Exaspération policière : Réel point de rupture ou parenthèse passagère ?


Impossible d'ignorer l'information, tous les médias en parlent, et l'importance indéniable de tels évènements et de leurs possibles répercussions, tout comme des révélations faites à chaud par les représentants de l'ordre en période pré-électorale n'y sont probablement pas étrangers.

Bien que la colère chez les policiers et gendarmes de l'hexagone ne date pas d'aujourd'hui et que les politiques menées sous le règne de Sarkozy et de Hollande en soient sans le moindre doute responsables, l'évènement déclencheur du ras le bol policier a été l'attaque à Viry-Châtillon dans l'Essonne ou deux fonctionnaires de police ont étés gravement blessés suite à une attaque au cocktail-Molotov, et sont passés à deux doigts de la mort (leur état est en voie d'amélioration).

Mais en bons révolutionnaires ou dissidents que vous êtes si vous lisez ces lignes, la question que vous devez sûrement vous poser est de savoir si cet acte policier insurrectionnel (devoir de réserve oblige) est le signe avant-coureur d'un élan de solidarité et de compréhension policière envers le peuple, avec le lot d'avancées positives que cela pourrait représenter, ou un coup de gueule passager susceptible de rapidement disparaitre après quelques concessions étatiques ?

Le nombre record de vues sur ma publication « La police s'éveille et dénonce un gouvernement qui protège ses intérêts au détriment du peuple » parue en avril de cette année le laisse aucun doute planer, c'est la première option qui vous a séduits... Cependant, il faut rester lucide, car d'une part le nombre d'alliances entre le peuple et la police est anecdotique dans les pays affectés par des mouvements de colère populaire (Grèce, Italie), et d'autre part, nos dirigeants n'ont aucun intérêt à ce qu'un mouvement de mécontentement grandissant de la police s'installe, et ce d'autant plus que la gendarmerie apporte un soutien total aux policiers qui manifestent en ce moment dans nos villes.

Les raisons en sont évidentes, non seulement car comme je l'ai mentionné, les élections présidentielles de 2017 sont en vue, et que pour protéger leurs fesses et la pérennité de la dictature naissante qui s'instaure un mandat après l'autre, les énarques au pouvoir doivent pouvoir compter sur l'obéissance sans faille de leur bras armé, à défaut de leur compréhension.

Ce qui semble se confirmer dans un témoignage de l'article ci-dessous, puisqu'un policier avoue que :

C'est un trop-plein. Pour se faire entendre, il faut entrer dans l'illégalité. On a obtenu en deux jours ce que les syndicats demandent depuis des mois.

Il y a donc fort à parier que suffisamment d'exigences policières soient suivies de concessions par l'état et le pouvoir exécutif afin de tuer le mouvement dans l’œuf, et permettre ainsi au soufflé de retomber. Il est toutefois très intéressant de noter que ce mécontentement policier a été effectué en-dehors de tout cadre syndical ou hiérarchique, ce qui est le signe fort d'un discrédit de ces organisations syndicales aux yeux d'une grande partie des policiers, qui constituent pourtant le corps professionnel le plus syndiqué de France comme l'indique Mathieu Zagrodzki dans un article sur atlantico.

Wait and see, le jours qui suivent me donneront peut être tort, mais j'en doute...

Le Veilleur

Paroles de flics exaspérés

Place de la République (Paris), hier. Des dizaines de policiers se sont rassemblés pour manifester pacifiquement leur colère après les incidents survenus le 8 octobre à Grigny. Un policier de la brigade anticriminalité et une adjointe de sécurité, tous deux en poste dans l'Essonne, expliquent les raisons de leur colère et leur ras-le-bol.

Les policiers en ont gros sur le cœur. « L'attaque de nos collègues à Viry-Châtillon (Essonne) a vraiment été la goutte d'eau », appuie Fabrice*, fonctionnaire de la brigade anticriminalité (BAC) de Palaiseau (Essonne). Comme 400 de ses collègues, il a participé mardi soir au rassemblement devant la Direction départementale de la sécurité publique (DDSP) de l'Essonne durant la visite de Jean-Marc Falcone, le directeur général de la police nationale (DGPN), qui a été hué à sa sortie.

Lundi soir, Fabrice était aussi de ceux qui ont défilé, sans en avoir le droit, sur les Champs-Elysées. Il poursuit :

C'est un trop-plein. Pour se faire entendre, il faut entrer dans l'illégalité. On a obtenu en deux jours ce que les syndicats demandent depuis des mois.

Parmi les avancées annoncées mardi soir par le directeur général de la police nationale, la levée des gardes statiques, notamment devant le logement de la famille de Manuel Valls à Evry, les domiciles des rabbins ou un arbre centenaire à Grigny, régulièrement vandalisé... Le fonctionnaire reprend :

Nous ne participerons pas à la manifestation organisée la semaine prochaine par Unité-SGP. Les syndicats veulent récupérer le mouvement.

Le patron de la police nationale a, au cours de sa visite, demandé aux chefs de brigades et de circonscriptions de l'Essonne d'essayer de calmer les troupes.

Les chefs ont tous peur pour leurs postes et leurs primes

, continue le fonctionnaire de Palaiseau. Il dénonce notamment des moyens qui ne sont pas à la hauteur :

On a doté les BAC de HK (NDLR : les brigades anticriminalité de fusils d'assaut) mais une note a été émise pour qu'on ne s'en serve qu'en cas d'attentat. L'arme est donc dans le fond du coffre de la voiture, sous cadenas, derrière les 300 kg de matériel qu'on transporte. On n'a plus le droit de poursuivre quelqu'un qui ne s'arrête pas. Sur notre circonscription la semaine dernière, on a reçu l'ordre de laisser filer une voiture volée conduite par un homme cagoulé. On ne connaissait pas ses intentions mais il n'a pas été inquiété... Il y a plein de petites choses qui s'accumulent.

Les policiers de la BAC doivent aller au stand de tir six fois par an.

Ce n'est pas assez, tonne l'agent. Je paye 350 € pour aller m'entraîner dans un club sur mon temps libre. J'ai aussi acheté ma propre lampe. Nous en avons 5 alors que nous sommes 12 dans notre groupe.

Carla*, jeune adjointe de sécurité d'un commissariat du nord de l'Essonne, confirme :

Si nous voulons avoir du matériel de qualité, nous devons l'acheter nous-mêmes. C'est valable pour le gilet tactique, le porte-menottes, les gants. Nous en utilisons quand il faut palper les toxicomanes et qu'il y a des risques de piqûre avec des aiguilles.

Nerveuse, elle allume cigarette sur cigarette puis raconte :

Je connais bien les policiers qui ont été attaqués au cocktail Molotov à Viry-Châtillon. Surveiller cette caméra, je l'ai aussi fait à plusieurs reprises. L'agression l'a profondément traumatisée. Je ne dors presque plus. Oui, j'ai peur quand je vais au travail, mais j'aime mon métier. Il faudrait qu'on nous donne les moyens de bien l'exercer.

Agents à tout faire

Elle évoque des conditions de travail dégradées :

Le portail du commissariat est en panne depuis plus d'un mois. On doit l'ouvrir à la main. Les personnes qu'on emmène en garde à vue nous voient faire. Nous pourrions très bien être attaqués. Nos radios ne fonctionnent pas correctement. Comme nous sommes à la limite avec le Val-de-Marne, il nous arrive de tomber sur leur conférence d'urgence.

La jeune fonctionnaire dénonce aussi trop de missions qui visent à faire du chiffre.

Tous les jours on nous demande de faire un contrôle routier et au moins un contrôle d'alcoolémie. A Grigny, on doit garder des chantiers. Si on suit tout ce qui est exigé par notre hiérarchie, on n'a plus le temps pour la police secours.

Et Fabrice, de la BAC de Palaiseau, de conclure :

On nous demande d'interpeller des gens avec de la drogue sur eux. C'est bon pour les stats puisque ça donne un fait constaté pour une affaire résolue. Et c'est donc bon pour les primes de nos chefs.

Par Nicolas Goinard - Le Parisien (AFP/Bertrand Guay)

Note

* Les prénoms ont été changés.



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