 0 0
  • Pour info, je viens d'ajouter une vidéo qui illustre la dispersion du Césium-137 dans l'océan Pacifique par des scientifiques allemands. C'est assez éloquent !

avatar de PH7
  • Par PH7 0 0
  • Merci pour cette vidéo qui malheureusement ne prend pas tout le globe. Si je m'arrête à ce que j'ai vu, seul le Pacifique et mer de chine sont pris, ce qui est illogique. Néanmoins, cela donne un aperçu de l'étendu des dégâts et laisse présager de bien curieuses mutations marines. Il faut également prendre en compte ces fameux continents de plastiques qui pourraient opposer une barrière de ralentissement à cette simulation. Merci quand même !

avatar de Le-veilleur
  • Par Le-veilleur (Admin) 0 0
  • Les courants marins, qu'ils soient de surface ou de profondeur se chargent de disperser les éléments radioactifs, je doute que le « continent de plastique » puisse perturber cette dispersion. Il y a déjà eu en 2012 de nombreux constats de poissons péchés irradiés, entre autre aux sud états unis, vers la Californie. La catastrophe est déjà bien en route selon moi.

avatar de Le-veilleur
  • Par Le-veilleur (Admin) 0 0
  • Chouette, y'en a qui vont bosser pour moi

avatar de PH7
  • Par PH7 0 0
  • Cher ami veilleur, dans ce cas il ne s'agit pas d'une alerte, simplement une explication de faits constatés et des moyens de réduire nos besoins, mais sans plus car je ne désespère pas un jour arriver à vivre de mon travail !
    Cordialement

avatar de grosha
  • Par Grosha 0 0
  • Bonjour à tous,

    pour revenir à la courantologie, les continents de plastiques sont des zones centrales de tourbillons de Coriolis, il seront les derniers atteints par la radioactivité et sous la forme de fragments flottants. En ce qui concerne l'hémisphère sud, il faudra en théorie un peu plus d'une décennie pour que le courant profond qui relie l'Atlantique Nord à la région antarctique n'amène la radioactivité japonaise dans l'hémisphère sud.

    Ceci dit, une bonne partie de la revue Sciences est consacrée aux anomalies courantologique constatées ces dernières années. Plus les outils d'observations sont au point, plus des « comportements » énigmatiques sont mis en évidence.

    Non seulement nous vivons une période de catastrophe à l'échelle géologique, mais en plus nous avons les outils pour l'observer de près, dans l'intimité de ses moindres détails. Quelle vie intéressante ! aurait dit le vieux chinois...

avatar de Le-veilleur
  • Par Le-veilleur (Admin) 0 0
  • @ Grosha : Le terme « catastrophe » est une vision de l'esprit, car l'homme est devenu sédentaire, dumoins quand on parle de catastrophes géologiques naturelles. Quant aux « comportements énigmatiques », ils ne méritent leurs nom uniquement de par notre incapacité à en comprendre les mécanismes, mais en effet, ces observations sont passionnantes... et inquiétantes pour notre devenir.

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