Grèce : Le ciel d'Athènes se voile sous les fumées de la crise


Athènes sous les fumées. Crise oblige, la grande majorité des immeubles ne sont pas approvisionnés en fuel, et les Grecs préfèrent aujourd'hui se chauffer au bois. Ruinés, les Grecs se chauffent en brûlant n'importe quoi dans des cheminées rarement ramonées.
 
L'atmosphère est de plus en plus pesante à Athènes. Cela n'est pas seulement dû au climat ambiant de la crise, qui continue pourtant de s'alourdir, mais au ciel de la capitale grecque. Depuis quelques jours, celui-ci a perdu sa légendaire luminosité d'hiver.
 
Un brouillard lourd et épais, formé de monoxyde de carbone et d'oxyde d'azote, coiffe de manière inquiétante la cuvette de la ville. Les experts du ministère de l'Environnement affirment que la limite des 50 microgrammes par mètre cube d'air a été dépassée plus de 35 fois ces derniers jours. Avec la vague de froid hivernal, la concentration de polluants s'élève à 170 microgrammes/m3. Il faut y ajouter une odeur permanente de brûlé, qui agresse les narines dès la nuit tombée.
 
Les Grecs, ponctionnés par les réductions successives sur leurs salaires et leurs retraites, ne peuvent plus se permettre de se chauffer avec les installations habituelles. La nouvelle taxe sur la consommation imposée en Grèce dans le cadre de la tutelle budgétaire du pays a fait passer le prix du fuel domestique de 0,80 à 1,40 euro le litre, alors qu'il est d'environ 0,95 euro en France. Ce qui a entraîné derechef une baisse de la consommation de 75 %.
 
Décision attendue lundi
 
Conséquence, la grande majorité des immeubles ne se sont pas approvisionnés cette année et nombre d'écoles publiques ne chauffent plus leurs salles de classes. Plusieurs municipalités du nord du pays ont annoncé devoir fermer leurs établissements scolaires par mesure de sécurité. Dans certaines grandes villes, beaucoup préfèrent utiliser leur climatiseur, au risque de voir leur facture d'électricité s'envoler. D'autres, nommés les « nouveaux pauvres », de plus en plus nombreux, optent pour le poêle à bois ou la cheminée, évidemment non ramonée. On y brûle tout et n'importe quoi: bois, journaux, branches d'arbre, pneus, cageots? Avec de sérieuses conséquences sur la santé publique.

« Athènes était déjà la ville la plus polluée d'Europe et cela ne s'arrange pas. Le taux des particules fines dans l'atmosphère est passé de PM10 à PM2,5 micro, ce qui signifie qu'elles sont encore plus fines. Elles se fixent donc plus rapidement dans les poumons et passent dans le sang. On les associe à des polluants chimiques dangereux »
, souligne Gerasimos Arapis, professeur d'écotoxicologie à l'Université d'agriculture d'Athènes. À plusieurs reprises, il a alerté le gouvernement sur les dangers du phénomène.
 
« Comme le bois coûte cher, on s'en procure dans les poubelles, mais il est couvert de substances toxiques comme de la peinture. Sinon, on se rend dans les forêts pour en couper illégalement. Comme avec les restrictions budgétaires, il n'y a plus assez de gardes champêtres pour surveiller, ça contribue à détruire la nature. »
Aujourd'hui, le gouvernement prend ce phénomène très au sérieux. Mais au sein de la coalition, on s'interroge : l'imposition de taxes supplémentaires, dans ce cas précis, ne serait-elle pas contre-productive sur tous les plans? Kostis Hatzidakis, le ministre de l'Environnement, a promis une décision dès lundi pour résoudre le problème au plus vite.



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