Chypre : Les comptes bancaires des usagers taxés par la force, un vol à grande échelle organisé par le FMI !


Afin de réduire le montant emprunté pour éviter la faillite, les bailleurs de fonds internationaux ont demandé à Chypre d'instaurer une taxe exceptionnelle de 6,75% sur tous les dépôts bancaires en-deçà de 100.000 euros et de 9,9% au-delà de ce seuil, ainsi qu'une retenue à la source sur les intérêts de ces dépôts.
 
Cette décision, annoncée dans la nuit de vendredi à samedi, concerne toutes les personnes résidant sur l'île. Si des queues se sont formées devant certains distributeurs samedi matin, les agences bancaires étaient fermées pour le week-end, et jusqu'à mardi matin, lundi étant férié sur l'île...
 
Chypriotes et résidents étrangers de l'île méditerranéenne étaient sous le choc samedi 16 mars après l'annonce d'un accord avec l'Union européenne sur un plan de sauvetage de 10 milliards d'euros comprenant une taxe exceptionnelle et sans précédent sur les dépôts bancaires.
 
« La solution que nous avons choisie est douloureuse, mais c'était la seule qui nous permettait de continuer nos vies sans remous »
, a assuré le président chypriote Nicos Anastasiades, soulignant le risque « d'effondrement » de tout le système bancaire de l'île. Le président chypriote a annoncé qu'il s'adresserait à la nation dimanche au sujet du plan de sauvetage conclu samedi à l'aube à Bruxelles, le premier dans l'Union européenne à mettre largement à contribution les déposants.
 
Le Parlement, engagé dans une course contre la montre pour valider cet accord avant que les banques ne rouvrent leurs portes mardi matin (lundi étant férié), doit s'exprimer dimanche. Nicos Anastasidades, de retour de Bruxelles samedi soir, va rencontrer des dirigeants de partis politiques de l'île en soirée et se rendre dimanche matin au Parlement où une Assemblée plénière est prévue à 10h30 (heure française), selon l'agence de presse CNA.
 
Pour réduire leur participation à ce prêt, pour lequel Nicosie demandait 17 milliards, les bailleurs de fonds lui ont demandé d'instaurer une taxe exceptionnelle de 6,75% sur tous les dépôts bancaires en-deçà de 100.000 euros et de 9,9% au-delà de ce seuil.
 
Hausse de l'imposition pour les entreprises
 
Le prélèvement sur les dépôts bancaires prévu dans le cadre du plan d'aide à Chypre rapportera 5,8 milliards d'euros, a indiqué samedi le chef de file de l'Eurogroupe, Jeroen Dijsselbloem. Ces prélèvements seront appliqués à toutes les personnes résidant sur l'île. Les taxes sur le capital et les intérêts des dépôts seront entièrement compensées par la distribution d'actions, a précisé le ministre des Finances Michalis Sarris.
 
Dans ses négociations avec l'UE et le Fonds monétaire international (FMI), le gouvernement a également dû céder sur une autre ligne rouge et accepter la hausse de l'imposition sur les entreprises. L'île a obtenu une aide de 10 milliards d'euros, avec une contribution du FMI à hauteur d'un milliard d'euro selon une source diplomatique européenne. Au final, la dette chypriote sera de 100% du PIB en 2020.
 
« C'est une catastrophe »
 
Peu après l'annonce des contreparties de l'accord, des dizaines de Chypriotes et d'étrangers se sont précipité pour retirer de l'argent des distributeurs automatiques.
 
« C'est une catastrophe », estime un Chypriote de 45 ans venu retirer de l'argent. 
« Cela va nous donner envie de sortir de l'euro », lâche un autre, retraité.
« C'est du vol ! (...) J'ai gagné cet argent et maintenant on me le prend pour payer des erreurs qui ne relèvent pas de moi »
, soupire Kyriakos, un artiste chypriote trentenaire, patientant devant un distributeur pendant que ses deux amis, comme lui, tentent de retirer le maximum qui leur est autorisé.
 
« On essaie tous de retirer un maximum d'argent, mais cela ne marche pas très bien, on ne sait pas si les comptes sont bloqués ou les distributeurs vides »
, peste l'un de ses amis, Joseph, employé de banque chypriote, avant d'ajouter
 
« Personne ne s'attendait à cela, et les banques n'étaient au courant de rien »
Néanmoins ces retraits ne vont pas empêcher la ponction sur leur compte, comme l'explique Marios Skandalis, vice-président de l'Institut des experts comptables publics de Chypre. Selon lui, les montants correspondant à la taxe « sont déjà bloqués et ne peuvent plus être transférés ».
 
Un dirigeant d'entreprise belge était également très inquiet :
 
« Je ne sais pas encore si ça touche ma société, mais si jamais la mesure s'applique aux sociétés, c'est la faillite pour nous. »
Un père de famille allemand habitant Nicosie, lui aussi, se dit « en colère » :
 
« Ces mesures touchent les familles, tout le monde, c'est injuste (...) J'ai déjà perdu mon travail, ce que je touche de l'assurance sociale ne suffit pas à faire vivre une famille, et maintenant il va falloir payer ça en plus », enrage-t-il. « Je suis étonné que les gens ne manifestent pas comme en Grèce ».
« La situation est grave mais pas tragique, il n'y a pas de raison de paniquer »
, a tenté de rassurer le porte-parole du gouvernement, Christos Stylianides. Mais le député du parti Diko (centre-droit) dont la direction a soutenu l'élection de Nicos Anastasiades, Nicolas Papadopoulos, s'est élevé contre cet accord, le qualifiant de « désastre » pour le système bancaire, un pilier de l'économie du pays. « C'est un cauchemar », a-t-il lancé à la radio d'Etat.
 
Appels à manifester
 
Bank of Cyprus, la première banque de Chypre, particulièrement affectée par son exposition à la crise grecque, a jugé les décisions prises à Bruxelles « douloureuses et surprenantes », estimant « parfaitement compréhensible que l'opinion publique soit inquiète ». Des appels à manifester ont été lancés, notamment par le candidat déçu aux élections présidentielles de février, George Lillikas, qui avait fait campagne contre le plan de sauvetage. Ce dernier a appelé à une mobilisation mardi.
 
Chypre a demandé une aide européenne en juin 2012 après que ses deux principales banques, plombées par la crise grecque, ont appelé le gouvernement à la rescousse, ayant subi des pertes évaluées à 4,5 milliards de dollars. Chypre est devenu le cinquième pays de la zone euro à bénéficier d'un plan d'aide international, après la Grèce, l'Irlande, le Portugal, et l'Espagne qui a reçu une aide ciblée de la zone euro pour son secteur bancaire.
 
Chypre reporte le débat parlementaire sur un plan d'aide européen controversé
 
Le gouvernement chypriote a reporté dimanche une session d'urgence du Parlement, qui doit entamer le processus de ratification d'un plan de sauvetage européen controversé, a annoncé la télévision publique, précisant que le débat aurait finalement lieu lundi.
 
Le président Nicos Anastasiades a également reporté à lundi un discours au Parlement et un message à la nation prévus dimanche pour défendre un plan d'aide qu'il a qualifié de douloureux, et qui prévoit que tous les dépôts bancaires soient taxés en contrepartie d'un prêt de 10 milliards d'euros. source



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