Internet : Les câbles sous-marins espionnés par des drones de la nsa depuis... 1990


L’interception de masse des données personnelles par l’agence de la nsa à travers le monde n’est plus un scoop depuis longtemps, particulièrement depuis les révélations faites par Edward Snowden en 2013. Malgré tout, de nouvelles révélations voient le jour régulièrement quant à l’étendue de ces pratiques ou des techniques et outils utilisés par l’entité plus connue sous le surnom de « Big Brother ».

La découverte relayée ici pourrait presque paraître anodine en fait, puisqu’elle fait état de l’utilisation de drones sous-marins par l’agence américaine de la nsa, et ceci afin d’extraire un flot de données mondiales brutes du réseau internet transitant par des câbles optiques sous-marins. Ces câbles sont considérés de nos jours comme étant la « dorsale », ou encore la « colonne vertébrale » d’internet.

Pour la petite histoire, la généalogie des câbles sous-marins se classe en plusieurs périodes, chacune d’entre-elles étant étant liée à l’avènement d’un sursaut technologique important (source ariase.comariase.com).

  • De 1860 à 1950 : Cette période initiale est liée à l’essor des liaisons télégraphiques reposant sur des câbles en cuivre.
  • Fin de la seconde guerre mondiale : Le télégraphe décline au profit du téléphone. Les liaisons sous-marines sont alors équipées de câbles téléphoniques coaxiaux.
  • 1956 : Le premier câble TAT (Trans-Atlantic Telephonic cable) est tiré, et durant les années qui suivent, chaque câble ne permettra de faire transiter plusieurs milliers de communications simultanées.
  • 1988 : Le premier câble sous-marin en fibre optique (TAT 8) relie la France, l’Angleterre puis les Etats-Unis. Il supporte une bande passante permettant 40000 communications téléphoniques simultanées.
  • Années 90 : Le développement rapide d’Internet et le volume croissant d’informations échangées contribuent à dynamiser le secteur. Des centaines de milliers de kilomètres de câbles sous marins sont posés au fond des mers pour interconnecter les pays du monde entier (voir la carte des câbles sous marins).

Ce sont ces deux dernières périodes qui sont liées au sujet abordé ici, puisque l’information révèle que cet espionnage sous-marin aurait débuté dans les années 90, et que cette période correspond ni plus ni moins à la naissance de l’internet public, sous entendant de la sorte que ce dernier était surveillé depuis ses balbutiements. De la à imaginer que la mise à disposition délibérée au public du « réseau des réseaux » n’était en fait qu’un outil de surveillance des masses, il n’y a qu’un pas...

Le Veilleur

Le projet SCARAB (Remotely Operated Vehicle Design Work)

Depuis quelques années, nous nous demandions comment les américains (et d’autres) arrivaient à intercepter les données des câbles optiques sur des zones où ils n’ont, normalement, pas accès aux landing points. Nous avions émis l’hypothèse, que certains navires étaient dotés de capacités d’interception de ces câbles sous-marins.

Et voici l’incroyable révélation, pointée par Edward Snowden et Christopher Soghoian : la NSA aurait utilisé, depuis les années 90, des drones semis-autonomes sous-marins pour réaliser ces interceptions. L’information émane de l’impressionnant CV de James Atkinson sur Linkedin (s’il venait à disparaître ou à être modifié, nous en avons fait une petite copie téléchargeable ici au format PDF).

Ce dernier mentionne pour la période 1992/1996 qu’il a travaillé sur un projet nommé SCARAB, de petits submersibles semi-autonomes destinés à une activité confiée au SCS (Special Collection Service), une officine du renseignement américain « gérée conjointement par la Central Intelligence Agency (CIA) et la National Security Agency (NSA) » (source). Cette activité, c’est bien évidemment la collecte des données transitant sur ces câbles… le tout, de manière indétectable. Les SCARABs étaient destinés à être embarqués sur des sous-marins : USS Parche, USS Richard B. Russell, et James Atkinson lâche également avoir travaillé à doter d’autres sous-marins de capacités d’interception comme l’USS Jimmy Carter.

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Les SCARABs sont utilisés depuis la fin des années 60 à l’origine pour déployer des câbles mais la NSA a voulu les doter de nouvelles fonctionnalités dédiées à l’interception. Un documentaire vidéo émanant de AT&T est même en ligne depuis 2012 et le Chicago Tribune le mentionnait déjà dans un article datant de 1985.

La réalité de l’interception massive des données sur les câbles sous-marins ne fait plus de doutes pour nous depuis bien avant les révélations de Snowden, mais James Atkinson sur son profil Linkedin, répond ici à pas mal de nos interrogations. Nul doute que ces « SCARABs » ont bien évolués depuis les années 90, nul doute non plus que les américains ne sont pas les seuls à pratiquer ces interceptions avec ce type de drones.

Source reflets.info

Les câbles sous-marins, clé de voûte de la cybersurveillance

Le journal Le Monde évoquait déjà le sujet en 2013 dans un article évoquant les « grandes oreilles », spécifiant au passage que « 99 % du trafic intercontinental, Internet comme téléphone, transite aujourd’hui sous les océans », ajoutant que

Si l’Agence de sécurité nationale américaine (NSA) parvient à espionner la quasi-totalité de nos communications, ce n’est ni grâce aux satellites, ni même grâce au programme Prism, qui lui donnerait accès aux serveurs des Facebook, Microsoft et autres Google – (ce que ces entreprises démentent catégoriquement). C’est en s’attaquant directement au « backbone », la colonne vertébrale de l’Internet.

Les câbles, enjeu géopolitique

Pour les agences de renseignement, la méthode du « tapping » revêt une importance déterminante. Elle est largement complémentaire de programmes comme Prism, cantonnés aux données que vous déposez «volontairement » sur les serveurs des géants du Web. Schématiquement, à défaut de vous forcer à vous arrêter à toutes les aires d’autoroute pour ouvrir discrètement votre coffre (vos données), la NSA et le GCHQ flashent tous les dix kilomètres l’ensemble des plaques d’immatriculation circulant sur l’autoroute, pour reconstituer a posteriori votre trajet – des métadonnées qui en disent déjà assez long sur vous.

On comprend donc pourquoi les gouvernements s’intéressent d’aussi près aux câbles sous-marins intercontinentaux. Le savoir-faire du français Alcatel Submarine Networks (ASN), l’une des rares entreprises mondiales à maîtriser leur fabrication, a été qualifié en janvier dernier de « stratégique » par la ministre de l’économie numérique, Fleur Pellerin.

Aux Etats-Unis, l’administration a tout bonnement mis sur pied une « team telecom » chargée de s’assurer que les principaux câbles de l’Atlantique et du Pacifique restent sous contrôle américain, comme le racontait en juillet The Washington Post. En début d’année, leur lobbying a notamment permis de faire capoter le déploiement d’un nouveau câble transatlantique, fabriqué par le chinois Huawei. Jugée trop proche du gouvernement chinois, l’entreprise risquait, selon les Américains, d’espionner ce nouveau câble New York-Londres pour le compte de Pékin.

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