Insecticide : Pourquoi interdire le Cruiser ?


Le ministre français de l'Agriculture entend interdire l'usage de l'insecticide Cruiser OSR sur le colza. Une étude de l'Inra a montré que de faibles doses de ce pesticide désorientent mortellement les abeilles.
 
Les agriculteurs ne devraient pas planter de semences de colza enrobées de thiamétoxam (ou thiaméthoxam)  cette année. Le ministre de l'agriculture envisage en effet l'interdiction du Cruiser OSR, un pesticide de la famille des néonicotinoïdes, après avis de l'Anses (Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail). « L'effet néfaste de ce produit sur la mortalité des abeilles » serait démontré, selon le Ministre, Stéphane Le Foll, qui rappelle « qu'il existe des alternatives pour la protection du colza ». L'Anses avait été saisie en mars dernier suite à la publication, dans la revue Science, d'une étude de l'Inra montrant que les abeilles ayant consommé de faibles doses de cette molécule présentaient des troubles mortifères de l'orientation. Le fabriquant suisse du Cruiser, Syngenta, a 15 jours pour faire part de ses observations.

Faibles doses
 
Pour l'Anses, l'« approche originale » des chercheurs, qui ont conduit  une étude comportementale des abeilles butineuses équipées de puces,  met bien en évidence « un effet néfaste d'une dose sublétale de thiamétoxam sur le retour à la ruche des abeilles butineuses ». Toutefois, elle souligne que « dans les conditions de pratiques agricoles actuelles », l'exposition des abeilles via les résidus de nectar de colza « est inférieure à la dose utilisée dans l'expérience ». Même si elle estime qu'une exposition à cette dose « ne peut être totalement exclue dans des circonstances particulières ».

Même réserve du côté de l'Efsa, l'Autorité européenne de sécurité des aliments, selon laquelle «  la concentration en thiaméthoxam du sirop administré aux abeilles dans l'étude de Henry et al. (2012) est environ 10 fois supérieure à la concentration maximale observée dans un échantillon de nectar ». Un chiffre proche de celui déjà avancé par Jean-Marc Bonmatin, du CNRS, que Sciences et Avenir avait interviewé sur le sujet.

Il faudra donc poursuivre les expérimentations « en faisant varier les niveaux d'exposition pour se rapprocher davantage des doses auxquelles les abeilles sont communément exposées » précise l'Anses.

Méthodes d'évaluation obsolètes
 
Cependant, pour les experts français comme européens, le fait que les butineuses succombent après l'absorption de faibles doses montre que les pratiques actuelles d'évaluation des pesticides - qui ne considèrent que les doses mortelles - sont largement obsolètes. D'autant que d'autres études ont mis en évidence les effets délétères d'un autre néonicotinoïde, l'imidaclopride (substance active du Gaucho) administré en toute petite quantité à des colonies de bourdons.

Il y aurait de quoi « engager une réévaluation au niveau européen des substances actives néonicotinoïdes (dont fait partie le thiamethoxame) sur la base des données scientifiques nouvelles issues des études récentes » préconise l'Anses. Le chantier déjà en cours, devrait s'achever d'ici décembre. Pourrait-il sonner le glas des néonicotinoïdes ? L'ironie de l'histoire est que ces insecticides systémiques - qui enrobent les semences et se diffusent dans le système vasculaire de la plante - avaient été mis au point, dans un souci environnemental, pour éviter les pulvérisations.



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