Déconnexion : Parce qu'il le fallait bien...


Me voilà de retour, après bientôt trois mois d'absence durant lesquels j'ai pris mes distances avec Le Veilleur, ainsi que le cortège incessant de nouvelles révoltantes et déprimantes qui sont l'essence même de sa création.

Cette déconnexion n'a pourtant pas été planifiée, et n'est pas non plus due à une lassitude de cet affligeant flot d'informations dans lesquels s'entremêlent la propagande officielle au service des oligarques ; la désinformation, parfois grotesque, de certains médias usurpant l’appellation d'« alternatifs », et dont la seule préoccupation est celle de générer des « clics » auprès des plus naïfs ; ou encore les nouvelles et réflexions d'auteurs ou médias sérieux (bien souvent taxés de « conspirationnisme ») qui nous rappellent un peu plus chaque jour à quel point la situation est alarmante.

Non ! Ce qui a animé mon désir de couper le cordon quelques temps n'est pas tant le fait que la situation se soit hissé à un stade ou cela devient insupportable, mais résulte de l'apathie générale du peuple à dire « Stop ! », inconscient du pouvoir qu'il détient car bien trop affairé à préserver les quelques miettes de privilèges qui lui restent encore, diffusés sous une perfusion habile et millimétrée, mais aussi frappé d'amnésie concernant l'histoire qui témoigne du penchant récurrent des énarques à faire des promesses qui ne sont jamais honorées.

Certains d'entre-vous me diront qu'ils sont témoins d'un éveil citoyen, arguant qu'une prise de conscience est en marche (sic), et qu'à l'instar des années précédentes, la révolution est pour bientôt. Mais ceux et celles qui avancent cet argument, en dehors du fait que ce n'est pas en répétant à l'envi un fantasme qu'il deviendra réalité, en oublient que pendant ce temps, les moyens de répression augmentent d'autant. Et là, je ne parle pas de matraques, gaz incapacitants ou autres gadgets ultra-soniques, mais d'autres plus vicieux, comme la disparition de l'argent liquide programmée, ou des multiples moyens de surveillance à disposition de l'état.

Bref. Un peu à l'image de Don Quichotte, j'ai le sentiment décourageant de lutter contre ces maudits moulins à vent, et de perdre mon temps à tenter de ré-informer des personnes dont la rage ne se manifeste que sur les réseaux sociaux, confortablement installés face à leur clavier, un mug de café froid à portée de main. Pourtant, il n'est pas question pour moi de dénigrer mes lecteurs, d'autant plus que certains me suivent (et me supportent) depuis les débuts, mais simplement de me questionner sur le fort décalage existant entre le mécontentement général et les actes qui devraient y être liés.

Un des plus grands responsable de ce constat est un mode méconnu de censure employé par les réseaux sociaux, à savoir l'enfermement algorithmique. Activement, ce procédé consiste à multiplier contacts et suggestions correspondants à vos centres d’intérêt, vous donnant ainsi l'illusion que les personnes qui pensent comme vous sont en augmentation. Passivement, et en tant que bon dissident/complotiste (rayer la mention inutile), vous ne consultez de votre propre initiative que les médias partageant votre opinion. Dans les deux cas, votre existence sociale sur le web ressemble à s'y méprendre à celle d'un poisson rouge qui tourne dans son bocal !

Mais alors, on va dans le mur ?

Probablement, et au vu de ce que je m'apprête à écrire, je m'attends une nouvelle fois à être affublé du surnom de Cassandre, ou pire encore, mais je me borne à tenter d'être réaliste. Énumérons quelques pistes potentiellement sources de changement et souvent évoquées :

Une révolution populaire ?

Comme je l'ai laissé entendre plus haut, je n'y crois plus. Si nous commençons à regarder notre histoire, et malgré les tentatives par certains de la déformer, nous pouvons constater que les soulèvements connus l'ont principalement été par la bourgeoisie, manipulant déjà à l'époque la sphère ouvrière pour servir leurs intérêts, de la même manière que la « démocratie » fût inventée dans le but de faire croire au peuple que l'on se souciait de son avis.

Une grêve générale ?

Partant du principe que « ceux d'en haut » ne peuvent vivre que grâce à « ceux d'en bas », cette solution est une des plus prometteuses, mais peut être pas si elle est suivie de manière conventionnelle. En effet, souvenez-vous de l'été dernier ou, les raffineries ayant été bloquées, la situation était devenue critique et propice à des négociations avantageuses. Mais c'était sans compter les syndicats qui se sont chargés de diluer le mécontentement général à l'approche des congés. Congés payés qui ne furent instaurés en France qu'après les grèves qui paralysèrent le pays en 1936 et qui aboutirent à la signature des accords de Matignon (on reparle du poisson rouge ?)...

Et la non-conventionnelle ?

La plupart d'entre-vous la connaissent. Elle a été suggérée par l'ancien joueur de football français Éric Cantona en 2010 qui appelait à réaliser une révolution non violente par le biais d'un retrait massif d'argent déposé à la banque de la part des citoyens. Bien que ce fût un bide, l'idée est bonne, et peut être accompagnée bien évidemment d'une grêve (si possible générale) du travail, ainsi qu'un refus à la consommation. C'est à ce jour, selon moi, le meilleur moyen de faire plier le système, mais faut-il encore pour cela qu'un tel mouvement soit suivi par un nombre important de personnes. Une fois encore, le système veille à détourner votre attention, déformer les évènements à son avantage et à nous diviser, ce qui rend la tâche ardue.

Se joindre au clan des « Insoumis » ?

Sur ce point, je ne vais pas être tendre et vais probablement en indigner plus d'un, mais j'ai déjà été assez clair sur ce sujet : Mélenchon n'est qu'un Tartuffe ! De paroles absurdes en déclarations incohérentes et contradictoires, allant même jusqu'à s'aligner sur les positions atlantistes quant au régime officiel syrien et son « boucher » de président Bashar al Assad, ou plus récemment, faisant montre de méconnaissance s'agissant de la Corée du Nord et de son histoire. Il est inconcevable que la solution puisse provenir d'un parti ou de personnalités politiques qui vivent et n'existent qu'au travers d'un système qu'ils prétendent combattre. Point !

Et des manifestations de grande ampleur alors ?

Oubliez ! Une fois ôtée la forte proportion de ceux qui ne veulent risquer de perdre le peu qu'il leur reste, ceux qui ont trop peur de tâter de la matraque ou de finir fiché S, ou encore ceux qui se satisfont de la situation et des promesses qui leur ont été faites, il ne reste plus grand monde, et c'est sans parler des divisions sciemment organisées de manière à ce que tout le monde ne puisse défiler sous les mêmes revendications, ou pire encore, les « pigeons qui se prennent pour des aigles », à l'image des noirs qui à l'époque contribuaient à la traite négrière (merci à mon ami Philippe et son vilain petit canard pour ce post).

Il existe des modes de vie alternatifs, et si l'on vit en dehors de ce système et que l'on cesse de le soutenir, il s'effondrera tout seul !

Sur le principe, je suis assez d'accord, et l'idée est séduisante, sauf que... Faisons abstraction du temps que cela prendrait à être suffisamment nombreux à ne plus soutenir ce système, quel est le problème ? Il est simple : Vous ne pouvez pas vivre en dehors de ce système, sauf à vivre caché au fond des bois. Essayez seulement de vous acheter un bout de terrain dans un coin isolé et d'y mettre votre cabanon en kit ou votre yourte, et vous constaterez rapidement les rappels à l'ordre de la part des autorités. Vous devrez vous loger en respectant les règles et lois de l'urbanisme, et devrez payer vos taxes foncières. Comme abandon du système, on a vu mieux.

Existe-il une solution pour enfin échapper aux tentacules de la pieuvre mondialiste totalitaire ?

C'est bien de cela dont il est question, car d’où croyez-vous que proviennent les lois et décrets/ordonnances qui nous asphyxient chaque jour un peu plus ? Que ce soit Macron aujourd'hui, hier Hollande ou Sarkozy, demain Le Pen ou Mélenchon, pour accéder au pouvoir (et y rester au moins un quinquennat) il faut promouvoir les directives européennes. En clair, quelque soit le nom inscrit sur votre bulletin de vote, vous validez votre statut d'esclave en désignant votre maître, nonobstant un raccourcissement de la laisse tous les cinq ans (on appelle cela du masochisme).

Il existe bien une épine dans le pied du mondialisme, et cette épine grossit à en devenir dérangeante. Cette épine n'est autre que la Russie qui, sous la main habile et réfléchie de Vladimir Poutine, est en train de malmener sérieusement le leadership atlantiste et son capitalisme totalitaire. En menant récemment à la déroute les ambitions stratégiques de l'occident en Syrie, et au travers des nouvelles alliances politiques, financières et militaires avec d'autres pays tournant le dos à l'occident, le dirigeant russe est actuellement en train de redessiner les cartes géopolitiques mondiales, avec les changements futurs que cela sous-entend et dont nous pourrions bénéficier.

Malgré cela, il ne faut pas perdre de vue que la préoccupation première de Vladimir Poutine est l'avenir de son pays et de sa souveraineté. Il n'a pas vocation à affronter les foudres occidentales pour venir au secours d'autres pays si le sien n'est pas menacé. Peut-on lui en vouloir ? Certainement pas.

Bon, et l'hypothèse d'un effondrement économique alors ?

Oui, sauf que cette perspective met du temps à s'accomplir, et que pendant que nous en débattons, gouvernements et banques sont en train de se parer à cette éventualité. Comme je l'évoquais plus haut, la disparition de l'argent liquide approche à grands pas, et une fois en place, ce sont vos économies qui pallieront aux déficiences bancaires, avec ou sans votre accord.

Mais alors, que reste-il ?

Telle la grenouille plongée dans une casserole d'eau posée sur une plaque chauffante, nous continuons à assister à la dégénérescence d'une société, et en même temps à la réalisation d'une célèbre dystopie. Capitalisme et libéralisme exacerbés ont eu raison de ce qui restait de la « solidarité » populaire au profit de son antonyme l'« individualisme », et il ne peut y avoir de révolte du petit peuple (les rien, les fainéants, etc.) si celui-ci est divisé.

Comme ci cela ne suffisait pas, nous sommes affublés d'une autre tare : L'espoir ! Cela peut vous paraître surprenant, mais je rejoins en ce point Chris Hedges dans sa publication « Notre manie d’espérer est une malédiction », car en effet « qui n'espère plus rien est capable de tout ». Je vous en délivre un extrait :

La croyance naïve selon laquelle l’histoire est linéaire, et le progrès technique toujours accompagné d’un progrès moral, est une forme d’aveuglement collectif. Cette croyance compromet notre capacité d’action radicale et nous berce d’une illusion de sécurité. Ceux qui s’accrochent au mythe du progrès humain, qui pensent que le monde se dirige inévitablement vers un état moralement et matériellement supérieur, sont les captifs du pouvoir. Seuls ceux qui acceptent la possibilité tout à fait réelle d’une dystopie, de la montée impitoyable d’un totalitarisme institutionnel, renforcé par le plus terrifiant des dispositifs de sécurité et de surveillance de l’histoire de l’humanité, sont susceptibles d’effectuer les sacrifices nécessaires à la révolte.

L’aspiration au positivisme, omniprésente dans notre culture capitaliste, ignore la nature humaine et son histoire. Cependant, tenter de s’y opposer, énoncer l’évidence, à savoir que les choses empirent, et empireront peut-être bien plus encore prochainement, c’est se voir exclure du cercle de la pensée magique qui caractérise la culture états-unienne et la grande majorité de la culture occidentale. La gauche est tout aussi infectée par cette manie d’espérer que la droite. Cette manie obscurcit la réalité, au moment même où le capitalisme mondial se désintègre, et avec lui l’ensemble des écosystèmes, nous condamnant potentiellement tous...

C'est également un point de vue qui semble partagé par une publication du Saker francophone dans lequel la question « Peut-il y avoir une révolution en France à l’heure où tout fout le camp ? » est posée.

Je pourrais continuer à argumenter pendant encore longtemps sur le sujet, mais voilà les raisons principales de mon absence de ces derniers temps. Fatigué de la tournure que prend ce monde, et dépité de constater que rien ne change, ni probablement ne changera.

A moins que ? A vous (nous) de voir...


Pour mettre en place un gouvernement mondial, il est nécessaire de retirer des esprits leur individualisme, leur loyauté aux traditions familiales, leur patriotisme national, et leurs dogmes religieux.

– George Brock Chisholm (1896-1971), ex-directeur de l’Organisation Mondiale de la Santé
Le veilleur



Commentaires 2

avatar de koan
  • Par Koan | site 1 0
  • Merci pour cet article qui résume assez bien la situation. Un eu l'impression de se retrouver dans « la zone du dehors » de Alain Damasio. Après presque 6 ans passés dans la bulle « alternative », j'ai choisi de retourner voir ce qu'il se passait un peu dans le monde que j'avais quitté .... et bien il se porte comme un charme..... La crise ? une super excuse pour serrer la vis un peu plus fort. L'effondrement du système économique ? quand tous les acteurs sont ok pour le faire durer, l'argent virtuel peut continuer de couler à flots.
    En fait, j'ai l'impression que la seule chance d'un reset vient des conditions de vie. Là se trouve un vrai noeud, un « possible » qui peut changer la donne. Car nos ressources ne sont pas des QE à répétition. Les conditions favorables à la vie humaine « civilisée » non plus, la fenêtre est même assez restreinte. Le système mondial dans lequel nous vivons de gré ou de force atteint ses limites avec les conditions terrestres. La branche que nous scions n'est pas économique, elle n'est pas non plus géopolitique (la farce du 21e siècle); elle est indéniablement en lien avec notre écosystème. Nous sommes des criquets ou des campagnols, quand nos aurons détruits ce qui nous fait vivre, notre population chutera d'elle-même par famines et maladies pour que la nature puisse reprendre son équilibre. A moins que les renards qui nous dirigent se mettent à la gestion du cheptel de manière un peu plus directe, histoire de pérenniser leur position...

avatar de Le-veilleur
  • Par Le-veilleur (Admin) 1 0
  • Bonjour Koan, et merci de me lire. Vous avez raison de préciser d'une part que cette prétendue crise est maintenue sous contrôle afin qu'elle perdure dans le temps. Il ne faudrait surtout pas que la grenouille ait peur et qu'elle quitte la casserole. Également, vous dites « la seule chance d'un reset vient des conditions de vie », ce qui est exact aussi, car bien que les dirigeants soient visiblement incultes sur le plan historique (voire même négationnistes), ceux qui les conseillent ont bien compris que si il y a un point commun à chaque soulèvement populaire dans le passé, c'est la faim et le fait de ne plus pouvoir nourrir sa famille. En cela aussi ils veillent, et quand bien même cela arriverait à vous ou moi, nous savons bien le sort réservé aux mendiants ou sdf. On les cache sous le tapis.

    Pour ce qui est des conditions de vie favorables à l'humain, au delà des cycles naturels du climat, la pollution est en effet inquiétante, et pas seulement celle visible à l’œil nu. L'eau étant l'élément essentiel à notre survie, qu'arrivera-t-il quand cela deviendra une denrée hors de prix ? Devons nous être en colère contre ce système à l'origine de tout ce désastre, ou à nous même qui le regardons sans rien faire ?

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