Europe : Pas de marche arrière pour Monsanto, juste un pas de coté


« Monsanto fait marche arrière sur les OGM en Europe », voilà une info de prime abord positive, et qui semble se répandre telle une trainée de poudre sur le web, et pour cause ! Une petite vérification s'imposait, d'autant que cela paraîssait trop beau pour être réel, et l'information semblait bien se confirmer par des sources sérieuses, mis à part un détail... tous les sites relayant la news ont la même origine : Reuters ! (lien)
 
Le début se veut encourageant, d'après l'agence de presse :

« Monsanto ne fait plus pression pour le développement des cultures génétiquement modifiées dans la plupart des pays d'Europe en raison de l'opposition qui reste forte dans de nombreux pays, ont déclaré vendredi des responsables du groupe. »
Certains d'entre vous l'auront peut être déjà remarqué, la fiabilité des informations délivrées par Reuters laisse à désirer, et certains journaux en ligne tels que le Huffington-post évoquent même une « nouvelle agence de désinformation en France », le ton est donné. Vous n'avez qu'à effectuer une recherche dans gogol avec les termes « Reuters, désinformation » pour vous en rendre compte.
 
De son coté, et avec un titre moins racoleur, le site lesaffaires.com nous explique de manière plus claire ce qu'il se passe réellement, et la version n'est plus tout à fait la même, à croire que Reuters possède des actions chez Monsanto et tente de nous endormir. Restons toutefois vigilants, car cette fois ci, la source est l'Afp, ce qui n'est guère mieux.

Le veilleur
 
Monsanto renonce à l'approbation d'une nouvelle graine en Europe
 
Le géant américain de l'agrochimie, Monsanto, s'abstient de faire approuver de nouvelles graines génétiquement modifiées en Europe, où il vend déjà un OGM de maïs, en raison de l'opposition de nombreux pays, a expliqué vendredi à l'AFP un porte-parole du groupe.
 
« Nous expliquons depuis plusieurs années en Europe que nous n'y vendrons que des semences biotechnologiques bénéficiant du soutien des agriculteurs, d'un soutien politique large et d'un système de régulation fonctionnant bien », a souligné Brandon Mitchener, porte-parole de Monsanto Europe. « Ces conditions s'appliquent à quelques pays seulement en Europe aujourd'hui, principalement l'Espagne et le Portugal », a-t-il ajouté.
Monsanto vend dans ces deux pays son maïs OGM MON 810 résistant aux insectes lépidoptères, notamment la pyrale du maïs, principal ravageur de cette céréale. Le porte-parole a souligné que le groupe de Saint Louis (Missouri, centre des Etats-Unis) vendait aussi cette semence, seule semence OGM qu'il commercialise sur le continent, à « un agriculteur en Roumanie » et quelques autres en République Tchèque et en Slovaquie.
 
Il a rappelé que Monsanto avait
 
« cessé de vendre le MON 810 en France en 2008 et en Allemagne en 2009 à la suite d'interdictions pour motifs politiques »
L'Union européenne a décidé en début d'année de geler le processus d'autorisation de mise en culture des OGM sur son territoire, afin de relancer la recherche d'une solution négociée avec les Etats membres, profondément divisés sur la question.
 
La polémique sur les OGM a été relancée cette semaine par la découverte de blé génétiquement modifié dans un champ de l'Oregon (ouest des Etats-Unis). Ce blé a été développé il y a plus de dix ans par Monsanto mais n'a jamais été autorisé ni commercialisé, et les autorités enquêtent pour savoir comment il s'est retrouvé dans ce champ (explications d'infogm.org plus bas).
 
Le porte-parole a ajouté :
 
« En Europe, nous allons peut-être continuer à vendre de très petites quantités d'OGM aux fermiers qui le demandent, mais nous ne faisons plus de commercialisation active dans la plupart des pays du continent ».
Selon M. Mitchener, Monsanto « continue à croire aux OGM » et cette décision n'est pas forcément « éternelle », mais le groupe a pris « une décision stratégique en 2011 en étudiant le contexte d'activité » dans les différents pays européens.
 
« En raison de certaines décisions politiques, certains pays ont décidé qu'ils ne voulaient pas que des OGM, de quelque sorte qu'ils soient, soient cultivés dans leur pays. Nous ne sommes pas d'accord avec les fondements scientifiques de leur décision mais nous la respectons »
, a poursuivi M. Mitchener. En revanche, Monsanto continue à demander des autorisations pour que ses produits OGM cultivés hors de l'UE puissent y être importés, notamment « du maïs, du coton, de l'huile de colza, de la betterave à sucre », a énuméré M. Mitchener.
 
Ces produits sont utilisés dans l'alimentation humaine ou animale, ou dans le cas du coton dans le textile. Par ailleurs, Monsanto commercialise dans toute l'Europe et ailleurs dans le monde des graines non OGM de fruits et légumes.
 
« Nous avons estimé en 2011 que nous avions un bon contexte (en Europe) pour la commercialisation de semences conventionnelles »
, a noté le porte-parole du groupe. L'opposition aux OGM reste forte en Europe et dans d'autres parties du monde comme en témoignent les rassemblements organisées samedi dans plusieurs grandes villes d'Europe, d'Asie et d'Amérique pour protester contre Monsanto et plus généralement contre les OGM, pesticides et autres produits chimiques. A Paris, un « sit-in » a rassemblé plusieurs centaines de personnes notamment.
 
lesaffaires.com
 
Etats-unis : Du blé OGM illégal contamine l'Oregon et perturbe les marchés
 
Le 29 mai 2013, le ministère étasunien à l'Agriculture (USDA) confirmait sur son site internet [1] que du blé génétiquement modifié (GM) résistant au Roundup avait été retrouvé dans l'État de l'Oregon.
 
L'USDA a fait analyser par ses laboratoires plusieurs échantillons. L'USDA précise dans son communiqué de presse que :
 
« les analyses indiquent la présence de la même variété de blé résistant au glyphosate que celle que Monsanto avait été autorisé à expérimenter en champs entre 1998 et 2005 » [2]. 
Ce blé GM avait en effet été expérimenté sur plus de 4000 hectares entre 1998 et 2005 dans 16 États : Arizona, Californie, Colorado, Floride, Hawaï, Idaho, Illinois, Kansas, Minnesota, Montana, Nebraska, Dakota du Nord, Oregon, Dakota du Sud, Washington et Wyoming. Dans l'Oregon, huit essais en champs ont été menés entre 1999 et 2001. Le Center for Food Safety demande un moratoire sur les essais en champs de PGM tant que les circonstances et l'ampleur de cette contamination ne seront pas déterminées.
 
La présence de ce blé GM avait été signalée à l'USDA par un scientifique de l'Université de l'État de l'Oregon, prévenu par un agriculteur qui souhaitait se « débarrasser » de ce blé qui repoussait entre ses récoltes et l'avait aspergé de Roundup... en vain.
 
Rappelons qu'il n'existe à l'heure actuelle aucun blé transgénique autorisé à la culture commerciale, ni aux Etats-Unis ni au niveau mondial. Mais l'USDA annonce que :
 
« la détection de cette variété de blé ne pose aucun problème de sécurité sanitaire »
, étant donné que la Food and Drug administration (FDA), l'organe en charge de l'évaluation sanitaire des PGM, avait conduit une évaluation « volontaire » de ce blé en 2004. Rassuré par la FDA, l'USDA annonce vouloir comprendre
 
« les circonstances et l'ampleur de cette situation et comment cela a pu se produire. [...] L'USDA va mettre toutes les ressources nécessaires à cette enquête ». 
Le ministère rappelle que la loi sur la protection des végétaux prévoit des pénalités importantes (pouvant atteindre le million de dollars) en cas d'infractions graves. Mais l'USDA poursuivra-t-elle Monsanto et sa gestion plus que hasardeuse de ses essais en champs ?
 
La contamination est une des stratégies pour favoriser les autorisations commerciales et la diffusion des variétés transgéniques. Cette stratégie a déjà été utilisée au Brésil avec les variétés de soja Roundup Ready venues d'Argentine, en Inde avec le coton Bt, etc. Depuis plus d'une décennie, du blé GM est sur le point d'être autorisé mais les pays importateurs de blé, à l'instar de l'Italie, ne souhaitent pas de ces variétés transgéniques...
 
Monsanto, dans un communiqué de presse, rappelle
 
« avoir arrêté le développement des variétés de blé GM en mai 2004 suite à l'annonce faite par le Bureau du Blé Canadien, le plus important négociant en blé, que les dix plus gros marchés de blé, comme le Japon, le Royaume-Uni, ou la Malaisie, n'accepteraient pas ces variétés ».
Le Japon a d'ores et déjà annoncé son intention de bloquer les importations de blé en provenance des États-Unis pour ne pas risquer d'importer des blés contaminés. Le ministre de l'Agriculture a d'ailleurs annulé son projet d'acheter près de 25 000 tonnes de blé [3] aux Etats-Unis, selon Hiromi Iwahama, directeur du commerce des grains au ministère.
 
D'autres marchés devraient aussi se fermer, selon les informations des associations Union of Concerned Scientists ou Center for Food Safety. Or, 90% du blé cultivé dans l'Oregon est destiné à l'exportation. Face à cette situation, Michael T. Scuse, un haut responsable de l'USDA, a déclaré :
 
« Nous espérons que nos partenaires commerciaux comprendront que ce n'est pas un problème de sécurité sanitaire des aliments ». 
Quant aux producteurs de blé biologique, ils s'inquiètent aussi de cette contamination qui pourrait avoir des conséquences économiques importantes.
 
Les stratégies agressives des multinationales semencières, et la recrudescence des recherches sur le blé transgénique [4] nous autorisent à nous poser cette question : Monsanto a-t-il décidé de forcer la main aux pays réfractaires en favorisant une faible contamination des champs de blé étasuniens ?
 
Par infogm.org
 
Notes
 
[1] http://www.aphis.usda.gov/newsroom/2013/05/ge_wheat_detection.shtml
[2]  http://www.aphis.usda.gov/newsroom/2013/05/ge_wheat_detection.shtml
[3] western-white wheat
[4] Inf'OGM, « Blé transgénique : des recherches tous azimuts (partie 1 de 2) », Christophe NOISETTE, 13 juillet 2012 et Inf'OGM, « Blé OGM : risques trop élevés pour les marchés (partie 2) », Christophe NOISETTE, 8 octobre 2012



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