Crispr : Le plus puissant outil de manipulation génétique entre les mains de Monsanto


A la lecture de cette annonce, on ne sait si l'on doit trembler devant le pouvoir que vient de s'attribuer la firme Monsanto - qui rappelons-le vient de fusionner avec le géant de l'industrie pharmaceutique Bayer -, ou être rassuré à la perspective d'énormes avantages que promet cette nouvelle génération d'ogm.

En effet, si de nombreux article sérieux relatent les nombreux inconvénients et dangers des ogm actuels, et ce aussi bien pour l'aliment lui même que pour l'agriculture et son environnement, la nouvelle technique qui vient de voir le jour prétend être bien plus « naturelle » dans la modification des gènes ciblés et nous promet de bien meilleurs résultats, ainsi que bien plus de possibilités.

Seulement voilà, comme toute nouveauté non éprouvée dans le temps, ce nouvel outil et ses utilisations pourraient nous réserver bien des (mauvaises) surprises plus tard, comme cela est régulièrement constaté, aussi bien avec des ogm classiques, des médicaments et autres vaccins, et l'actuelle absence de réglementation sur ces nouvelles pratiques peut amener à se poser des questions.

On peut également être positif et enthousiaste face aux possibilités qu'offre ce nouvel outil révolutionnaire, et se dire qu'après tout, il ne s'agit que de substituer ce procédé à l'évolution naturelle, bien plus longue et incertaine. C'est toutefois bien différent, car la nature évolue à son rythme, selon ses propres critères de modifications, sur le long terme et avec une vision globale des répercussions, et en aucun cas pour des raisons de mercantilisme avec vue à court terme sur un espace localisé.

Quelles seront les retombées sur les végétaux voisins quand on sait qu'ils sont en interaction les uns avec les autres et communiquent ? Quel sera l'impact sur l'ensemble de la chaine alimentaire qui risque de voir un changement de comportement ou même la disparition de certains insectes et de leurs prédateurs naturels ? Sur un changement naturel qui s'étale sur des centaines ou des milliers d'années, tout la flore et la faune s'adaptent à ces mutations, mais cela risque de ne pas être le cas dans ce contexte de modifications instantanées.

Une fois encore, et sous de fallacieux prétextes, l'homme se prend pour un Dieu, et un retour de bâton aussi imprévu que violent est à prévoir dans le futur.

Le Veilleur

Monsanto utilisera bientôt le plus puissant outil de manipulation génétique dans la nourriture

1476439472_iStock_000012833934_Large-w1024-h768.jpg Après avoir fusionné avec Bayer, la firme spécialisée dans les biotechnologies agricoles s’est emparée du CRISPR/Cas9 Gene-Editing System. En d’autres termes, elle s’est offert le plus puissant outil de modification génétique…

Monsanto qui s’adonne à la manipulation génétique, rien d’extraordinaire, serions-nous tentés de dire. Mais l’outil développé par l’Institut Broad de l’Institut de technologie du Massachusetts (MIT) et de l’Université de Harvard est considéré par la communauté scientifique comme étant l’outil le plus précis et perfectionné en la matière. Avec cette acquisition, Monsanto sera en mesure de créer de nouvelles plantes résistantes à la sécheresse ou de nouvelles propriétés plus agréables pour le consommateur. Qui sait, la prochaine huile d’olive au goût si parfumé et authentique sera peut-être une huile de soja modifiée.

Cet accord nous donne accès à un outil intéressant pour développer nos recherches en matière d’édition du génome

, explique Tom Adams, PHD responsable du département biotechnologie de Monsanto. Si certains en doutaient encore, la société compte bien renforcer ses capacités en matière de modification des gènes. Il ajoute que

La technologie d’édition du génome complète nos recherches actuelles et procure d’incroyables ressources pour approfondir la plus grande bibliothèque de matériel génétique et génomique du monde.

Pour l’heure, aucun détail n’a filtré quant à la somme déboursée par Monsanto ou à celle que l’entreprise s’est engagée à verser aux différents pôles de recherches du MIT et d’Harvard. Cet accord offre à la firme américaine la possibilité d’exploiter les brevets du CRISPR, elle n’en devient heureusement pas propriétaire. Les termes du contrat en limitent également l’utilisation. Monsanto pourra uniquement supprimer ou modifier des gènes existants. L’entreprise n’aura pas le droit d’ajouter des gènes étrangers au génome des animaux ou plantes qu’elle souhaite modifier.

Mais malheureusement, contrairement aux réglementations sur les OGM, le nouveau monde de CRIPR est peu réglementé par les gouvernements. Car techniquement, ce brevet n’est pas considéré comme un OGM.

Source dailygeekshow

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Incertitudes juridiques

Certains de ses partisans affirment que cette spécificité permet au Crispr de respecter davantage l'intégrité génétique d'une plante que d'autres techniques et pourrait donc recevoir un accueil moins méfiant que les OGM en leur temps. Mais pour plusieurs spécialistes, l'achat de cette licence s'apparente tout de même à un pari.

Le cadre réglementaire qui s'appliquera au Crispr sur l'imposant marché européen reste incertain. En France, le Conseil d'Etat, saisi par la Confédération paysanne, a d'ailleurs décidé d'interroger la Cour de justice européenne sur ce sujet.

Une réflexion plus large de l'Union européenne sur les « new breeding techniques » (NBT, dont fait partie Crispr) et d'une manière générale sur l'innovation dans le secteur des semences est nécessaire et est en cours

, rappelle Enrico Brivio, un porte-parole de la Commission européenne, dont l'avis sur le sujet a été repoussé à plusieurs reprises.

Pour lui, la décision de la Cour de justice pourrait « clarifier certains aspects de la question. Crispr fait partie de ces nouvelles techniques OGM que les industriels voudraient bien exclure de la règlementation des OGM », craint Jean-Luc Juthier, membre de la commission OGM/semences à la Confédération Paysanne. Pour lui, ces techniques vont créer « de nouveaux OGM », même si leurs concepteurs s'en défendent, et le procédé « peut poser des tas de problèmes de santé, d'environnement ».

Je ne dis pas que c'est dangereux, mais qu'on n'a pas la preuve de l'innocuité », réagit Yves Bertheau, directeur de recherche de l'Inra au muséum national d'histoire naturelle à Paris, pour qui « il faut donc faire des évaluations de risques comme pour les OGM et développer le cadre manquant d'évaluation des risques liés aux épi-mutations.

Dan Voytas veut croire qu'aucune de ces nouvelles semences ne poussera sur le sol européen, « tant qu'un processus règlementaire n'aura pas été mis en place ». Autre problème pour le Crispr, « il y a un flou artistique au niveau des droits d'usage », rappelle Georges Pelletier, faisant référence à la bataille judiciaire qui oppose les deux laboratoires revendiquant la découverte de cette technique. Elle oppose d'une part l'Américaine Jennifer Doudna de l'Université de Californie à Berkeley, associée à la Française Emmanuelle Charpentier, d'autre part un jeune chercheur américain d'origine chinoise, Feng Zhang, du Broad Institute du MIT (Massachusetts Institute of Technology) à Harvard. Elle pourrait durer « vraisemblablement quelques années », selon l'un des protagonistes.

Le Figaro



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