Crise Européenne : Sortie de piste pour toute l'europe du sud !


La stratégie européenne pour surmonter la crise de la dette est au bord de l'effondrement. La reprise tant attendue n'a pas réussi à décoller. La hausse des taux d'endettement à travers toute l'Europe du Sud s'accélère. Le consensus politique en faveur d'une austérité extrême se délite dans presque tous les pays de l'Union économique et monétaire (UEM) touchés par la crise. Et pour faire bonne mesure, la Réserve fédérale américaine inflige maintenant un choc de crédit plein pot.
 
Aucun des acteurs clés de la zone euro ne semble prêt à admettre que la stratégie actuelle n'est pas tenable. Ils essaient d'en camoufler les fissures jusqu'aux prochaines élections allemandes en septembre, comme si cela allait changer quoi que ce soit.
 
La Grèce
 
Un rapport de la Commission européenne, qui a fait l'objet d'une fuite, confirme qu'une fois encore, la Grèce n'atteindra pas - et de loin - les objectifs fixés en matière d'austérité. Il affirme que la Grèce manque de « volonté et de moyens » pour percevoir les impôts.
 
En fait, Athènes ne peut atteindre les objectifs fixés car son économie est toujours en chute libre suite à un excès d'austérité. Le club de réflexion grec IOBE s'attend à voir le PIB plonger de 5 points cette année. En privé, ils avancent même auprès des journalistes le chiffre définitif de -7 points. La stabilisation de la Grèce est un mirage.
 
L'Italie
 
La lente crise italienne repart de plus belle. La trajectoire de sa dette a franchi la ligne jaune au cours des deux dernières années. La dette publique, qui est de 2100 milliards d'euros  (1800 milliards de livres) - 129 pour cent du PIB -, a peut-être déjà atteint le point de non retour pour ce pays dépourvu de monnaie nationale.
 
Standard & Poor's ne l'a pas clairement dit mardi dernier au moment d'abaisser la note du pays à la note BBB, soit quasiment au niveau des « obligations pourries ». Mais si on lit entre les lignes, cela revient à dire que les jeux sont faits pour l'Italie.
 
Leur analyse, c'est que, si la hausse du PIB nominal reste proche de zéro, le gouvernement de Rome devra dégager un excédent primaire de 5 points de PIB chaque année s'il veut stabiliser son taux d'endettement. « Les risques qu'un tel résultat implique semblent être à la hausse », ont-ils précisé.
 
En effet. Le Fonds Monétaire International vient de revoir à la baisse les prévisions de croissance de l'Italie à -1.8 pour cent. La baisse cumulée de la production italienne depuis 2007 va atteindre 10 pour cent. Il s'agit là d'une dépression. Mais comment ce pays pourrait-il se sortir de ce piège avec une monnaie surévaluée de 20 à 30 pour cent au sein de l'Union monétaire européenne ?
 
L'Espagne
 
La crise espagnole prend un nouveau tournant. Le parti au pouvoir, le Partido Popular, est pris dans un scandale de caisse noire d'une ampleur telle qu'il ne peut plus se contenter de répondre aux accusations par le mépris, et encore moins de rassembler la nation derrière une nouvelle année de coupes budgétaires à la hache. Le journal El Mundo affirme qu'une ambiance « pré-révolutionnaire » est en train de se répandre. 
 
Un magistrat a obtenu des originaux de première main prouvant de manière irréfutable que le Premier Ministre, Mariano Rajoy, avait perçu des versements illégaux du temps où il était ministre. La gauche demande sa tête, mais les membres du Consejo General del Poder Judicial (Conseil général du Pouvoir judiciaire), organisme de surveillance de la justice, la demandent aussi.
 
« Pour les citoyens, c'est inadmissible qu'un premier ministre ait pu accepter des paiements non déclarés » 
a indiqué José Manuel Gómez, un membre de ce Consejo. Une grande partie du parti au pouvoir semble tremper dans un système de financement occulte. Si cela était avéré, a précisé M. Gómez, cela représenterait une « très grave » menace pour la démocratie espagnole.
 
Le Portugal
 
Le Portugal s'enfonce. Le livre du professeur  João Ferreira do Amaral - Pourquoi il faut quitter l'Euro - a été un best-seller plusieurs mois d'affilée. Il accuse Bruxelles d'être aux ordres de l'Allemagne et des créanciers.
 
Comme la Grèce avant lui, le Portugal, tel un serpent qui se mord la queue, est pris dans une spirale infernale. La contraction économique, qui est de -3 pour cent par an, érode l'assiette fiscale, empêchant le gouvernement de Lisbonne d'atteindre ses objectifs en matière de déficit. Un nouveau document de travail de la Banque du Portugal explique ce qui n'a pas marché. Le multiplicateur budgétaire est « deux fois supérieur à la normale », soit 2.0, dans les petites économies ouvertes en temps de crise. 
 
Ce qui est nouveau, c'est que Vitor Gaspar, grand prêtre de la stratégie du choc au Portugal, a jeté l'éponge. Il reproche aux timorés de ne pas avoir taillé dans le vif encore plus vigoureusement. Inutile de dire qu'il refuse toujours d'admettre qu'une stratégie de coupes dans les salaires et de déflation, dans un pays dont la dette totale représente 370 pour cent du PIB, avait toutes les chances d'échouer.
 
Si le Portugal mène à bien une « dévaluation interne » au sein de l'UEM, cela réduira le socle économique. Pourtant, le fardeau de la dette restera le même. C'est l'effet redoutable du dénominateur. La dette publique est passée de 93 à 123 pour cent, rien que depuis 2010.
 
Avec les propos de Gaspar, une page a été tournée. Les membres de la jeune coalition ont demandé un changement de cap. A l'heure où j'écris, j'ignore si le Président Anibal Cavaco Silva va demander des élections anticipées, qui ouvriraient la voie à un gouvernement anti-austérité de gauche.
 
La presse portugaise signale déjà que la Commission européenne travaille secrètement à un deuxième plan de sauvetage, ce qui revient à avouer que le premier sauvetage de 78 milliards d'euros de la troïka UE-BCE-FMI est en train de capoter.
 
L'Europe
 
On est en plein terrain politique miné. N'importe quel nouveau plan de sauvetage devra être voté par le parlement allemand, dont les exigences seront féroces si cela a lieu avant les élections. Les dirigeants européens se sont solennellement engagés à ne jamais répéter l'erreur faite en Grèce, à savoir d'acculer un pays à une situation de défaut de paiement, avec une décote pour les banques et les fonds de  pension. Si l'allégement de la dette portugaise devenait nécessaire, le choix de ces dirigeants serait terrible.  
 
Devront-ils manquer à leur parole et perdre la confiance des marchés ? Ou devront-ils admettre pour la première fois que le poids du maintien de l'UEM repose sur les contribuables ? Tous les plans de sauvetage ont consisté jusqu'à présent en des prêts. Les parlements allemand, néerlandais, finlandais et ceux des autres pays créditeurs n'ont encore jamais eu à constater le moindre euro de pertes.
 
Tout cela alors même que les propos de la Réserve Fédérale sont autant d'électrochocs pour les marchés du crédit, faisant grimper les coûts de l'emprunt de 70 points à travers l'Europe. Les rendements espagnols à 10 ans sont repassés à 4.8 pour cent. Ils sont plus élevés qu'ils n'en ont l'air, car si l'on élimine les distorsions fiscales, l'Espagne connaît la déflation. Les taux d'intérêt réels sont en train de grimper en flèche. 
 
En ne faisant rien pour que cela cesse, la BCE permet un « resserrement passif ». La tentative de Mario Draghi de diminuer les rendements grâce à une nouvelle politique d'orientation revient à cracher face au vent. La BCE a besoin d'ouvrir le robinet monétaire à fond - comme la Banque du Japon - pour éviter de s'enfoncer dans le piège de la déflation et du désastre d'ici à l'année prochaine. Mais cela n'aura pas lieu.
 
Le magazine allemand Spiegel indique que le bloc mené par l'Allemagne s'est opposé de toutes ses forces à une baisse des taux d'intérêt lors de la dernière réunion de la BCE, bien que l'économie allemande ait elle-même considérablement ralenti tandis que la Chine et les BRICS sortaient des rails.
 
Jusqu'à présent, les marchés ont réagi avec insouciance à ces crises de gestation à travers l'ensemble du  « Club Med » [1]. Ils demeurent sous le charme de l'« Option Draghi », pendant que la promesse de la BCE d'assumer la dette italienne et espagnole s'effrite lentement, oubliant que les possibilités d'actions de la BCE sont très limitées, et doivent d'abord être votées par le Bundestag.
 
Ces conditions ne sont désormais plus remplies. Partout, les politiques ont tourné au vinaigre. Tôt ou tard, ce gigantesque bluff finira bien par ressortir.
 
Article d'Ambrose Evans-Prichard - Daily Telegraph - Traduction par Elisabeth (francoisasselineau.fr)
 
Note
 
[1] Note du traducteur : c'est le surnom goguenard que certains milieux politiques et financiers anglo-saxons donnent au groupe des pays du sud de la zone euro, présentés comme des peuples peu sérieux.



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