Italie : Nouveaux signes d'activité volcanique de la caldeira « Colli Albani »


Un cratère fumant d'1,8 mètres de diamètre et 1,2 mètres de profondeur est apparu ce samedi 23 août au milieu d'un rond-point proche de l'aéroport de Rome-Fiumicino. Selon les volcanologues appelés sur place, les gaz malodorants éjectés seraient un cocktail de dioxyde de carbone, hydrogène sulfuré et méthane. Le site a été isolé et une analyse est en cours.
 
Les gaz sous-terrains peuvent, selon Alberto Basili, de l'INGV, conserver leur chaleur pendant des dizaines de milliers d'années après une éruption volcanique, et remonter à la surface... ce phénomène a été observé en d'autres endroits autour de Rome par le passé, avec des animaux domestiques tués pour avoir respiré ces gaz. (DailyTelegraph / Roma)
 
Le système volcanique le plus proche de cette région du Latium est le Colli Albani, connu aussi comme le « Vulcano Laziale » , ou Alban Hills. Colli Albani est une structure volcanique complexe de type somma - une caldeira avec cône central - située au sud-est de Rome, et comportant deux caldeiras nichées et des évents post-caldeira excentrés.
 
Le point le plus haut du complexe Colli Albani est le Monte Cavo, 949 mètres, un cône de scories situé sur le bord sud-ouest de la la jeune caldeira Faete. Deux lacs de cratère, les lago Albano et lago Nemi, remplissent les plus récents cratères post-caldeira. L'évolution géologique de Colli albani est subdivisée en trois grandes phases :
 
La phase Tuscolano-Artemisio : de 600.000 à 360.000 ans
 
Cette phase comprend quatre cycles éruptifs, chacun caractérisés par la mise en place de coulées pyroclastiques et chutes de tephra, suivies de coulées de lave clôturant le cycle. Le second cycle est responsable de dépôts d'ignimbrites (389 km³ - De Rita 1988) d'une épaisseur de 90 mètres, exposés dans les vallées du secteur est du volcan ; ils sont appelés « Pozzolane Rosse » ou « Pozzolane di San Paolo ».
 
Le quatrième cycle, daté de 360.000 ans, a produit deux coulées igimbritiques, le « Tufo litoide » et le Villa Senni Tuff. Ce cycle éruptif clôture la phase et correspond à un effondrement majeur de la caldeira, accompagné de vigoureuses éruptions et de coulées de lave et coulées pyroclastiques.
 
La phase Faete : de 300.000 à 200.000 ans
 
Après une brève période de repos, l'activité reprend au centre de la caldeira avec la construction d'un nouveau petit stratovolcan. Les volumes émis au cours de cette phase sont moins importants, de l'ordre de 2 km3. 
 
La phase hydromagmatique finale : entre 70.000 et 36.000 /22.000 ans (dates variables selon les sources).
 
Des éruptions hydromagmatiques marquent différents cratères excentrés, dans le secteur ouest du complexe volcanique. C'est au cours de cette phase que se forment les cratères Nemi et Albano.
 
Le lac Albano est le lac volcanique le plus profond de la région volcanique Italienne centrale, connue aussi comme région comagmatique romaine : 170 mètres de profondeur, pour un niveau d'eau à 293 m. d'altitude. Le niveau du lac Nemi est situé à une altitude de 316 mètres, mais il est moins profond.
 
Le Colli Albani était encore considéré récemment comme un volcan inactif...  son âge a été revu, et malgré que des éruptions historiques durant la période romaine soient incertaines, des essaims sismiques, durants plus de deux ans, ont été enregistrés au cours de cette époque. Depuis les anneés 1980, la région est sismiquement active. En 1989-1990, des soulèvements récents du sol ont été enregistrés, avec un maximun précisément au centre du complexe volcanique.
 
Le Vatican sur un volcan ?
 
La résidence estivale des Papes et l'Observatoire du Vatican sont situés sur le bord sud du cratère Albano, dans la petite ville de Castel Gandolfo. Vers 1200, la famille Gandolfi y fait construire un château fort que l'on baptise Castel Gandolfo. Le village devient la résidence des papes depuis Urbain VIII (1623-1644), qui y fait construire un palais près de l'emplacement de l'Albanum Domitiani, une villa construite par l'empereur Domitien, dont le domaine s'étendait de la Via Appia au lac Albano.
 
Ce palais sert de résidence papale d'été jusqu'en 1870, année durant laquelle toutes les résidences papales sont fermées en signe de protestation contre l'attitude des autorités Italiennes à la suite de la prise de Rome par les troupes de Victor-Emmanuël II. La signature des accords de Latran en 1929, créant l'état du Vatican, redonne à Castel Gandolfo son rôle de résidence papale d'été, bénéficiant du statut d'extraterritorialité.
 
Un rocher isolé du reste du versant de Monte Cavo est couronné par les ruines d'un château, porte le nom de Rocca di Papa sur un document de 1181 du Pape Lucius III ; son successeur Eugène III y a vécu. La forteresse fut démantelée au 16° siècle par Paul III. L'histoire de ce lac se confond plus généralement avec celle de Rome. Sur ses bords, se trouvait l'antique cité d'Alba Longa, où sont nés Romulus et Rémus, légendaires fondateurs de la cité.
 
Selon la légende, Alba Longa  est fondée par Ascagne (Iule), fils d'Énée, trente ans après la fondation de Lavinium. Chronologiquement, cela signifierait à peu près au milieu du XII° siècle av. J.-C., peu de temps après la destruction de Troie. Ascagne aurait fondé une dynastie de rois albains dont nous ne connaissons que les noms de Procas et de ses fils Numitor et Amulius.
 
L'héritier légitime de Procas était Numitor, mais il est chassé par son frère Amulius, qui usurpe le trône et contraint Rhéa Silvia, la fille de Numitor, à entrer dans les rangs des vestales pour lui ôter tout espoir d'avoir une progéniture qui pût venger son grand-père. Quand Rhéa Silvia donne naissance aux jumeaux Romulus et Rémus, engendrés par Mars, Amulius ordonne de les tuer.
 
Mais les jumeaux sont abandonnés sur le Tibre et sauvés. Devenus hommes, et prenant conscience des droits de leur naissance, ils tuent Amulius et rendent le trône à Numitor. Ce dernier, en remerciement, leur permet de fonder une nouvelle cité, Rome : ainsi, les Romains regardent traditionnellement Alba Longa comme leur cité-mère. (Wikipedia)
 
Le lac Albano est alimenté par des sources sous-terraines, et les pluies. Les oscillations du niveau du lac sont rapportées par Denys d'Halicarnasse (60-7 av. JC), dans son livre Antiquitates Romanae, où il décrit les effets catastrophiques d'un débordement du lac Albano ; cette histoire sera ensuite reprise par d'autres auteurs latins, dont Plutarque et Tite Live.
 
La montée soudaine de niveau du lac et son débordement se sont passés au cours d'une période climatique sèche, et sans bouillonnements ou mouvements de surface importants, selon les écrits, et au cours de la guerre contre la cité Etrusque de Veio, en 398 avant JC.
 
Après cette inondation soudaine et le déversement des eaux dans la mer Tyrrhénienne, les romains ont consulté l'oracle de Delphes ? l'oracle leur aurait conseillé de construire un tunnel de drainage au travers de la paroi du cratère, afin de détourner le déversement des eaux dans la mer Tyrrhénienne, faute de quoi la cité de Veio ne serait pas prise.
 
Ce tunnel a fonctionné jusqu'en 1980; il n'est plus opérationnel de nos jours, à cause de la baisse de niveau du lac, étant donné la consommation d'eau. Ce débordement, attribué historiquement à l'humeur des dieux, aurait été causé  par une libération brusque de grandes quantités de fluides chauds riche en CO2 dans la lac Albano, en conséquence de microfractures induites par la sismicité. (Funiciello & al 2002-03).
 
Une bathymétrie  précise a été réalisée par le département de la Protection Civile Italien en 2006, pour évaluer le potentiel de stockage du lac en dioxyde de carbone, et son éventuelle « éruption », pouvant menacer l'agglomération de Rome. Elle a révélé la nature polygénétique du maar.


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