Équateur : Le géant français Veolia déverse les eaux usées des quartiers riches dans les quartiers pauvres


Le géant français Veolia fait encore parler de lui, et une fois encore il n'est pas question d'éloges pour cette multinationale pour qui la gestion de l'eau n'est qu'un prétexte afin de générer des bénéfices astronomiques, tout en se moquant éperdument de la qualité des services qu'elle est censée délivrer, et donc au mépris de la condition humaine.

A l'étranger, Veolia n'en est pas à son coup d'essai puisque la société qui s'est implantée en Inde navigue toujours entre scandales financiers, augmentation indécente des tarifs de l’eau, et conflits avec les résidents et les élus locaux. Selon un magazine indien, en juin 2013, sur trente projets, aucun n’aurait encore tenu ses promesses, bien que le prix de l’eau ait augmenté en moyenne de 100% !

De même en Roumanie ou la multinationale s'est retrouvée au cœur d’une affaire de corruption de grande ampleur. Des dirigeants de la filiale locale de Veolia, Apa Nova, ont été accusés en 2015 d’avoir versés des pots-de-vin en échange d’une augmentation du prix de l’eau acquitté par les habitants de Bucarest, avec pour résultat une envolée des bénéfices de l’entreprise française avec une augmentation du prix de l’eau de 125% !

La France n'est pas en reste, et un documentaire paru en 2011 (Water Makes Money), dénonce les financements opaques, le manque de contrôle démocratique, les augmentations continues de prix à long terme, le mauvais entretien des canalisations, l'utilisation systématique et parfois inutile de chlore... Il montre à quel point Veolia est introduit dans les hautes sphères politiques. Et à en croire un spécialiste des lobbys interrogé, Veolia est très ancrée dans les arcanes de l'Union Européenne.

C'est aujourd'hui au tour de Guayaquil, une ville d’Équateur, de subir les méfaits des techniques nocives de Veolia, d'après une publication de l'observatoire des multinationales.

Le Veilleur

Dans la plus grande ville d’Équateur, les populations pauvres dénoncent les promesses non tenues de Veolia

À Guayaquil, principale ville de l’Équateur, les populations des quartiers pauvres souffrent de la pollution des eaux liée aux insuffisances de l’assainissement, qui affecte leur santé et leur environnement. Une situation qui reflète de profondes inégalités sociales et politiques, et que la privatisation du service de l’eau en 2001 – au profit du géant français Veolia – n’a rien fait pour améliorer.

Guayaquil est la ville la plus peuplée de l’Équateur, avec près de 3 millions d’habitants. C’est aussi la capitale économique du pays : elle abrite notamment le plus important port de la côte Pacifique de l’Amérique du sud. Un morceau de choix pour Veolia, le géant français de l’eau. Une de ses filiales, appelée Interagua, y assure la gestion du service de l’eau et de l’assainissement depuis 2001. Ce contrat de privatisation a toujours été, depuis lors, l’objet de controverses. Aujourd’hui, ce sont les quartiers pauvres de la ville qui sont en révolte ouverte contre le prestataire privé Veolia et les autorités municipales, en les accusant d’ignorer leurs besoins et, pire encore, de laisser se déverser chez eux les eaux usées issues des quartiers riches.

La métropole de Guayaquil s’étend jusqu’à un vaste estuaire, appelé l’Estero Salado. Sur les bords de ce dédale de cours d’eau, qui abritent une précieuse biodiversité, se sont installés des quartiers pauvres et des zones d’habitat informel. Les populations démunies qui habitent les lieux n’ont guère constaté d’amélioration de leur situation depuis l’avènement de la gestion privée. L’accès à l’eau et à l’assainissement y reste lacunaire. Et surtout, ils subissent au quotidien les conséquences du déversement d’eaux usées non traitées dans leur environnement.

81% des échantillons d’eau contaminés

1466588098_arton702.jpg Selon les chiffres cités par la presse, l’estuaire recevrait tous les jours 44 millions de litres de ces eaux usées non traitées, en raison du déversement provenant de canalisations non raccordées au réseau ou de l’absence de systèmes d’assainissement chez les populations riveraines.

Des tests effectués par le ministère équatorien de l’Environnement ont révélé la présence de coliformes fécaux – signe de la présence d’eaux usées domestiques non traitées – dans 81% des échantillons, parfois à des doses extrêmement élevées et donc dangereuses pour la santé humaine.

La présence d’eaux usées non traitées dans l’eau accroît les risques de contracter des maladies infectieuses, pouvant allant de diarrhées plus ou moins graves à des pathologies comme le choléra ou l’hépatite. Selon des témoignages recueillis par le Guardian, le simple fait de se baigner dans les eaux de l’estuaire pendant quelques minutes suffit parfois à entraîner des affections aigues de la peau. Cette pollution affecte aussi les espèces animales qui vivent dans cet écosystème fragile.

D’emblée, le contrat de privatisation conclu entre Guayquil et Interagua, sous l’égide de la Banque mondiale, a créé la controverse : à plusieurs reprises, des voix se sont élevées pour dénoncer l’insuffisance de la gestion de Veolia et les profits excessifs réalisés par le prestataire, et pour demander qu’il soit mis fin au contrat de privatisation. Une étude réalisée il y a quelques années comparant le service de l’eau dans la capitale Quito (où il est sous gestion publique) et à Guayaquil concluait nettement en faveur du premier.

Inégalités sociales

1466587961_21estero1.jpg Les riverains de l’Estero Salado – qui se plaignent également d’être facturés par Veolia pour des services d’assainissement, sans en bénéficier - ont profité de la journée mondiale de l’eau, le 22 mars dernier, pour interpeller une nouvelle fois Veolia et les autorités de la ville. Ils ont reçu le soutien du gouvernement du président Rafael Correa (le maire de Guayaquil, Jaime Nebot, accusé de complaisance avec Veolia, appartient à un parti d’opposition de centre-droit).

Suite à ses tests, le ministre de l’Environnement a annoncé qu’il initierait des poursuites contre la filiale de Veolia pour ses rejets d’eaux usées dans l’estuaire ainsi que pour la destruction délibérée de mangroves dans l’estuaire. Outre leur rôle d’habitat pour de nombreuses espèces, ces mangroves fournissaient pourtant une protection précieuse des côtes contre les eaux. Selon le Guardian, le Ministère aurait aussi mandaté une enquête pour savoir si la municipalité de Guayaquil avait la compétence pour privatiser son service d’eau en 2001.

L’une des sources de ces problèmes est l’absence de reconnaissance des zones d’habitat informel où vivent les populations les plus pauvres. Dénuées de droits de propriété, elles ne sont pas « comptées » parmi les bénéficiaires du service – ce qui permet à Veolia d’afficher un taux de connexion à l’eau potable de 100% et de presque 100% pour l’assainissement...

Une situation typique de nombreux pays du Sud, marqués par de fortes inégalités sociales, où les réseaux d’eau et d’assainissement bénéficient prioritairement aux plus favorisés. L’un des arguments avancés par les promoteurs de la privatisation de l’eau dans les pays du Sud était justement que le secteur privé serait capable de corriger ces inégalités d’accès. La situation actuelle de l’Estero Salado est une illustration éclatante de l’échec de ces prétentions.

La Banque mondiale et la Banque européenne d’investissement ont néanmoins accordé il y a quelques mois un nouveau prêt de 205 millions de dollars à Veolia pour dépolluer l’estuaire et connecter davantage de foyers au réseau d’assainissement. Mais sans changement dans la manière de concevoir et gérer le service, pour s’attaquer aux causes sociales structurelles qui expliquent la situation des populations de l’Estero Salado, on peut se poser des questions sur la pertinence de continuer à verser des millions aux opérateurs privés. Interrogé par le Guardian, César Cárdenas, président de l’Observatoire citoyen des services publics de Guayaquil, se montre peu convaincu :

Ce prêt de la Banque mondiale devrait être une planche de salut pour les gens qui vivent autour de l’estuaire et sa biodiversité fragile. Mais sans pression internationale, il a de fortes chances de devenir un nouvel exercice de relations publiques pour le maire Jaime Nebot, aux dépens des populations locales, sans véritable résultat concret.

Les habitants de l’Estero Salado et leurs soutiens font circuler une pétition en ligne pour soutenir leur lutte.

Par Olivier Petitjean


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Commentaires 12

avatar de PH7
  • Par PH7 0 0
  • Que ce soit Véolia, la Saur, la Générale des eaux et beaucoup d'autres, tout n'est que question de profits et de dividendes. Le bien-être des personnes, la santé publique, la protection de la nature, etc n'est que la façade qui leur permet de vendre leur prestation. Par derrière c'est plutôt folklo ... Et économies à tout prix ... Les communes ou pays qui s'en sortent le mieux sont ceux qui ont virés ces entreprises et gèrent eux-même le traitement des eaux ou des déchets.

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  • Par Le-veilleur (Admin) 0 0
  • Oui, tout est question de profits de nos jours, mais je m'indigne particulièrement quand cela touche des ressources telles que l'eau, l'air, tout ce qui est vital et devrait être gratuit en toutes circonstances et partout dans le monde.

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  • Par PH7 0 0
  • Je suis totalement d'accord avec toi mais imagine que tu vives en autarcie dans la nature. Quoi que tu fasses, tu pollueras les eaux, l'air et même la terre par tes activités. Il suffit de regarder quelques excellents documentaires qui te montre des gens vivant dans les ordures, les eaux hyper polluées (souvent en aggravant les choses) alors même que ce sont leurs seules ressources vitales. Comment veux-tu qu'ils fassent attention alors qu'eux même sont une des sources de pollution. Il y a là une question d'éducation dès l'enfance qui fait défaut.

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  • Le-veilleur a répondu (Admin) 0 0
  • Je pense qu'il est possible de vivre en autarcie dans le respect de l'environnement, mais cela sous entend bien sûr sacrifier certains aspect du confort auquel on est habitués. Tout a un prix...

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  • Par PH7 1 0
  • Tout est question d'une part de priorité mais aussi d'autre part d'effets dans le temps de nos actes. Tu peux obtenir le confort même en vivant en autarcie, cela demande un peu d'effort que beaucoup de personnes ne sont pas prêtes à faire ! Pour remplacer la force électrique tu pourras utiliser (par exemple) la force de la vapeur, mais cela demande d'aller couper du bois, de fabriquer et alimenter ta machine à vapeur, d'enlever les cendres .... Et supporter la fumée issue de la combustion du bois. Même là il y a source de pollution de l'air et de l'eau, sauf si tu as reçu l'éducation nécessaire pour éviter la pollution sans renoncer à ce petit confort.

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  • Le-veilleur a répondu (Admin) 0 0
  • Il y a pollution et pollution. A choisir entre celle d'un véhicule diesel et celle d'un four à bois, aucune hésitation à avoir

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  • Par PH7 0 0
  • Pas tout à fait d'accord ! Il ne faut pas oublier que jusqu'au début du 20ème siècle la pollution due à la combustion du bois et du charbon a provoqué bien des morts et que les gens devaient dormir « assis » suite aux problèmes respiratoires. De nos jours il y a beaucoup moins de pollution même avec le diesel, ce qui a aussi permis aux forêts de retrouver une surface près du double de ce qu'elles étaient vers le milieu du 19ème siècle. Tout le problème de la pollution vient des particules et des suies et sans équipement pour éliminer ces suies tu risques de sérieux problèmes respiratoires, surtout si la combustion de bois et de charbon est régulière et journalière. (sans omettre le risque lié au monoxyde de carbone)

avatar de Le-veilleur
  • Le-veilleur a répondu (Admin) 0 0
  • Oui et non. Nous sommes tous deux d'accord pour dire que le danger des micro particules présentes aussi bien dans la combustion du charbon que les rejets du diesel sont nocives. J'ai cependant des doutes quant aux proportions rejetées par l'un et l'autre. N'oublions pas de replacer ce débat dans son contexte : l'autarcie. Même si toutes les personnes ou familles au monde pouvant se vanter de vivre en autarcie utilisent le bois/charbon, je ne pense pas que cela ait un impact significatif. Il est par contre évident que l'utilisation de nos jours de centrales à charbon est une hérésie !

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  • Par Emilio 1 0
  • Entre une heresie de centrale au charbon et un crime contre l humanite de centrale nucleaire , ou se situe le moindre mal ¿
    De toutes façons , anyway , le probleme n est pas dans le vouloir des peuples , puisqu il n y a plus –deja- d autonomie des etats nationaux (censes theoriquement representes les peuples ). Qui dirige le monde ¿ Ce qui est effectif , ce sont les lois internationales soumises aux TRAITES entre etats . Les traites avec les autochtones , eux ne sont jamais respectes , parce que c est l argent qui domine . Comment faire plier les recalcitrants des droits humains fondamentaux? Simple , par la cour internationale de justice d arbitrage et application des traites –rarement signes et debattus en parlement mais appliques par decret (voir Juncker sur le CETA ). Le traite fait loi internationale , y contrevenir est illegal donc , et les amendes pour y contrevenir des sommes ..tres disuasives. Ces traites de •libres• echanges commerciaux sont l arme principale de la domination totalitaire du nouvel ordre mondial , donc pas debattable en public . Les democraties deviennent des leurres de divisions entre peuples .

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  • PH7 a répondu 0 0
  • Salut Emilio, toujours un plaisir de te lire. Effectivement « Entre une heresie de centrale au charbon et un crime contre l humanite de centrale nucleaire , ou se situe le moindre mal ». Personnellement je peux attester que la centrale à charbon équipée d'une cheminée adaptée sans filtre particulier permet de ne rejeter que de l'air chaud (facilement réemployable donc rentable) tout en récupérant les goudrons et suies. Après cela relève également de l'impact des mines ou de l'exploitation raisonnée des forêts. Les progrès faits en matière de chaudière autorisent une consommation d'un tiers de ce qui était auparavant pour une même puissance calorifique. L'investissement de départ est nettement plus élevé mais l'économie faite sur la consommation et la non pollution autorisent des seuils de rentabilités et retour sur investissement près de trois fois plus rapides qu'avec des chaudières classiques. Tout est question de choix. ... A suivre

avatar de Emilio
  • Par Emilio 0 0
  • Exemple :
    La ville de Buenos Aires a décidé en 2006 de re-municipaliser la distribution d’eau, entraînant une condamnation par le tribunal arbitral CIRDI (banque mondiale) à 405 millions . L’Argentine avait évoqué le droit humain à l’eau et l’état de nécessité lié à la grave crise financière de 2001 mais le tribunal a donné raison à Suez, qui a fait valoir que « le droit international relatif aux droits humains était non pertinent pour la décision ». En 2015, le gouvernement de Galice, en Espagne, a entendu les centaines de milliers de citoyens mobilisés contre une mine d’or à ciel ouvert qui menaçait de déverser 17 millions de tonnes de déchets contaminés. La concession a été annulée. L’entreprise canadienne concernée a initié un arbitrage pour plus de 35 millions de dollars à travers une filiale au Panama et un traité Panama-Espagne.

avatar de Emilio
  • Par Emilio 1 0
  • Ce ne sont là que quelques exemples parmi plus plus de 600 cas d’arbitrage connus, dont 60% se concluent en faveur de l’investisseur transnational au détriment de l’autorité publique. Ce n’est que la pointe visible de l’iceberg. Le problème fondamental c’est la menace permanente, explicite ou non, de devoir payer des millions de pénalité pour avoir adopté une loi, ce qui freine, voire paralyse, tout progrès sociétal futur. Les rares témoignages d’officiels gouvernementaux et de lobbyistes canadiens en la matière attestent que ce phénomène de paralysie démocratique existe bel et bien. CETA en étendrait la portée aux décisions publiques de l’UE.

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