Elections américaines : Quand le « piratage Russe » s'avère provenir du Département américain de la Sécurité intérieure


L'information a fait le tour du web hier, provoquant étonnement et indignement : Le président sortant Barack Obama a, dans un élan puéril aux apparences vindicatives, expulsé sans ménagement 35 diplomates du sol américain et fait fermer deux bâtiments russes à New York et dans le Maryland.

Le motif évoqué est que Moscou se serait ingéré dans les élections présidentielles américaines en ayant orchestré - et même supervisé en personne - des attaques informatiques. Ce sont ces mêmes accusations qui sont reprises unanimement par les médias mainstream depuis des semaines, et qui selon ces derniers, rendent Vladimir Poutine directement responsable de la cuisante défaite d'Hillary Clinton face à Donald Trump.

Des accusations démenties pourtant à de nombreuses reprises par les responsables russes - lassés - qui somment la Maison Blanche de fournir les preuves de ce qu'ils avancent, sans bien sûr obtenir la moindre réponse positive à leur requête pourtant légitime. Très opportunes, ces accusations se confortent dans un contexte ou le nouveau président américain Trump désire restaurer des liens amicaux avec la Russie, et que Vladimir Poutine avait donc tout à gagner à son élection pour évincer Hillary Clinton et sa narrative guerrière.

Que voulez-vous, après avoir lamentablement échoué à démontrer que Trump avait falsifié les élections, il fallait un bouc émissaire, et la Russie, symbole du mal absolu, semble une fois encore la mieux désignée pour accomplir ce forfait. Admettre la lassitude du peuple face à la ligne politique actuelle de l'establishment et reconnaitre que Donald Trump a bénéficié d'une bien meilleure stratégie de communication est une option inenvisageable pour les néocons.

Bien qu'ayant un profond respect pour Vladimir Poutine, sa politique multipolaire et les moyens qu'il déploie pour le bien être et la souveraineté de son pays, je suis conscient que cet ancien du KGB n'est pas pour autant un enfant de cœur. Ces piratages pourraient donc bien être réellement signés de sa main, et il est donc rationnel d'étudier les accusations brandies par Washington et le rapport du FBI qui met Moscou en cause dans les actes présumés de piratage lors de l'élection présidentielle américaine.

C'est la que le bât blesse, car le rapport invoqué par la Maison Blanche pour justifier l'expulsion des 35 membres des services russes du renseignement semble un peu « limite » aux yeux de bon nombre d'experts en cybersécurité. Le FBI et le Département de la sécurité nationale (DHS) ont en effet publié un document présenté comme la « démonstration technique » de l'implication des espions russes dans les actes de piratage contre le Parti démocrate. Les auteurs y affirment, sans conditionnel, que les groupes de pirates russes « Fancy Bear » (ou APT28) et « Cozy Bear » (ou APT29) soupçonnés d'être derrière les attaques ont agi sur ordre du service russe de renseignement extérieur (à ce propos, on peut sur lire sur les pages wikipedia de ces groupes qu'ils sont « peut être ou probablement » liés aux renseignements militaires russes).

Insistant sur le manque de preuves concrètes, les spécialistes sont assez dubitatifs :

N’importe quelle société de cybersécurité faisant son travail aurait été capable d’apporter des preuves plus solides que celles du FBI

, regrette Jonathan Zdziarski, une figure reconnue de la cybersécurité aux États-Unis. De son côté, Gérôme Billois, spécialiste en cybersécurité pour le cabinet de conseil Wavestone, précise que

Sur les 13 pages du document, huit sont remplies de rappels de bonnes pratiques qu’on peut trouver dans n’importe quel manuel de cybersécurité et seulement cinq concernent des aspects techniques, mais essentiellement pour rappeler les faits

De plus, comme l'indique un article de zerohedge, le tout début du rapport est préfacé par un large avertissement, selon lequel rien dans le rapport doit être invoqué, et que tout son contenu peut être complètement faux :

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ce rapport est fourni « tel quel » à des fins d'information seulement. Le Department of Homeland Security (DHS) ne fournit aucune garantie d'aucune sorte concernant toute information contenue dans ce document. DHS ne cautionne aucun produit commercial ou service référencé dans cet avis ou autrement.

Aucun élément concret pour imputer la responsabilité des cyberattaques à Moscou ne se trouve, en fait, dans les conclusions du FBI et du DHS. Le rapport ne permet donc pas de justifier les allégations et mesures de rétorsion prises par les États-Unis. Plus étonnant encore, puisque le magazine de sécurité informatique zataz.com nous apprend que la Maison Blanche fait totalement abstraction des attaques informatiques contre des états américains de Virginie et du Kentucky qui étaient, en fait, des « tests » du Département américain de la Sécurité intérieure !

Pour récapituler, nous avons d'un côté un rapport de la maison blanche se voulant accablant mais ne contenant aucune preuve d'une attaque informatique russe, et de l'autre deux États qui rapportent que les présumées cyberattaques qu'elles avaient subies étaient liées aux agissements du Département américain de la Sécurité intérieure. Oserais-je faire un parallèle avec les célèbres « preuves » brandies par Colin Powell qui démontraient la présence d'armes de destruction massive en Irak ? On connait la suite...

Évidemment, quand des médias outre-atlantique publient ce type d'information, et à plus forte raison quand il question de blâmer l'ours russe, Les médias européens ne sont pas les dernier à y faire écho comme c'était le cas hier à la télévision française lors de l'émission politico-atlantiste « C'dans l'air » sur France 5, et qui titrait « Espionnage : Menaces sur les élections », annonçant que la France et l'Allemagne redoutent à leur tour de voir leurs prochaines élections compromises (ce qui serait avouons-le très pratique pour délégitimer la victoire d'une opposition à tendance russophile).

Si cet article n'a pas la prétention d'affranchir la Russie de toute tentative d'influencer le résultats des élections présidentielles américaines - et dont ils auraient tort de se priver au vu des nombreuses ingérences américaines dans les affaires politiques extérieures - force est de constater que les affirmations étasuniennes mises en avant relèvent plus d'une conviction ou d'un mensonge que d'une preuve concrète.

Sans surprise, les médias officiels ignorent tout devoir journalistique en reprenant cette argutie, tout en s'enorgueillant de lutter contre les « fausses informations ». Pathétiques, comme d'habitude !

Le Veilleur

Note

A l'heure ou j'écris ces lignes, le média Le monde en ajoute une (sur) couche dans un article titré « Le réseau électrique américain piraté par des hackers russes ». No comment.



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