Gaz de schiste : Un lien établi entre extractions et tremblements de terre. Vers une catastrophe annoncée ?


L'injection souterraine d'eaux résiduaires suite à des activités de forage serait à l'origine du tremblement de terre de magnitude 5,7 qui a touché l'Etat américain de l'Oklahoma en 2011.

Ce lien avait déjà été établi par le passé mais concernait des tremblements de terre de plus petite ampleur et dans des délais très courts, de quelques semaines à quelques mois, note BBC News. Or les activités de forage et d'injection souterraine d'eaux résiduaires dans la région ont eu lieu 18 ans avant que les premières secousses touchent la petite ville de Prague en novembre 2011. Une nouvelle étude parue dans le journal Geology montre que l'activité sismique a effectivement augmenté dans la région depuis 2009. L'étude se focalise sur les importantes secousses de novembre 2011.

Selon ses auteurs,
 
« ces tremblements de terre remettent en question l'ampleur maximum des tremblements de terre causés par l'injection d'eaux résiduaires et l'échelle de temps à considérer pour faire un diagnostic du potentiel sismique de la région ». Selon Geofrrey Abers de l'Université de Columbia, « il est probable que nous ayons sous estimé le risque potentiel lié aux injections souterraines ». goodplanet.info
Quand le gaz de schiste fait trembler la terre
 
Le 6 novembre 2011, un séisme de magnitude 5,7 frappait la petite ville de Prague, dans l'Oklahoma (Etats-Unis). Le tremblement de terre détruisit une quinzaine d'habitations, fit deux blessés et tordit le ruban d'asphalte d'une quatre-voies. Précédé d'un événement classé au cinquième niveau de l'échelle de Richter et suivi d'environ un millier de répliques de faible intensité, il fut ressenti dans 17 Etats américains. Apparemment sans grand intérêt - ni par son ampleur ni par les dégâts occasionnés -, le séisme de Prague a pourtant un statut un peu particulier. Il a toutes les chances d'avoir été le plus fort sursaut de la croûte terrestre provoqué jusqu'ici, sur le sol américain, par des activités humaines.
 
Dans une étude publiée mardi 26 mars par la revue Geology, Katie Keranen (université de l'Oklahoma) et ses coauteurs de l'université Columbia à New York ont analysé la séquence d'événements ayant précédé et suivi le séisme. Les auteurs concluent à un lien causal entre l'injection de fluides de fracturation usés dans le sous-sol et la survenue du tremblement de terre. Non loin de Prague, un ancien gisement pétrolier, désormais épuisé, est en effet utilisé depuis plusieurs années comme site d'injection d'eaux souillées issues d'opérations de fracturation hydraulique - la technique d'exploitation du gaz de schiste.
 
C'est la surpression induite dans la faille dite « de Wilzetta » qui a provoqué la cascade d'événements sismiques. Les géologues notent que la quantité d'eaux usées injectée était faible. Mais la pratique, qui dure depuis plusieurs années, a suffi à déséquilibrer le sous-sol. Ils notent également que « les opérations d'injection se poursuivent et que des tremblements de terre de magnitudes supérieures à 3 continuent de se produire ».
 
Eléments radioactifs
 
La situation en Oklahoma n'est pas isolée. La récente ruée vers les gaz et huiles de schiste produit des quantités importantes d'eaux usées dont il faut bien se débarrasser. Une bonne part du fluide de fracturation (mélange d'eau, de sable et d'adjuvants chimiques) utilisé pour fissurer la roche-réservoir, loin sous la surface, est en effet régurgitée par les puits, après la fracturation de la roche. Ces eaux usées, inutilisables, chargées d'adjuvants chimiques, de métaux lourds ou d'éléments radioactifs présents dans la roche-mère, sont souvent réinjectées dans des vieux puits.
 
En 2012, au congrès annuel de la Société géologique américaine, l'US Geological Survey (USGS) a présenté des travaux montrant qu'en Oklahoma le nombre annuel de séismes de magnitude supérieure à 3 a été multiplié par 20 entre 2009 et 2011, par rapport au demi-siècle précédent. Selon l'USGS, l'Arkansas, le Texas, l'Ohio et le Colorado, où se déroulent des opérations d'injection ou de fracturation, connaissent une situation comparable.
 
D'autres faits ignorés
 
En novembre 2011, des faits similaires s'étaient produits en Angleterre et les conclusions avaient minimisées pour ne pas nuire à la société responsable. Le monde en publiait un article intitulé « Un forage de gaz de schiste responsable de secousses sismiques en Angleterre » :
 
Il est « hautement probable » que des tests de forage de gaz de schiste aient déclenché des secousses sismiques au début de l'année (2011) dans le nord-ouest de l'Angleterre, selon un rapport dont les médias britanniques rendent compte le matin du .
 
Une faible secousse, d'une magnitude de 2,3 sur l'échelle de Richter, a été enregistrée le 1er avril autour d'un site de forage proche de la ville côtière de Blackpool. Le 27 mai, une seconde secousse d'une magnitude de 1,4 a poussé des élus locaux et des militants écologistes à mettre en cause la technique de fracturation hydraulique utilisée sur place. Ce matin, à l'annonce de la publication de ce rapport, des manifestants ont une nouvelle fois bloqué le site d'extraction exploité par la société Cuadrilla, rapporte le Guardian.
 
La compagnie Cuadrilla tente d'édulcorer les résultats du rapport. Elle insiste sur le fait que, d'après ses auteurs, la combinaison de facteurs géologiques présents sur ce site de forage est « rare », et que si ces facteurs « devaient se retrouver à nouveau réunis dans l'avenir, la géologie locale limiterait les événements sismiques à une magnitude située autour de 3 sur l'échelle de Richter, dans le pire des cas ».
 
En Grande-Bretagne, les débuts des gaz de schiste (déjà responsables de graves dommages écologiques et sanitaires aux Etats-Unis) sont l'objet d'une vive polémique. Contrairement au gouvernement français, le gouvernement de David Cameron n'a pas renoncé à défendre leur développement, selon des règles environnementales qui peuvent être jugées laxistes.
 
A l'image du Daily Telegraph, les médias conservateurs condamnent au contraire l'obscurantisme supposé des écologistes à l'égard de la « planche de salut » que représenteraient les réserves britanniques de gaz de schiste, face aux hausses futures des prix du gaz naturel promises par l'industrie (...). lemonde.fr



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