Espagne : nouvel épisode du « Titanic Européen »


A la fin de la semaine dernière, l'Espagne suscitait une profonde angoisse chez... les européistes car le gouvernement espagnol de M. Rajoy (l'UMP locale) traînait les pieds pour demander à l'UE le « sauvetage » nécessaire de ses banques. Il craignait en effet la réaction du peuple espagnol, quand on lui annoncerait que l'Espagne avait appelé à l'aide l'UE et le FMI, tel un pays sous-développé.

CRISES DE NERFS ET CONTES DE FÉES
 
Mais, après un week-end de psychothérapie de groupe, d'engueulades au téléphone et de crises de nerfs derrière les portes capitonnées, tout a été réglé comme par enchantement. Les dirigeants de l'Euro-Titanic ont convié les médias dimanche pour leur annoncer cette bonne nouvelle. Et tout le monde de se congratuler, de M. Rajoy à Mme Merkel en passant par les autorités américaines, qui suivaient l'affaire de près. Les médias occidentaux, toujours aussi peu regardants dès lors qu'il s'agit d'enfumer les peuples pour le compte de l'oligarchie euro-atlantiste, avaient aussitôt fait chorus. Pensez donc ! Tout ce beau monde était tombé d'accord pour mettre sur pied un sauvetage de 100 milliards d'euros des banques espagnoles, et hop ! le problème était réglé. On se demande d'ailleurs pourquoi on avait une nouvelle fois tergiversé. Pourquoi se faire des frayeurs puisque tous les problèmes de l'euro se règlent toujours de la même façon ? Dès qu'une faillite est en vue, on finit toujours par annonce que l'on met sur la table 30, 50, 80, 100 milliards d'euros et le tour est joué. Ce n'est au fond pas si compliqué de régler les problèmes de l'euro, n'est-ce pas ?

LA GUEULE DE BOIS AU RÉVEIL
 
Seulement voilà : ce fameux « plan de sauvetage des banques espagnoles, susceptible de mobiliser jusqu'à 100 milliards d'euros » n'a eu un effet positif très éphémère sur les marchés que pendant quelques heures, à peine, lundi 11 juin au matin. Dès ce mardi, le changement de décor est complet : le taux à 10 ans de l'Espagne a atteint un plus haut depuis la création de la zone euro mardi 12 en milieu d'après-midi. Vers 16H10 (14H10 GMT), le rendement espagnol se tendait à 6,756% contre 6,487% lundi soir. Un record ! Loin d'avoir l'effet escompté, le plan de sauvetage des banques a finalement... accentué la méfiance des marchés à l'égard de la dette espagnole. Car les marchés financiers sont un peu moins faciles à duper que les télé-consommateurs. Ils ont en effet remarqué que le plan annoncé est très vague : ? nul ne sait qui va émettre les nouveaux titres de la dette pour recapitaliser les banques espagnoles : le FESF (fonds de secours de la zone euro) ou le Mécanisme européen de stabilité (MES) ? ? nul ne sait qui vont en être les responsables. ? nul ne sait qui aura le titre d'emprunteur senior, c'est-à-dire le premier à être remboursé en cas de défaut. ? etc. Bref, ces « 100 milliards d'euros » n'étaient, encore une fois, qu'un effet d'annonce. Personne n'a encore vu le moindre fifrelin à l'horizon...

DE NOUVEAUX ENNUIS ARRIVENT
 
Le feuilleton de l'euro-Titanic a d'ailleurs connu, aujourd'hui, de nouveaux développements peu faits pour rassurer les fameux marchés financiers :

a) l'agence de notation Fitch Ratings a abaissé la perspective de Crédit Agricole de stable à négative, une décision attribuée à l'exposition de la banque française à l'Europe du Sud en général et à la Grèce en particulier. Le Crédit Agricole est actuellement noté A+ par Fitch. La décision de mardi implique que cette note pourrait être abaissée à moyen terme.

b) la Chancelière allemande a eu des mots très durs contre l'action de l'Autorité bancaire européenne (EBA) chargée d'estimer les besoins de recapitalisation des banques. Selon Frau Merkel, « l'EBA est dirigée par les organismes de supervision nationaux qui ont d'abord essayé d'amoindrir les problèmes par fierté nationale mal placée » et la Chancelière a appelé à « une véritable régulation européenne centralisée. » Sous-entendu : tout le monde au pas sous direction et contrôle allemands !

c) La Chancelière allemande, se prenant pour le Premier ministre espagnol, a également annoncé que « l'aide à l'Espagne sera conditionnée à une réforme de son système bancaire. » Mais à quoi sert donc encore le gouvernement espagnol ?

d) enfin, dans cet univers ubuesque, la Commission européenne a confirmé le secret de Polichinelle, à savoir que certains Etats membres ou ailleurs avaient bâti des scénarios de sortie de la Grèce. Le porte-parole de la Commission a précisé : « Certains construisent des scénarios, nous, nous disons le droit, cela ne veut pas dire que nous préparons un plan. [...] Quand il s'agit de libres mouvements, qu'il s'agisse de capitaux ou autres, il y a la possibilité, pour des raisons d'ordre public et de sécurité publique, pour les Etats-membres de rétablir certaines formes de restriction. »

Cette déclaration obscure et mensongère, typique de la langue de bois européiste, n'est pas faite, elle non plus, pour « rassurer » ces fameux marchés mondiaux...



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