France : L'Etat se prépare à l'accident nucléaire majeur


Les autorités se préparent à la possibilité d'un accident nucléaire grave, par un Plan qui vient d'être publié. Eventualité à envisager : « Une zone de territoire peut se trouver polluée pour plusieurs décennies et, dans certains cas, n'autorisant pas la présence permanente de personnes ».
 
Un accident nucléaire grave est France est maintenant officiellement reconnu comme une possibilité à laquelle il faut se préparer : c'est le sens du « Plan national de réponse « Accident radiologique ou nucléaire majeur » » publié le 3 février par le Secrétariat général de la défense et de la sécurité intérieure. On est surpris que la nouvelle ait suscité peu d'échos. Mais c'est ainsi.
 
Ce plan, qui décline sur cent-dix-huit pages et huit scénarios la conduite à tenir en cas d'accident grave, est une nouvelle étape dans la lente reconnaissance de la vraisemblance du pire. Tchernobyl, en 1986, n'avait pas fait broncher la nomenklatura nucléariste. Les choses ont commencé à changer à la suite de la submersion partielle de la centrale du Blayais (Gironde), fin 1999 : la France était alors passé à deux doigts d'une catastrophe nucléaire.
 
Dans les années qui suivirent, la possibilité qu'un accident grave advienne commença à être officiellement envisagée : la France constituait en 2007 un « Comité directeur pour la gestion de la phase post-accidentelle d'un accident nucléaire ou d'une situation d'urgence radiologique » (Codirpa). Celui-ci a réfléchi aux « questions qui nécessitent une anticipation », par exemple, celle-ci :
 
« Dans le cas où les pouvoirs publics retiendraient un éloignement des populations, du fait des doses susceptibles d'être reçues, le statut des territoires concernés devra être précisé : - l'éloignement des populations a-t-il le statut de simple recommandation ou entraîne-t-il une interdiction absolue de séjour ? - dans l'hypothèse où l'éloignement est impératif, comment s'assurer du respect de l'interdiction de séjour sur les territoires concernés ? » (Codirpa, Synthèse générale, document de travail, version du 21 novembre 2007 - il semble que ce document ne soit plus accessible sur internet).
La catastrophe de Fukushima, en 2011, allait encore faire avancer la prise de conscience du danger. Le directeur de l'IRSN (Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire), Jacques Repussard, indiquait ainsi début 2012 :
 
« Nous devons accepter que l'impossible puisse se produire ».
Le plan actuel - qui émane d'un organisme de nature militaire - manifeste donc au grand jour ce à quoi il faut se préparer. Il ne saurait être plus clair :
 
 • En ce qui concerne la santé :
 
 « Un accident nucléaire non maîtrisé peut avoir des conséquences, du fait des effets immédiats de l'accident (décès, atteintes traumatiques, irradiation), mais aussi du fait des effets à long terme qui peuvent conduire à augmenter le risque de survenue de pathologies radio-induites (certains cancers par exemple) » ;
 • En ce qui concerne la condamnation de certains territoires :
 
 « Une zone de territoire peut se trouver polluée pour plusieurs décennies et, dans certains cas, n'autorisant pas la présence permanente de personnes ».
Les responsables politiques français devraient maintenant dire clairement si le maintien de l'appareil nucléaire du pays mérite qu'on prenne le risque de voir, comme en Biélorussie ou dans le nord du Japon, des milliers de kilomètres carrés du pays interdits à la vie humaine pour des décennies.
 
 • Document à télécharger : plan-national-nucleaire_synthese_pour_site_internet.pdf
 • Carte des sites nucléaires en France pouvant donner lieu à un accident (source : Plan national).
 • Le nucléaire près de chez vous by Greenpeace (installations, transport, déchets, etc.)
 
Par Hervé Kempf



Commentaires 4

avatar de PH7
  • Par PH7 0 0
  • Il est temps qu'ils reconnaissent la possibilité d'un accident majeur sur les centrales nucléaires. Pour autant que je saches il n'existe pas de construction 100% indestructible. Ici ils envisagent des solutions en cas d'accident majeur, mais ils refusent toujours de remettre en cause la manière d'utiliser l'atome et continuent à construire des centrales sur le même mode ayant pourtant affirmé ses limites. En y réfléchissant bien, si l'on compare le coût de l'isolement d'une région contre celui de la production nucléaire au thorium [par exemple], plus sûr, on s'aperçoit au final que le manque à gagner à court, moyen et long terme est largement supérieur en cas d'isolement d'une région. Là, ils envisagent l'évacuation d'une zone, comme s'ils estimaient encore que la pollution radioactive se cantonne à cette zone et pourtant, nous l'avons bien vu tant avec Tchernobyl qu'avec Fukujima que les dégâts s'étendent bien au-delà de la zone proche de la centrale. Encore une fois, les gouvernements et acteurs ne prennent les citoyens que pour des billes en ne calculant rien sur la globalité mais en s'attardant sur le détail nimeur, l'arbre qui cache la forêt. Peu de risques que les responsables politiques se prononcent donc contre la réforme globale et totale de notre mode de production nucléaire d'autant que de grosses sociétés faisant lobbying s'arrangeront pour faire barrage à grand coups de millions au changement de méthode. Qu'ils aient pensé au risque c'est donc une chose, qu'ils éliminent le risque c'est une autre affaire dont ils ne sont pas près d'étudier le dossier. Mais je peux me tromper.

avatar de Golden Awaken
  • Par Golden Awaken | site 0 0
  • Bonjour le veilleur, sachant que le déploiement du programme nucléaire civil français à débuté en 1966 (le programme militaire, lui ayant commencé en 1958 sur le territoire français à Marcoule), je trouve que « ce plan » a mis longtemps à mûrir. Mieux vaut tard que jamais me dira-t-on. Le document dont tu parles (Cordirpa 2007) est disponible à l'url suivante (page : http://www.asn.fr/content/downlo... Juste un dernier mot à l'inttention de PH7, je suis d'accord avec toi sur l'utilisation du thorium, mais ils ne peuvent pas l'utiliser pour en faire des armes, donc peu bénéfique d'un point de vue rentier.... Bien Amicalement, Golden Awaken.

avatar de PH7
  • PH7 a répondu 0 0
  • Merci pour cette précision, Golden Awaken, mais leur raisonnement en matière d'armement et d'effet de rente n'est valable qu'à très court terme et surtout obsolète aujourd'hui. En privilégiant d'autre recherches sur d'autres technologies, l'effet de rente serait bien plus efficace et rentable. Je suis conscient qu'ils ne pensent qu'à leurs gueules et pas aux générations futures et c'est ce contre quoi je m'insurge.

avatar de Le-veilleur
  • Par Le-veilleur (Admin) 0 0
  • Bonsoir Golden Awaken, bonsoir Philippe. Je crois que nous sommes tous d'accord devant le fait que leur objectif se limite au rendement et aux bénéfices, tout en faisant fi des risques qu'ils pensent éventuellement maitriser si un jour, la catastrophe se produit. Nos centrales ont une bonne trentaine d'années de services dans les gencives, de nombreuses fissures inquiétantes ont été remarquées sur plusieurs sites, et à plusieurs reprises, mais ils s'en moquent, ca revient trop cher de les changer, et d'autres énergies ne sont pas aussi rentables... Nous aurons tôt ou tard notre « Fukushima », et ils enverront leur « Tepco »... La suite nous la connaissons !

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