Etats-Unis : Colorado, le fleuve qui n’atteint plus la mer


L'assèchement du fleuve Colorado est un sujet qui avait été traité sur le veilleur, et le temps écoulé depuis n'a pas contribué à améliorer les choses, bien au contraire. C'est aujourd'hui un article publié par sciences et avenir qui confirme malheureusement bien tardivement ce désastre annoncé.

Catastrophe, car l'état des ressources du fleuve Colorado concerne pas moins de 40 millions de personnes qui y puisent leur eau potable, habitants de Las Vegas, Los Angeles, Phoenix, Tucson et San Diego, mais aussi l'industrie agricole pour sa consommation industrielle d'eau en irrigation. Ses eaux irriguent également l’Imperial Valley en Californie et le Comté de Yuma en Arizona, lieux de production de plus de deux tiers des légumes américains, en plus d'être la source de conflits entre les États-Unis et le Mexique.

Le Veilleur

Le Colorado, visions d’un fleuve en péril

Exposées à la Maison de l’Eau, à Paris, les photographies de Franck Vogel témoignent des ravages de la surexploitation du fleuve américain. Celui-ci n'atteint même plus la mer où il est censé se jeter.

Il s’étire comme un grand roman américain sur sept États depuis les Montagnes Rocheuses où il prend sa source, au travers des paysages lunaires et fantastiques des déserts du Sud-Ouest, avant d’entrer au Mexique. Et puis… plus rien. A la frontière, le Colorado passe le barrage de Morelos, le dernier sur son cours de 2330 km, et ses eaux se muent en un ruisseau de trois mètres de large, même plus capables d’atteindre la Mer de Cortès où elles sont censées se jeter.

Depuis plusieurs décennies, le delta du Colorado n’est plus qu’un réseau de rigoles pathétiques faisant du fleuve le seul au monde à ne plus avoir d’embouchure. C’est de cette situation dont rendent compte les photographies de Franck Vogel exposées jusqu’au 30 décembre à la Maison de l’Eau à Paris. Justement sous-titrée « Le fleuve qui n’atteint plus la mer », l’exposition entre dans le cadre d’un projet plus vaste de photojournalisme consacré aux fleuves frontaliers et à leurs enjeux. Franck Vogel s’est déjà intéressé au Nil, au Brahmapoutre, entre Inde et Chine, au Colorado et au Jourdain. Viendront le Mékong, l’Amazone et le Gange.

Le lac Mead fournit 90% des besoins en eau de Las Vegas

L’idée maîtresse, ici ? Le photographe le dit clairement : pointer du doigt (ou plutôt de l’objectif) « l’exemple même d’une mauvaise gestion de la ressource » dans un contexte de sécheresse persistance, de fonte accélérée des glaciers et des neiges et de bouleversements climatiques. Le Colorado est surexploité pour alimenter villes et aires agricoles, son niveau malmené par plusieurs barrages, dont deux géants, le Glen Canyon Dam dans l’Arizona et le Hoover Dam.

Le premier est devenu une star malgré lui quand le romancier Edward Abbey en a fait la cible des éco-terroristes de son best-seller Le gang de la clef à molette. Le second est une énormité art-déco dans le Nevada, construit dans les années 1930 lors du New Deal. Il fournit 40% de son énergie à la Californie et Las Vegas puise 90% de ses besoins en eau dans son réservoir, le lac Mead.

1466428090_15247119.jpg Or, le lac Mead n’est plus qu’à 38% de sa capacité et Las Vegas en est à vouloir racheter leurs droits sur l’eau aux agriculteurs. Le barrage du Glen Canyon, qui a créé le célèbre et très photogénique lac Powell, fait fluctuer le niveau du fleuve de 30 cm en aval des vannes, érodant les sols, noyant des plages au détriment de l’industrie touristique qui s’est pourtant développée sur place grâce au barrage… Sans parler des réserves indiennes privées d’accès au fleuve et contraintes de s’en remettre à des puits qui s’assèchent.

Mais le grand coupable que désigne Franck Vogel se nomme Imperial Valley : une riche région agricole du sud de la Californie sur 191000 hectares en plein désert, alimentée en eau par les 132 km de l’All-American Canal qui détourne le Colorado depuis la frontière mexicaine.

Côté américain, cette vallée a anéanti l’écosystème de la Salton Sea et ses activités de tourisme balnéaire. Côté mexicain, elle a réduit les 780.000 km2 du delta originel du Colorado en une pataugeoire de gadoue de 60.000 km2. Sans que grand-chose semble être fait pour corriger un minimum le tir, semble suggérer l’exposition. En tout cas, fin mars 2014, dans le cadre d’un accord Etats-Unis-Mexique, les vannes du Morelos Dam ont été ouvertes pendant huit semaines pour libérer le fleuve et l’expérience sera renouvelée au moins jusqu’en 2017. Le Colorado a ainsi pu retrouver son cours normal jusqu’à la mer, pour la première fois depuis 16 ans.

Par Arnaud Devillard



Commentaires 3

avatar de PH7
  • Par PH7 0 0
  • L'article n'est pas nouveau, le sujet a déjà été traité. Certes le modèle de vie américain se reflète bien dans ce cas : puiser dans les ressources jusqu'à épuisement sans penser aux conséquences. Mais il faut avouer qu'ils ne sont pas les précurseurs dans ce domaine. Nombre de citées antiques à travers le monde furent ruinées à cause des prélèvements excessifs en eaux et manque d'entretien des canaux et cours d'eaux. Plus près et récemment , nous avons l'exemple de la mer d'Aral et celui de la mer Morte. Comme quoi l'humain refera toujours les mêmes bêtises au nom du profit sans anticiper des divers changements climatiques qui s'opèrent régulièrement à travers les âges et des conséquences de son incommensurable aptitude à croire qu'il est le seul à exister sur cette terre et doit bénéficier à ce titre de toutes ses richesses.

avatar de Le-veilleur
  • Le-veilleur a répondu (Admin) 0 0
  • C'est exactement ca, et si le sujet n'est pas nouveau, la situation empire. A comparer avec ce qui se fait à Dubai (patinoire en plein désert et j'en passe).

avatar de PH7
  • Par PH7 1 0
  • Certes, c'est une aberration, mais ils ont au moins eu le pognon pour monter des stations de désalinisation pour se procurer de l'eau douce. C'est aussi faire l'impasse sur le nombre important de sources d'eau douce qui s'écoulent directement au fond de la mer et qui sont bien connues des pêcheurs. Si au moins, ils avaient prévu des zones de reboisement irriguées par voie souterraine, il y aurait moindre mal. Tout pour le plaisir, rien pour le respect des ressources.

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