Etats-Unis: un nouveau virus de grippe aviaire tue des bébés phoques


Une nouvelle forme de virus de grippe aviaire a déjà tué de nombreux bébés phoques aux Etats-Unis. Ce virus H3N8 inquiète beaucoup les scientifiques, notamment car il pourrait se transmettre à l'homme.
 
Une étude américaine parue mardi montre qu'un nouveau virus de grippe aviaire (ou peste aviaire), le H3N8, s'est attaqué aux phoques américains. En effet, les bébés phoques des côtes nord-est des Etats-Unis (New England) sont atteints de pneumonies mortelles dues à ce virus. Celui-ci semble particulièrement dangereux aux scientifiques puisqu'il s'attaque aux mammifères et pourrait donc infecter les humains.
 
Selon l'étude parue ce 31 juillet dans mBio, le web-journal de la American Society for Microbiology, la nouvelle souche de virus aurait déjà causé la mort de 162 phoques l'an dernier. Les analyses post-mortem réalisées sur cinq phoques avaient permis de montrer qu'ils avaient péri des suites d'une infection grippale. La plupart des jeunes phoques ainsi décédés étaient âgés de moins de six mois. Jusqu'à aujourd'hui, aucun humain n'a été touché par le virus H3N8 mais les chercheurs de la University of Columbia de New York craignent que le virus mute pour nous atteindre, comme cela avait été le cas avec le H5N1.
 
Le professeur d'épidémiologie de la University of Columbia Ian Lipkin souligne : "Nos découvertes renforcent l'importance de surveiller la vie sauvage pour pouvoir anticiper et prévenir des pandémies. Le virus du Sida, le Sras ou la grippe sont tous des exemples de maladies infectieuses venues des animaux. Toute épidémie chez des animaux domestiques ou touchant des animaux sauvages représente un danger pour les espèces touchées, mais pourrait également être potentiellement dangereuse pour l'homme".

Un virus mutant
 
Les scientifiques ont pu entièrement séquencer le génome de cette nouvelle souche H3N8. Cela leur a permis d'affirmer qu'elle est née du virus de grippe aviaire présent chez les oiseaux sauvages d'Amérique du Nord depuis 2002. Ce virus a muté et réussi à contaminer des mammifères via leurs voies respiratoires. Sa mutation lui a permis d'être plus facilement transmissible et de causer des symptômes plus graves. Il pourrait ainsi cibler une protéine présente dans le système respiratoire humain. Le docteur Anne Moscona du Weill Cornell Medical College de New York a réalisé un rapport inquiétant sur le virus : "Il est préoccupant d'avoir un nouveau virus transmissible aux mammifères auquel les humains n'ont pas encore été exposés. C'est une combinaison que nous n'avons pas vu dans la maladie avant".
 
En effet, les phoques ont déjà été infectés par des virus grippaux, mais ce virus-ci est le premier à être résistant et à se déplacer entre les espèces. Les chercheurs n'avaient pas pris en compte le fait qu'une infection de grippe chez les oiseaux puisse se transmettre aux phoques. Le docteur Moscona explique : "Une grippe peut émerger de n'importe où et notre préparation doit être bien meilleure que ce que nous croyions. Nous devons être très agiles dans notre aptitude à identifier et comprendre les risques potentiels posés par les nouveaux virus venant de sources inattendues".
 
D'après les experts, il est encore trop tôt pour prédire si le virus va contaminer des humains et si ses effets seront graves. Cependant, il est préférable de le contrôler de près, l'identifier et combattre rapidement tout risque potentiel. Les humains ont déjà contracté des formes de virus de grippe aviaire et certains en sont décédés, mais uniquement s'ils avaient été en contact avec des oiseaux infectés, ce qui arrive très rarement. Par exemple, le virus H5N1 venu de Hong Kong en 1997 avait touché peu d'hommes mais la moitié d'entre eux en étaient morts.

"Cette épidémie est particulièrement importante"
 
Le problème de ce nouveau virus est qu'il est bien plus facilement transmissible et sa mutation pourrait lui permettre de cibler directement une protéine présente dans les poumons humains. Les scientifiques confirment : "Cette épidémie est particulièrement importante, non seulement parce qu'elle cause une maladie chez les phoques, mais aussi parce que le virus a naturellement acquis des mutations connues pour augmenter la transmissibilité et la virulence chez les mammifères".
 
Pour le professeur Mark Fielder de la Kingston University, qui n'a pas participé à l'étude, d'autres recherches sont nécessaires pour comprendre la nature des mutations et les risques qu'elle pourrait potentiellement poser. Il déclare : "Il est clair d'après cette étude que les découvertes initiales sont de grand intérêt mais l'impact réel des données ne sera révélé que lorsque d'autres recherches sur l'importance des mutations auront été menées".
 
Depuis 2003, 606 cas humains de grippe aviaire ont été recensés par l'OMS (Organisation mondiale de la santé). Parmi ces cas, 357 sont décédés d'après un rapport datant du mois de juin. Au siècle dernier, quatre souches de grippe pouvant se transmettre rapidement à l'homme ont émergé. L'une d'elles, apparue en 1918, a tué environ 50 millions de personnes. Toutes ces souches ont évolué de virus grippaux issus des oiseaux.



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