Espagne : opérations «ville morte» et blocages par les mineurs


Barricades, pneus et poubelles enflammées pour couper des routes, opérations «ville morte» et manifestations : à Langreo comme dans d'autres villes d'Espagne, les mineurs ont crié leur colère lundi pour la journée de grève générale contre les coupes des aides au secteur.
 
Venues en famille, du bébé en poussette aux grands-parents, environ 50.000 personnes, selon les syndicats, ont défilé dans le calme en fin de journée dans cette ville du nord du pays, vivant principalement du charbon. Une image qui tranchait avec les rideaux des commerces baissés et les rues quasi vides durant toute cette journée de grève générale "suivie à 100%" dans tout le bassin minier des Asturies, selon les syndicats UGT et CCOO qui appelaient au mouvement.
 
Un succès également au niveau national dans la cinquantaine de villes minières étaient également appelées à la grève générale dans les régions d'Aragon et de Castille-et-Leon. Entre 10.000 et 15.000 personnes ont défilé à Leon, selon les syndicats.
 
"On ne peut pas donner 100 milliards aux banques et jeter des milliers de mineurs d'un coup à la rue alors qu'ils n'ont besoin que de 300 millions", résume Carlos Martinez, un employé de banque de 47 ans de Mieres, également "ville morte" lundi.
 
"Et les mineurs ne s'arrêteront pas. Mais il faut faire attention car parfois, à force d'avoir l'impression de se faire avoir, les choses finissent par vous échapper", renchérit pour sa part Vicente Turrado, un mineur en pré-retraite de 54 ans.
 
Car dès le matin, des mineurs ont bloqué routes et voies ferrées, comme ils le font quotidiennement depuis qu'ils ont décidé le 30 mai de prolonger leur mouvement pour une "durée indéterminée". Encagoulés ou le bas du visage masqué par des foulards, une cinquantaine de mineurs, la plupart entre 20 et 30 ans, ont érigé des barricades sur une route devant le puits de Santiago de Aller, non loin de Langreo, prêts à en découdre avec la police.
 
La police n'étant pas intervenue, les jeunes mineurs, ont fini par incendier des pneus et les barricades de bois et de ferrailles, fronde en main, tandis que la vallée résonnait du bruits de gros pétards, avant de quitter les lieux. Signe d'une tension croissante, la Garde civile a renforcé ses effectifs de 250 agents en Castille-et-Leon et dans les Asturies.
 
Vendredi, des incidents ont fait sept blessés près de Mieres.
 
"C'est la seule façon de faire pour que les politiques nous écoutent un peu. Si les mines ferment, tout ferme. Nous, on ira jusqu'au bout", assure un jeune mineur de 24 ans, qui, comme les autres, préfère conserver l'anonymat sous sa cagoule.
 
"Nous sommes tous de familles minières. Ce que nos grands-parents et parents ont obtenu, ça a toujours été par la lutte", renchérit Cristina Fanjul, auxiliaire de gériatrie de 25 ans venue soutenir son petit ami qui fait partie des trois mineurs enfermés dans le puits.
 
"Je suis inquiète pour lui. C'est humide en bas, mais il se bat pour les autres". Et pour elle, "il n'y a pas d'autre solution".
 
En pleine restructuration depuis 20 ans, les mines de charbon espagnoles ont progressivement fermé. Une quarantaine sont encore en activité, principalement dans le nord, faisant vivre 8.000 mineurs, et maintenant de 20.000 à 30.000 emplois indirects, selon les syndicats.
 
Les mines sont promises à la fermeture d'ici à 2018 mais le gouvernement a mis le feu aux poudres en annonçant un réduction des aides, de 301 millions d'euros en 2011 à 111 millions cette année, ce qui condamne le secteur plus rapidement que prévu.
 
Les syndicats ont d'ailleurs annoncé l'organisation de futures marches vers Madrid afin de faire entendre leur voix.



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