Grèce : Vers la vente de l'Acropole à des sociétés privées ?


Sous la pression de la troïka, l'Etat grec accélère le processus de vente des actifs publics pour rembourser ses dettes colossales. La mise en vente récente de biens dans les quartiers qui entourent l'Acropole est symbolique de la faillite du pays, regrette le chroniqueur.
 
L'inclusion récente de dix-neuf biens appartenant au ministère de la Culture dans le portefeuille du Taiped, le fonds qui supervise la vente et la privatisation des actifs publics, s'inscrit manifestement dans une nouvelle politique d'accélération des ventes destinée à générer des liquidités et rembourser les dettes du pays à temps.
 
C'est la même logique d'opportunisme qui a vu le vaste site d'Ellinikon, l'ancien aéroport international d'Athènes, sur la côte sud, être retiré à l'organisation qui le gérait et confié lui aussi au Taiped, lequel est en train de s'empresser de le céder au seul acquéreur à s'être déclaré intéressé.
 
La précipitation avec laquelle ces biens sont vendus, sans la moindre stratégie commune entre l'Etat et les investisseurs quant à leur mise à prix, soulève de sérieuses questions sur leur véritable valeur. On se demande si ces biens ne sont pas délibérément vendus à bas prix pour accélérer le processus de privatisation.
 
Les bâtiments de Plaka, le centre historique d'Athènes, qui ont été confiés au Taiped, soulèvent d'autres questions, la plus importante étant de savoir si le gouvernement n'est pas en train de vendre la capitale nationale et historique du pays à découvert et pour servir des intérêts bien précis.
 
Une valeur symbolique incalculable pour l'Etat grec moderne
 
Les quartiers de Plaka et d'Anafiotika qui entourent l'Acropole constituent selon l'Unesco une zone tampon autour de l'un des monuments les plus importants, sinon le plus important, du patrimoine mondial : l'Acropole. Le ministère de la Culture avait acquis ces dix-neuf biens par appropriation dans ce but.
 
Toute la zone est extrêmement importante d'un point de vue archéologique, mais présente également une valeur symbolique incalculable pour l'Etat grec moderne. C'est ici, sur les pentes de l'Acropole, qu'ont été édifiées la première université moderne du pays et les résidences de certaines personnalités importantes du nouvel Etat grec.
 
Ce secteur a bien entendu toujours attiré les acheteurs, en général de très riches particuliers, surtout après la nette amélioration apportée au centre historique d'Athènes par des ministres comme Antonis Tritsis et Stefanos Manos, mais aussi Melina Mercouri, à qui on doit l'acquisition de sites présentant un intérêt archéologique aux alentours de l'ancienne citadelle.
 
La décision de placer dans le portefeuille du Taiped ces dix-neuf biens appartenant au ministère de la Culture signifie-t-elle la mise en vente de la zone tampon qui entoure l'Acropole ? Va-t-on adopter la proposition scandaleuse du quotidien allemand Bild, qui a suggéré à la Grèce de vendre ou de louer ses îles pour rembourser ses dettes ?
 
Si oui, songez à ceci : le portefeuille immobilier du ministère de la Culture comprend 220 bâtiments à Plaka, 68 à Anafiotika, 108 à Akadimia Platonos, où se trouvait l'Académie de Platon, 40 autour du cimetière antique de Kerameikos et 355 dans la cité médiévale de Rhodes.
 
Par I Kathimerini et Nikos Xydakis



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