France : Chez la Poste, c'est marche ou crève !


Emeline, une factrice âgée 25 ans a été victime en février dernier d'un AVC sur son lieu de travail à la plateforme de distribution du courrier de La Poste à Villeneuve d'Ascq. Sa hiérarchie, après lui avoir rétorqué « Fais ton travail et on appellera les pompiers ensuite », a attendu trois heures et plusieurs injonctions d'agents avant d'appeler les secours...

Résultat des courses : Le côté droit du cerveau de la jeune femme est atteint, et désormais handicapée, elle se voit affublée d'un traitement et de séquelles à vie ! A la place de cette jeune femme, j'aurais été voir le médecin le plus proche en informant mon employeur sans discussion possible, et nombre d'entre-vous auraient fait de même, mais l'on peut malheureusement comprendre que certains, dans la crainte de sanctions, préfèrent obéir à leur supérieur hiérarchique.

Suite à ces évènements, Emeline a de son coté porté plainte pour mise en danger de la vie d'autrui et non-assistance à personne en danger, et pour continuer dans l'ignoble, Sébastien, l'employé qui a sauvé la vie d'Emeline en appelant les secours contre l'avis de ses supérieurs, a depuis été suspendu de ses fonctions. Un petit rappel de la loi me semble donc pertinent, et elle provient du site d'un avocat, Maitre Thierry Vallat, qui nous informe qu'en vertu du contrat de travail le liant à son salarié, l'employeur est tenu envers celui-ci d'une obligation de sécurité de résultat.

Le fondement de l'obligation générale de sécurité incombant à l'employeur vis à vis de ses salariés résulte de la transposition en droit interne des dispositions communautaires de la directive 89/391 visant à promouvoir l'amélioration de la sécurité et de la santé des travailleurs et elle est désormais codifiée dans les articles L4121-1 et suivants du code du travail:

« L'employeur prend les mesures nécessaires pour assurer la sécurité et protéger la santé physique et mentale des travailleurs. Ces mesures comprennent :

1° Des actions de prévention des risques professionnels ;
2° Des actions d'information et de formation ;
3° La mise en place d'une organisation et de moyens adaptés.

L'employeur veille à l'adaptation de ces mesures pour tenir compte du changement des circonstances et tendre à l'amélioration des situations existantes. »

Par ailleurs, selon l'article L. 1152-1 du code du travail « aucun salarié ne doit subir les agissements répétés de harcèlement moral qui ont pour objet ou pour effet une dégradation de ses conditions de travail susceptible de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d'altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel. »

L'employeur doit ainsi assurer l'effectivité de cette obligation de sécurité, sauf à démontrer la faute exclusive de la victime ou la force majeure. Cette obligation « interdit, à l'employeur dans l'exercice de son pouvoir de direction, de prendre des mesures qui auraient pour objet ou pour effet de compromettre la santé et la sécurité des salariés » : Arrêt SNECMA 5 mars 2008 N° de pourvoi: 06-45888.

On aura compris que certains bureaux de poste seraient bien avisés de réviser leur fondamentaux en matière de santé et de sécurité des salariés avec lesquelles il ne saurait être question de transiger !

Dans le monde ultra-libéral dans lequel nous vivons (ou survivons), ce cas n'est pas si isolé que cela, et cette tendance ne pourra que s'accentuer depuis la mise en application de la nouvelle Loi Travail. De nos jours dans les grandes entreprises, la priorité est au rendement et aux bénéfices qui y sont associés, reléguant au second plan les conditions de travail, la santé et le bien être des employé(e)s. Au moindre faux-pas de votre part, on vous fera bien comprendre que vous êtes facilement remplacable, et on comprend alors à qui profite le taux alarmant du chômage dans notre pays, et pourquoi certains n'ont pas interêt à ce qu'il baisse.

Le Veilleur

Une factrice de La Poste victime d'un AVC à Villeneuve d'Ascq : « Fais ton travail et on appellera les pompiers ensuite »

Emeline Broequevielle, 25 ans et mère de deux jeunes enfants, est en arrêt longue maladie depuis le 19 février dernier, jour où elle a été victime d'un AVC sur son lieu de travail. La jeune femme est factrice en CDD depuis 2009 à La Poste. La jeune femme originaire de Râches a travaillé à Roubaix, Orchies, et depuis fin 2015 à Villeneuve d'Ascq. Ce vendredi 19 février 2016, elle ne se réveille pas dans son état normal.

Je me suis réveillée et je ne me sentais pas bien. J'ai envoyé un message à mon chef pour le prévenir, puis il m'a appelée et m'a mis la pression pour venir travailler

, raconte Emeline. « Il y a déjà des absents, on est dans la mer** », lui rétorque son supérieur, pour l'inciter à prendre sa voiture et faire la vingtaine de kilomètres qui la mènent à son poste de factrice, sur la plateforme de distribution de courrier de Villeneuve d'Ascq. Elle fait la route. Arrivée à 6h30 sur son lieu de travail, la jeune femme ne sent pas mieux, bien au contraire.

J'avais vraiment mal à la tête, mais un mal de tête pas comme d'habitude. Je commençais à ne plus sentir ma jambe et j'avais mal au bras, se souvient-elle. J'étais en train de classer tout le courrier dans le sens de ma tournée. Je le faisais avec la tête dans les mains

Elle va une première fois voir l'un de ses chefs :

Ce que tu fais debout, tu peux le faire assis, lui aurait-on répondu. J'avais beau dire qu'assise ou debout je me sentais mal... Pas de quoi convaincre ses supérieurs. Je suis allée plusieurs fois dans le bureau du chef pour dire que je ne me sentais pas bien. On m'a dit de finir mon travail et qu'ensuite, on appellerait les pompiers

Départ à l'hôpital, trois heures plus tard

C'est un syndicaliste, membre du CHSCT, qui va déclencher l'alerte vers 8h30 et demander à la hiérarchie d'Emeline d'appeler les secours, vu son état de santé. « Tu n'es pas médecin », lui a-t-on dit, avant que le ton ne monte. Emeline, elle, est assise, et spectatrice en souffrance d'une scène surréaliste. Finalement, une troisième supérieure fait appeler les secours. C'est une ambulance privée qui vient prendre en charge la factrice pour l'emmener à l'hôpital.

Il est 9h30, trois heures ont passé depuis la prise de service. Emeline passe une IRM à l'hôpital, un AVC lui est directement diagnostiqué et le côté droit du cerveau est atteint. Lors des examens, une fissure est également constatée sur une valve du cœur. La jeune mère de famille est placée en soins intensifs durant six jours.

Plainte pour non assistance à personne en danger

Aujourd'hui, Emeline n'a toujours pas pu reprendre le travail, reconnue en arrêt longue maladie. « Je suis en train de constituer un dossier pour être reconnue travailleur handicapée », explique la factrice. « Je boîte bien, j'ai un cachet à vie pour fluidifier le sang et des anti-douleurs ». Elle garde aujourd'hui des séquelles de cet accident qui n'a pas été immédiatement pris au sérieux. « Quand j'ai eu mon accident je ne marchais plus du tout ». Elle n'a aujourd'hui toujours pas récupéré plus l'usage optimal de sa jambe gauche, et subit des séances de kinésithérapie tous les jours pour sa rééducation.

Je ne peux plus faire ce que je veux avec mes enfants en bas âge, et dès que j'ai une distance à parcourir, je dois prendre les béquilles

Emeline Broequevielle a déposé une plainte le 3 mars dernier à la gendarmerie d'Orchies. Elle poursuit ses trois supérieurs hiérarchiques présents le jour de son AVC, pour non assistance à personne en danger.

C'est compliqué moralement, physiquement. Je n'ai jamais eu de problème de santé avant, j'étais en pleine forme. à 25 ans, je n'aurais jamais pensé faire un AVC ! Je ne fume pas, je ne bois pas, je suis dynamique

Pression sur les CDD ?

C'est le stress accumulé au travail qui aurait, selon ce que lui auraient dit les médecins, provoqué cet accident. En CDD depuis 2009 à La Poste, la factrice explique que

les précaires doivent faire tout ce que les titulaires ne veulent pas faire. Et quand on est CDD... On ne peut rien refuser

Comme ce matin du 19 février, lorsqu'elle a fini par se sentir obligée de se rendre au travail malgré son état de santé. Emeline, qui pourtant « adore -son- travail », avait peur de se rendre à Villeneuve d'Ascq depuis plusieurs mois. Peur des pressions.

On est leurs employés, mais ils devraient faire un peu plus attention. Ils n'ont pas pris en compte ce que je leur ai dit. Ils n'en ont rien à faire, on est des pions. Alors que j'adore mon travail

, déplore la jeune femme.

Que dit la direction de La Poste ?

Contactée, La Poste confirme l'accident de travail d'Emeline Broequevielle le 19 février dernier, mais conteste la version de la victime.

Madame Broequevielle a déclaré par téléphone à son encadrant vouloir venir travailler sans aller consulter un médecin

, indique la direction. « C'est faux ! », répond l'intéressée, qui répète qu'elle a subi la pression de cet encadrant et qu'elle n'a eu d'autre choix que de se rendre à son poste.

Lors de son arrivée au travail, Mme Broequevielle a déclaré ne pas se sentir bien. Alors qu’elle ne souhaitait pas l’intervention des pompiers, l’encadrant a néanmoins contacté le 15

, poursuit la direction dans un bref communiqué.

Je n'ai jamais dit que je ne voulais pas appeler les pompiers ! Je suis allée les voir plusieurs fois et on m'a dit de d'abord faire mon travail avant d'appeler les secours

, insiste Emeline.

Le transport de la salariée par une ambulance privée a permis de prendre les mesures médicales immédiates qui s’imposaient

, précise encore La Poste. Mais finalement, c'est grâce à l'intervention de ses collègues qu'Emeline a été secourue trois heures après son arrivée au travail. Et notamment grâce au concours « autoritaire » d'un syndicaliste, qui fait depuis l'objet d'une mise à pied et d'une procédure disciplinaire, après avoir demandé la réunion de deux CHSCT extraordinaires et lancé une enquête sur ce qu'il s'est passé ce matin là, sur la plateforme de distribution du courrier à Villeneuve d'Ascq. Il a également déposé une plainte pour mise en danger de la vie d'autrui.

Clairement, il m'a sauvé la vie. Sinon mes chefs m'auraient faite sortir en tournée, et je ne sais pas dans quel état je serais aujourd'hui. Je ne serais peut-être même plus là pour en parler

, dit Emeline, rendant hommage à son collègue aujourd'hui en difficulté professionnelle. Sur le cas particulier de ce dernier, La Poste ne souhaite pas s'exprimer officiellement.




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