Guerre de désinformation entre Israël et ses adversaires


Le 30 mai 2010, le journal israélien "Haaretz" publiait, en anglais, un article sous le titre "Israël déployant des sous-marins porteurs d'armes nucléaires à proximité de la côte iranienne" (lien).
 
L'information, selon le journaliste, avait été communiquée par un certain "Colonel O", le commandant de la 7ème Flotte israélienne. Suivait ce commentaire : "Ces sous-marins pourraient être utilisés si l'Iran continue ses programmes de production de bombes nucléaires". Le texte précisait, affirmant citer un officier de la marine israélienne : "D'une portée de 1500 kilomètres, les missiles de croisière des sous-marins peuvent atteindre n'importe quelle cible en Iran".
 
Une telle information, publiée dans un journal israélien, avait de quoi inquiéter. Elle laissait en effet entendre Israël prêt à attaquer l'Iran avec des armes nucléaires.

S'en tenant à l'article, la menace jetée à l'adresse de Téhéran pesait d'un poids considérable pour trois raisons :

 1) Elle signifiait, qu'à Jérusalem, on envisageait sereinement d'attaquer l'Iran, ceci en dépit des risques d'extension du conflit.
 
 2) Pire, prenant la décision d'équiper les sous-marins chargés de cette opération de missiles nucléaires, l'autorité israélienne aurait décidé de prendre le risque de déclencher la première attaque nucléaire depuis 1945.
 
 3) Enfin, parce que cette menace était la reconnaissance officieuse de la détention par Israël de l'arme nucléaire.

On ne pouvait pas lire cet article sans s'interroger sur la source d'"Haaretz ". Bien sûr, il y avait ce "Colonel O", mais comme le reconnaissait le journal israélien, l'ensemble des informations provenait en fait du "Sunday Times", daté du 30 mai 2010 (lien).

Retour donc à cet hebdomadaires britannique propriété de Rupert Murdoch, magnat de la presse anglo-américaine. Là, surprise ! Pour crédibiliser ses affirmations, le journaliste disait les tirer d'un "journal israélien". En bref, on tournait en rond et en dépit de son importance, l'information s'avérait sans source crédible.

Néanmoins, une information sans source peut se révéler exacte. "Haaretz " est connu pour son professionnalisme et le sérieux de ses informations. Le "Sunday Times", en revanche, s'est fait à plusieurs reprises le véhicule de la propagande américaine, voire même israélienne. Rupert Murdoch, son propriétaire, est lui-même un soutien inconditionnel des courants sionistes les plus radicaux.

Or, pour "Haaretz", c'est le "Sunday Times" la source de l'information et non l'inverse. En d'autres termes, tout donne à penser que cette information est fausse.

Les professionnels de la désinformation connaissent bien les procédés utilisés pour donner du crédit à une fausse nouvelle. L'un d'eux consiste, dans un premier temps, à la faire publier dans un journal secondaire, et/ou éloigné de la zone où elle doit produire son effet. Dans un second temps, elle est reprise dans une publication de plus grande importance, qui cite la première. La fausse nouvelle peut alors continuer sa route, reprise à l'infini, bénéficiant du crédit de son nouveau support.

Mais, pourquoi, des partisans d'Israël auraient-ils fabriqué une fausse information susceptible de discréditer un peu plus ce pays ?

La guerre de la désinformation, faut-il d'abord savoir, a pour finalité de tromper l'ennemi et les opinions publiques, afin de les amener à agir comme on le souhaite. Nous n'avons rien inventé depuis des milliers d'années puisque dans son livre, "L'Art de la guerre", Sun Tzu (1) ne disait pas autre chose. Or, ce stratège chinois recommandait de "faire croire à l'ennemi que l'on est fort quand on est faible et faible quand on est fort".

Cette maxime, souvent appliquée par les Israéliens, nous conforte dans la conviction que l'article d' "Haaretz" est bien une tentative de désinformation, dont ce journal aura été un véhicule inconscient. Les officiers chargés de donner corps à celle-ci ont cherché à faire passer Israël pour un pays plus fort qu'il n'est en réalité.

Par déduction, ce constat pourrait nous amener loin, révisant par exemple notre évaluation de la force d'Israël à la baisse. C'est l'effet pervers de la désinformation quand elle est éventée, car elle se retourne alors contre son initiateur.

Un autre effet pervers peut surgir quand la désinformation est récupérée par l'ennemi. Ce qui, dans le cas nous intéressant, allait se produire quelques semaines plus tard.

Le 24 juin, le site du "Réseau Voltaire", créé par Thierry Meyssan, publiait un article en anglais sous le titre : "Des navires américains et des sous-marins nucléaires israéliens dans le Golfe persique" (lien). Le texte était signé par Manlio Dinucci et avait été publié précédemment dans "Il Manifesto", journal communiste italien. Du grand art !

D'abord, l'article s'appuyait sur les informations du "Haaretz" et donnait ce journal pour origine d'une partie de ses informations. Ensuite, il ajoutait des faits avérés, en particulier le passage d'un convoi de navires de guerre américains dans le canal de Suez. Enfin, il mettait une couche de désinformation de plus que les Israéliens, en mentant et en jouant sur les mots. Dans ce cadre, la technique consiste à mêler du faux au vrai.

Certes, on détectait des faiblesses.

D'une part, Dinucci prétendait se référer à un article d'"Haaretz" daté du 22 juin. Or, l'article en question, comme nous l'avons dit plus haut, portait la date du 30 mai. A cela une raison, le convoi de navires de guerre américains avait franchi le canal de Suez le 18 juin. Du point de vue de Dinucci et du "Réseau Voltaire", il fallait la date de publication de l'article d'"Haaretz" postérieure au passage de la flotte américaine, pour renforcer leur propos.

D'autre part, le titre de l'article d'"Haaretz" avait subi une altération. Ce n'était plus "Israël déployant des sous-marins porteurs d'armes nucléaires à proximité de la côte iranienne" mais, "Israël déployant des sous-marins nucléaires à proximité de la côte iranienne". Il ne s'agissait plus seulement d'armes nucléaires, mais de sous-marins nucléaires, et non plus, de ceux de la classe Dauphin propulsés par des moteurs diesel, comme indiqué par "Haaretz".

Enfin, toujours selon Dinucci et le "Réseau Voltaire", au moins un sous-marin israélien accompagnait le convoi naval américain à sa traversée du canal de Suez et devait se rendre dans le Golfe persique. Vraie ou fausse, nous n'avons pas les moyens d'apprécier cette affirmation. Admettons néanmoins que les Américains n'ont pas besoin des sous-marins à propulsion diesel des Israéliens. Ces derniers sont en effet trop facilement repérables par les sonars. Qu'en outre, même si un sous-marin israélien a traversé le canal de Suez inclus dans un convoi américain, il pouvait le faire pour rejoindre la zone d'Eilat (2).

Quelques jours plus tard, le 26 juin, les informations et désinformations de Dinucci et du "Réseau Voltaire" étaient reprises dans le journal cubain "Granma" sous la signature de Fidel Castro. Sans hésiter, l'ex-leader cubain, ou son "nègre", rendossait la thèse de sa "source" décrivant un important mouvement naval militaire américain et israélien vers le Golfe persique, pour attaquer l'Iran.

En réalité, selon les experts, ce mouvement semble n'être qu'une relève des forces navales américaines dans le Golfe persique, et non pas un renfort. Le porte-avion USS Truman et son escorte, après une escale à Marseille à la mi-juin, viendraient en effet prendre la suite du USS Eisenhower, actuellement en position dans le Golfe. Cependant, même si des sous-marins israéliens se rendent depuis plusieurs années dans le Golfe persique, il n'y a pas eu semble-t-il de renforcement notable de la présence militaire de l'Etat hébreu dans la région. Dire le contraire sans preuves réelles, d'où que cela vienne, relève de la désinformation.

Dans cette affaire, on voit les Israéliens ayant voulu jouer à faire peur aux Iraniens, et l'affaire leur revenir amplifiée en pleine figure. Ce n'est pas le seul aspect comique, puisque les deux camps sont contents d'eux. Israël pour avoir montré les crocs et l'alliance anti-israélienne, dont le "Réseau Voltaire" se fait l'un des porte-paroles, en exagérant l'importance de la menace israélo-américaine.

Notes :
 
(1) Sun Tzu est un général chinois du Vème siècle avant Jésus-Christ et l'auteur du plus ancien traité militaire connu, "L'Art de la guerre". D'une grande clairvoyance, son livre explique comment vaincre à la guerre avec le minimum de combats et de pertes, en utilisant la ruse, l'espionnage et le mouvement des troupes.
 
(2) La base des sous-marins israéliens se trouve à Haïfa, sur la côte méditerranéenne. Eilat, sur la Mer rouge, donne un accès à Israël sur l'Océan indien. Néanmoins, les chenaux pour rejoindre cet océan, à partir d'Eilat, comportent des passages étroits comme le détroit de Bab El Mandeb. Ceci explique la préférence de Haïfa, par les Israéliens, pour baser leurs sous-marins : à Eilat, en temps de guerre, ils risqueraient d'être piégés dans la Mer rouge, voire dans le golfe d'Akaba. Cependant, régulièrement, des sous-marins israéliens naviguent dans les parages du port d'Eilat.



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