Etats-Unis : pourraient-ils déclencher une guerre nucléaire ?


Paul Craig Roberts (wiki) a exercé diverses responsabilités dans l'administration américaine, notamment au trésor sous Reagan, puis dans de prestigieux journaux, avant de tomber en dissidence et de se livrer à une critique sans concession (voir son billet du 8 juillet 2012) de ce qu'il nomme l'hubris de Washington, autrement dit la politique expansionniste et agressive des Etats-Unis depuis 2001, avec comme conséquences intérieures un délitement social, une dette colossale et peut-être une dépression comme ce fut le cas lors de la décennie qui suivit 1932.
 
Les gouvernements américains sont responsables d'une gabegie militaire suite aux interventions en 2001 en Afghanistan et en 2003 en Irak. A l'origine, selon Roberts, deux prétextes fallacieux. Au final, un Irak déstructuré miné par une guerre civile permanente et un conflit qui n'a pas été gagné en Afghanistan, pays promis lui aussi à la guerre civile. Tarif de ces deux interventions, 6.000 milliards de dollars selon l'économiste Joseph Stiglitz. C'est à peu près le PIB européen annuel et aussi le PIB américain.

Traduction : pendant la décennie 2000, un Américain a travaillé un an pour financer ces deux conflits.

Décryptage : ce n'est pas tout à fait exact, il a travaillé disons six mois pendant cette décennie mais il devra doubler la mise et travailler six mois de plus pendant la décennie 2010 pour rembourser la dette qui a permis de financer la guerre. De plus, les Etats-Unis interviennent dans d'autres pays, Yémen, Pakistan, Afrique, au mépris du droit international.

Allez savoir, Barack Obama n'a peut-être pas rompu avec la doctrine Bush et le comité Nobel devrait s'interroger, surtout que ça fait trois bourdes depuis qu'ils ont décoré du prix de la paix un escrologiste, al Gore, un arnaqueur des pauvres, Yunus et un type qui envoie des drones tuer des tas de gens, Obama. A se demander si le prochain Nobel de la paix ne sera pas un type qui aura déclaré la guerre aux sages d'Oslo, dirait avec malice Desproges.

Après, comme le dit si bien Roberts, on s'étonne qu'il n'y ait pas d'argent pour la sécurité sociale, les bons alimentaires, l'éducation. La situation des Etats-Unis ne ressemble pourtant pas à celle des années 1930 et pourtant, ce pays est en dépression au vu de l'état de la société. Il faudrait introduire deux notions pour expliciter deux époques. 1930, grande dépression avec effondrement. 2010, grande dépression sans effondrement. Quelques chiffres. En 2011, l'emploi américain est de 1 million supérieur à celui de 2001.

Décryptage : il faut prendre en considération l'augmentation de la population et donc au final, le déficit d'emploi se chiffre à 15 millions de travailleurs manquants. Autre donnée livrée par Roberts, sans doute contestable dans son principe mais utile pour comparer ; fin 1980, juste avant l'élection de Reagan, l'index de misère était de 22. En 2012, il est, en utilisant la même méthode de calcul, de 27. Le verdict paraît acquis. Les Etats-Unis ont une économie en voie de « collapse », terme qu'on peut traduire par implosion ou effondrement mais il faut se méfier des mots car ils ne disent pas le réel même s'ils font peur, comme chez nous cette rigueur qui, décrétée ou pas, ne change en rien la situation du pays.

D'après Roberts, l'économie réelle, celle qui se traduit dans les faits par de la croissance et de l'augmentation du niveau matériel, n'a pas progressé depuis 2001, malgré les chiffres officiels fournis par l'administration. Autre détail important, la perte de 3.5 millions d'emplois industriels (qui font le revenu des classes moyennes), substitués par des emplois peu qualifiés, aide sociale, ménage, petit job, soins ambulatoires, barman... Après le rêve des classes moyennes de 1960, voici le marasme des classes pauvres, de plus en plus nombreuses.

Sur le plan géopolitique, les BRICS, Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud, sont étonnés de l'inconscience économique des Etats-Unis et songent à destituer le dollar de son hégémonie. Quant au Japon, il vient de se décider pour un partenariat privilégié avec une Chine jaugée à un rang économique égal à celui des Etats-Unis. J'ajoute pour ma part un autre détail recueilli dans l'une des dernières livraisons de Courrier International ; Les Etats-Unis n'exercent plus la même fascination auprès des Japonais qui, s'ils continuent à apprécier les valeurs américaines, ont pris une sacrée distance avec la culture yankee.

ww3_carte_conflits.jpgLa situation tracée par Roberts semble paradoxale car les Etats-Unis continuent à déployer et entretenir des bases militaires, aux Philippines, en Thaïlande, en Australie... pour notamment cerner la Chine, mais se trouvent de plus en plus isolés au niveau diplomatique et peut-être même en disgrâce. On a pu le constater avec la question de la Syrie et les relations russes et chinoises. L'Europe quant à elle est sur la corde raide et n'a pas les moyens d'une politique internationale autonome. Pour info, je livre un autre détail sur les diverses manipulations des services américains et un trouble jeu au Mali où une intervention occidentale se prépare (configuration comparable à l'Afghanistan de 2001).

Les écrits livrés par Roberts et notamment son billet sur le chaos sont très instructifs pour nous, citoyens du monde épris de liberté. Roberts est un électron libre que je décrirais volontiers comme un gauchiste conservateur, proche de Reagan qu'il admirait, économiste prisé et même décoré en France de la légion d'honneur par Edouard Balladur en 1987 ; mais il a des convictions très radicales, regrettant d'avoir été un compagnon du parti républicain au vu de ce qu'est devenu cette formation avec GW Bush et son entourage de néocons dont il compare le cerveau à celui des partisans d'Hitler.

Voilà donc un Américain couillu qui décoiffe ! Critiquant férocement les visées américaines sur l'Europe, le Canada, l'Australie et même la Géorgie et l'Ukraine. Nos chantres des droits de l'homme, de BHL au sympathique D-.S. Schiffer d'Agoravox, feraient mieux de s'intéresser à ce qui se trame aux States au lieu de pleurer sur le sort de Oulia Timochenko.
 
Et de lire Roberts concluant que :
 
« Si les Etats-Unis poursuivent leur efforts visant l'hégémonie sur le monde, nous sommes gagnés par le sentiment que ce pays se rapproche d'un stade de Gestapo, c'est-à-dire d'une position sans loi, brutale, impitoyable, indifférente et même hostile à la condition humaine et aux droits de l'homme »

La conclusion de Roberts ne refuse pas le catastrophisme et pour reprendre un thème cher à Jean-Pierre Dupuy, souhaitons que ce catastrophisme soit éclairé et donc utile pour prévenir le pire. Voilà ce que dit Roberts. Les Etats-Unis sont dans un état de dépression et de chaos économique. Sur le plan géopolitique, ils n'ont pas réglé la démocratie en Irak ni en Libye alors que sur le plan militaire, ils n'ont pas réussi à se défaire de quelques milliers de Talibans armés sommairement. Cela ne les empêche pas de montrer les biceps face aux Russes, aux Chinois et surtout aux Iraniens.

Ce qui signifie qu'en cas de conflit, ils n'auraient pas d'autre solution pour l'emporter que l'arme nucléaire. D'ailleurs, certains ne s'en cachent pas, comme le stratège néocon Bill Kristol auteur de cette formule qui fait froid dans le dos car la guerre ne sera plus froide :
 
« à quoi peuvent bien servir les armes nucléaires si on ne peut pas s'en servir ? »
 
, phrase à laquelle on pourrait ajouter le principe de Gabor, « tout ce qui est techniquement possible sera réalisé un jour ».



Commentaires

Ajouter un commentaire


Autres articles dans la catégorie « Evènements sociaux Actions militaires »