Etats-unis : Première puissance et illusionnisme, ou quand paraître n’est pas être


Depuis le coup d’état politique organisé avec succès en Ukraine par l’oncle Sam et ses amis interventionnistes occidentaux, la montée des tensions entre les États-unis et la Russie - ainsi que la renaissance de la guerre froide qu’on croyait enterrée - ont vus fleurir dans de nombreux médias les gros titres relatant une menace devenue soudainement imminente, celle d’une confrontation militaire inévitable entre les deux blocs.

L’opportunité d’instaurer un nouveau règne de la peur rouge a bien sûr été saisie par l’actualité qui n’a pas manqué une nouvelle occasion de désigner l’odieux Vladimir Poutine comme responsable de la situation en Ukraine, comme de tous les maux de la planète d’ailleurs. L’apogée fut atteinte, quand contre toute attente, ce dernier instaura le référendum permettant aux criméens de revenir à leurs racines ancestrales.

Or, si il est convenu qu’en politique, instaurer un régime de peur afin de mieux contrôler les masses s’avère utile, voir nécessaire, qu’en est il de la réalité ? Devons nous réellement redouter une guerre au sens conventionnel du terme ? En langage clair ; Les États-unis ont ils vraiment envisagé la possibilité de déclarer une guerre ouverte à la Russie, ou bien formulé autrement : sont ils encore réellement la première super-puissance mondiale qu’il prétendent être orgueilleusement ?

Mon analyse (qui n’engage que moi) est que la réponse est clairement non, du moins pas formellement. Certes, l’on s’accorde à dire que leurs dépenses militaires représentent celles des autres pays réunis, que la vitrine technologique qu’ils exhibent fièrement est très avancée, et que de la sorte, aucun représentant n’ose leur chercher noise concrètement ou contester cette hégémonie (hormis Kim Jung Un), mais est ce que cela leur confère pour autant une réelle supériorité ?

Dans le domaine du sport, on dit souvent qu’il est plus difficile de défendre un titre que de l’acquérir, et il en est de même dans celui de la politique internationale. Si ce titre fut justement attribué aux usa dans le passé, il ne l’est actuellement plus dans le domaine économique, quant au secteur militaire, j’ai bien peur que de s’être reposé sur leurs acquis toutes ces années ne leur ait été fatal. De plus, n’étant pas très familiers d’une approche « subtile » face à un défi - et donc un adversaire - , les nouvelles techniques et générations d’armement conçues voient le jour dans une escalade de puissance du plus pur style « bourrin ».

Quelle sera l'espérance de vie d'un ou plusieurs portes-avions américains face au croiseur lance-missiles russe Moskva au surnom sans équivoque « le tueur de porte avions » ou face à un missile balistique de dernière génération ? Que penser du système électronique embarqué de l'avion de chasse de dernière génération (F35) piraté par des hackers quand on sait que les avions de combat les plus répandus sont de la génération précédente et ont été conçus il y a plusieurs décennies ?

Récemment, le conflit en Syrie a permis aux officiers américains de jauger les possibilités et compétences sur le terrain de la nouvelle armée Russe, et si le président sortant Obama croit encore en la toute supériorité de sa nation, ses généraux ne tiennent pas du tout le même discours ! En fait, cette prétendue suprématie ressemble de nos jours plus à de l’illusionnisme et du bluff qu’à du concret...

Merci au blog versouvaton pour la traduction de l'article de Dmitry Orlov qui suit.

Le veilleur

On entend souvent que les États-Unis dépensent plus pour leur armée que la plupart des autres nations combinées. C’est généralement présenté comme une preuve que les États-Unis sont plus puissants militairement, peut-être même si puissants qu’ils pourraient s’attaquer au reste de la planète et l’emporter.

Je trouve cette attitude très discutable. Si nous regardons la qualité effective des investissement en matière de défense des États-Unis et le retour sur leurs investissements en termes de capacités militaires, une image totalement différente émerge : celle d’un Léviathan gaffeur et corrompu jusqu’à l’os qui contrecarre ses propres objectif à tout bout de champ.

Pour commencer, évaluer une force militaire en se basant sur des niveaux relatifs de dépenses militaires est un peu comme parier sur des chevaux de course en se basant sur la quantité du foin avalée. Bien sûr, les chevaux doivent manger, mais un cheval qui mange dix fois plus que tous les autres chevaux ne va probablement pas finir devant, parce qu’il aura des problèmes de digestion.

Ensuite, il faut tenir compte du fait qu’un dollar dépensé pour l’armée américaine par les États-Unis n’est pas directement comparable à la valeur d’un dollar en roubles ou en yuans dépensé en Russie ou en Chine ; en termes de parité, les ratios peuvent être de 5 à 1, ou même de 10 à 1. Si la Russie optimise ses investissements d’un facteur 10, alors l’affirmation d’une prétendue supériorité militaire US basée sur la quantité de foin que l’armée américaine mange n’est plus valable.

En outre, il ne faut pas perdre de vue le fait que l’armée américaine a des objectifs différents des armées du reste du monde : son objectif est avant tout offensif plutôt que défensif. L’armée américaine cherche à dominer et à asservir la planète entière ; les autres essaient simplement de défendre leur territoire, pendant que quelques pays tentent également de contrecarrer l’armée américaine dans son ambition de dominer et de soumettre toute la planète.

En général, si un objectif est irréaliste, la somme d’argent gaspillée pour y parvenir n’a pas d’importance. Plus précisément, il revient beaucoup moins cher de casser quelque chose que de faire fonctionner quelque chose, et pour l’armée américaine, peu importe combien d’argent elle dépense, le coût de sa neutralisation reste assez bon marché. Par exemple, un porte-avions de classe Nimitz coûte quelque part autour de $5 milliards, alors qu’un missile russe Kaliber qui peut être lancé à partir d’un bateau de pêche à 1200 km de là et le détruire a un prix compétitif de $1,2 million pièce. Pour mettre ces chiffres en perspective, la Russie peut effacer la totalité de la flotte de porte-avions américains sans dépasser son budget de formation militaire de l’année.

Mais tout cela n’a d’importance que si les États-Unis dépensent effectivement l’argent en essayant d’atteindre un objectif militaire réel. Si l’establishment militaire américain gaspille son argent surtout pour des projets vaniteux et des albatros technologiques coûteux, alors rien de tout cela ne nous importe, et cela peut très bien être le cas. Il suffit de regarder comment les États-Unis dépensent effectivement les dollars de leur budget militaire :

  1. Ils sont dépensés pour des bases militaires à travers le monde, des centaines d’entre elles (800, NdT). A quoi servent-elles? Qu’est-ce que leur présence permet d’obtenir ? Personne ne le sait. Tout cela fait partie de l’activité militaire des États-Unis : évaluer et répondre aux menaces, dont la plupart sont purement théoriques. Il semble y avoir une contrainte irrationnelle à ne pas laisser de zone sur la planète sans sa base militaire américaine. Ceci est avant tout un gaspillage de ressources.
  2. Ils sont dépensés pour un tas de porte-avions avec leurs groupes de combat. Ceux-ci sont très utiles pour lancer des attaques sur des pays sans défense. Mais il est très important de garder ces porte-avions en dehors des zones de conflit qui peuvent impliquer la Chine ou la Russie, ou même l’Iran, parce que chacun de ces pays a plusieurs moyens rentables de détruire un porte-avions : les missiles balistiques, les missiles de croisière et les torpilles supersoniques. L’ensemble de la flotte de porte-avions est obsolète, et c’est encore un autre énorme gaspillage d’argent.
  3. Ils sont dépensés pour les systèmes intégrés de combat naval Aegis, qui sont considérés comme les meilleurs technologiquement et qui ont été installés sur un certain nombre de croiseurs et de destroyers. Il y a juste un problème : il est facile de les neutraliser, ce que la Russie a démontré. Un chasseur à réaction équipé d’un ensemble d’équipements de contre-mesures électroniques appelé Khibiny a été utilisé pour bloquer le système Aegis [1]. L’avion de chasse russe (qui était par ailleurs sans armes), a alors effectué une douzaine de bombardements fictifs sur le navire américain sans défense.
  4. Ils sont dépensés pour divers types de programmes de développement désastreux. Un exemple classique, c’est l’initiative de défense stratégique de Ronald Reagan, appelée également Star Wars : elle n’a jamais abouti à quoi que ce soit de stratégiquement utile. Un autre bon exemple est le F-35 Joint Strike Fighter, qui a coûté plus de mille milliards de dollars en développement. Il est censé être utile pour un grand nombre de missions différentes, mais il ne s’est avéré efficace pour aucune d’entre elles.

Cette liste peut être poursuivie pratiquement à l’infini, mais ces exemples seuls montrent clairement un principe de base : dépenser de l’argent sur des choses qui ne fonctionnent pas ne rend pas les États-Unis plus forts militairement.

Ensuite, regardez la manière dont les États-Unis dépensent les dollars de leur budget militaire. Ils sont dépensés en payant des entrepreneurs militaires, qui sont des entreprises privées hautement rentables. Ces entrepreneurs de la défense ne sont pas vraiment intéressés à offrir de la valeur ajoutée en termes de dépenses militaires ; ils sont intéressés à générer des profits pour leurs actionnaires. C’est le premier objectif déclaré de toute entreprise privée. Par conséquent, il serait sage de rayer un bon tiers de toutes les dépenses militaires, qui servent à faire grossir leurs bénéfices : cet argent peut remplir les poches de certains, mais ne bénéficie pas à l’armée.

Gardez aussi à l’esprit qu’une grande partie de l’argent est en fait globalement de l’argent volé. Le Pentagone n’a pas été audité depuis des décennies, et les sommes portées disparues tournent autour des 1000 milliards de dollars (La dernière enquête siégeait au Pentagone le … 9/11, et pas de bol, juste là où est entré le missile l’avion piraté, NdT). Une grande partie des dépenses liées à la défense est recyclée en utilisant une large variété de techniques financières et ces dépenses finissent en contributions de campagne pour les membres du Congrès américain qui vont ensuite infailliblement voter pour une augmentation des dépenses de défense.

Il y a aussi un système où le complexe militaro-industriel paie des honoraires de consultation exorbitants aux agents retraités dans ce qui ressemble vraiment à une forme de rémunération différée : les agents [militaires] travaillent pour les industries de la défense tout au long de leur carrière, mais ne sont payés qu’après leur retraite. Personne ne sait quelle est la fraction des dépenses militaires siphonnées en utilisant ces magouilles ou d’autres, mais il semble probable que l’establishment militaire américain est le plus important repaire de corrompus que cette planète ait jamais vu.

Le peu d’argent qui pourrait éventuellement être dépensé pour le développement de systèmes de défense utiles se heurte à un problème vraiment insurmontable : le manque de cerveaux. Notez-le, depuis des générations maintenant, les États-Unis ont baissé en science et en mathématiques, ainsi que dans presque tous les autres domaines. Il y a quelques excellentes universités et instituts aux États-Unis qui délivrent des diplômes de spécialistes techniques haut de gamme, mais les étudiants sont étrangers la plupart du temps. Au niveau des études supérieures en sciences et dans les techniques, les ressortissants des États-Unis sont une petite minorité.

Maintenant, cela n’a pas d’importance dans de nombreux domaines techniques, où c’est une pratique courante aux États-Unis que d’embaucher des spécialistes nés à l’étranger. Mais la défense est un domaine réservé : elle exige le talent des natifs, ou une allégeance supérieure et une certaine moralité pour faire un travail de qualité supérieure. Ces éléments ne sont tout simplement pas là. Et les entreprise de défense finissent par avoir un encadrement de natifs sous-qualifiés qui ne pourraient pas obtenir un emploi s’il n’était pas lié à la défense. À son tour, le ministère de la Défense est composé de têtes de nœud similaires : des habitués des salles de fitness et dopés à la caféine qui courent partout pour avoir l’air occupé, dans l’attente de leur prochaine promotion, sans jamais critiquer leurs supérieurs, sans jamais remettre en question leurs ordres, peu importe leur bêtise, et sans jamais penser trop fort. Qu’est-ce qu’un tel système peut donner ? Des catastrophes, voilà ce qu’il en est.

Et voilà ce que nous voyons : une longue séquence de désastres militaires sans contrôle. Les États-Unis ont été impliqués dans une longue série de campagnes militaires contre des adversaires très faibles, dans lesquelles ils se sont seulement montrés capables de détruire, avec des niveaux énormes de dommages collatéraux et des conséquences imprévues très impressionnantes telles que l’émergence d’ISIS / Daesh / du califat islamique. Ce n’est quand même pas rien.

De façon critique, ils se sont avérés tout à fait incapables de gagner la paix. L’objectif ultime de toutes les missions militaires est la cessation des hostilités à des conditions favorables. Si cet objectif ne peut être atteint, alors la mission militaire est pire qu’inutile. Est-ce que l’armée américaine était en mesure d’atteindre la cessation des hostilités à des conditions favorables dans l’un des pays dans lequel elle est intervenue militairement comme en Afghanistan, en Irak, en Libye, au Yémen, en Syrie, en Ukraine ? Non, cela n’a certainement pas été le cas.

L’establishment de la défense des États-Unis peut être considéré comme victorieux sur un seul tableau : il a conquis et subjugué le peuple des États-Unis (et de l’establishment européen vassal, NdT), et en a reçu un large hommage en retour. C’est du parasitisme pur, sans aucune utilité. Il devrait être dissout. En ce qui concerne nos voisins, la Garde nationale du Texas pourrait bien être mise au défi par l’armée du Mexique dans le cas où ce pays déciderait de mettre en scène une reconquista de style militaire, ce qui est peu probable, puisque la reconquista démographique avance, de facto, parfaitement. D’autre part, la frontière nord ne nécessite aucune protection, car il est inconcevable que le Canada puisse jamais envisager être une menace militaire.

Bien sûr, il y a une alternative à la dissolution volontaire de l’armée américaine : une retentissante et humiliante défaite militaire des mains d’adversaires intelligents, conscients des coûts. Toutefois, ce plan se heurte au danger de déclencher un échange nucléaire, et les Américains haut placés sont (devraient être, on le souhaite, NdT) concernés par une explosion nucléaire qui pourrait interférer avec leurs plans de longévité personnels. Cela devrait leur donner la volonté de bien réfléchir.

Post-scriptum : Certaines personnes pourraient trouver mes critiques et suggestions antipatriotiques parce que nous devrions tous soutenir nos troupes. Rassurez-vous, cela n’a rien à voir avec les troupes : elles ne sont jamais consultées pour les décisions d’achat, et elles ne choisissent pas non plus leurs missions. Pour autant que le patriotisme soit concerné, il est du devoir patriotique des troupes de servir et de protéger les personnes, et non l’inverse. Mais si vous voulez être un patriote, alors vous pouvez aussi servir et protéger les personnes, les troupes en particulier (parce que, ne l’oubliez pas, ce sont des gens aussi) en les ramenant chez eux et en leur donnant des emplois civils pour faire quelque chose d’utile, ou du moins quelque chose qui est sans danger pour le monde en général ou pour les finances, l’environnement, la santé, la réputation ou la sécurité du pays.

Article original de Dmitry Orlov, publié le 15 Mars 2016 sur le site Club Orlov
Traduit par le blog versouvaton.blogspot.fr

Notes
[1]. Se rappeler les aventures du Donald Cook en mer Noire l’an dernier.



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