Chine : Effondrement de l'écosystème du fleuve Yangtsé, 126 espèces et 99,7% des poissons ont disparus


L'excès d'activités humaines, la surpêche, et les nombreux barrages hydroélectriques tout le long du fleuve Yangtsé a eu pour conséquence immédiate de faire s'effondrer totalement l'ensemble des écosystèmes aquatiques du fleuve : 99,7% de ses poissons ont aujourd'hui disparu.

Le nombre de poissons des quatre grandes espèces endémiques s'est totalement effondré, passant d'une estimation de 30 milliards dans les années 1950 à moins de 100 millions aujourd'hui.
 
Quant au nombre d'espèces observées, la réduction constatée est totalement effrayante, passant de 143 à 17 aujourd'hui, selon un rapport publié dernièrement par le Comité des ressources halieutiques du fleuve Yangtsé dans le cadre d'une étude d'impacts des activités humaines commandée par le ministère de l'Agriculture et le Fond mondial pour la nature.
 
En plus d'une baisse spectaculaire du nombre de poissons, plusieurs autres espèces, notamment les marsouins aptère,  ont aujourd'hui totalement disparu, rapporte Zhao Yimin, responsable des ressources halieutiques du fleuve.
 
Entre autre pas moins de 25 centrales hydroélectriques ont été bâtis tous les 100 km tout le long des 2308 km de la rivière Jinsha, un affluent du Yangtsé, pour une capacité de production totale de quatre fois celle du barrage des Trois Gorges, selon un rapport du plan de développement énergétique de la Chine.
 
Tout cela a eu un impact dévastateur sur le fleuve en bouleversant complètement l'environnement aquatique et la qualité des eaux du fleuve, a déclaré Zhao. Le bassin du fleuve Yangtsé arrose a lui seul 19 provinces, ce qui représente tout de même 18,8 % de la superficie des terres chinoises.
 
Source nature alerte - article complet (en anglais)
 
Un rapport basé sur une expédition scientifique
 
Le rapport s'est basé sur une expédition scientifique de 12 jours dans cinq régions provinciales en juin dernier, à laquelle trente deux chercheurs provenant d'organismes gouvernementaux et d'ONG ont participé.
 
« L'activité humaine le long du cours supérieur du fleuve Yangzé, notamment la construction de centrales hydroélectriques et une pêche excessive, a poussé son écosystème au bord de l'effondrement », a averti le rapport publié jeudi
C'est la première expédition du genre à étudier le cours supérieur du plus grand fleuve chinois concernant ses zones humides, sa diversité aquatique et l'environnement de l'eau, selon le WWF. Les chercheurs recommandent une interdiction immédiate de la pêche sur tout le fleuve et la promulgation d'une législation nationale pour protéger le plus grand fleuve chinois, ses ressources halieutiques subissant une grave récession. La situation dramatique le long du fleuve n'a pas vraiment attiré l'attention du public :
 
« les gens peuvent acheter chaque jour du poisson frais sur un marché de produits frais. Ils ne se rendent pas bien compte de la gravité de la situation », a-t-il noté. « La source des espèces diminue, conduisant à un développement non durable de l'aquaculture et à un écosystème de plus en plus fragile ».
Zhao Yimin insiste sur le fait que les ressources halieutiques en Chine seront vite épuisées si aucune mesure immédiate n'est prise. Le rapport cite une surexploitation de l'hydroélectricité et une l'application laxiste de la loi, les principales raisons expliquant la situation désastreuse.
 
Sur la rivière Jinsha, 25 centrales hydroélectriques sont ou seront bâties sur une distance de 100 km le long des 2308 km de l'affluent du Yangtsé, selon le plan de développement énergétique du pays. Une fois terminées, ces centrales auront une capacité de production d'électricité équivalente à quatre projets de barrage des Trois Gorges.
 
« Cela va diviser la rivière en sections, et changer complètement l'environnement aquatique, apportant un impact dévastateur sur les espèces et la qualité de l'eau », a déclaré Zhao.
Selon les lois environnementales, une centrale doit passer une évaluation de l'impact sur l'environnement avant le début de sa construction. Cependant, la majorité des projets démarrent sans aucune évaluation, a fait remarquer M. Zhao. L'étude d'impact environnemental pour le projet hydroélectrique de Shuangjiangkou, par exemple, a été adoptée deux ans après le commencement de sa construction en 2011.
 
Chen Jiakuan, professeur à l'Université Fudan de Shanghai, qui a participé à l'expédition de recherche, a déclaré que 450 millions de tonnes de sable s'écoulaient en aval du Yangzé dans les années 1950, comparativement à 150 millions de tonnes à l'heure actuelle.
 
« Le sable et l'envasement des réservoirs, conduisant à la dégradation de la qualité de l'eau. en changeant aussi l'environnement pour les poissons », a fait observer l'enseignant Chen « Les centrales hydroélectriques modifient également les températures de l'eau et le débit de l'eau, ce qui endommage les plantes et les animaux indigènes dans le fleuve et sur la terre », a-t-il dit.
Quant à la surpêche, selon les experts, les 100.000 tonnes de poissons pris dans le Yangzé vont bien au-delà de ce que permet son écosystème. Un moratoire annuel de trois mois pendant la période de frai des poissons du fleuve est loin d'être suffisant pour la reproduction des poissons, a expliqué M. Zhao. Ajoutant que la meilleure solution était d'imposer une interdiction totale de la pêche.
 
Mais, le responsable a reconnu qu'une telle politique était difficile à mettre en ?uvre car cela impliquait un grand nombre de questions à régler, notamment la compensation de ceux qui vivent de la pêche. Il suggère la création d'un service de coordination de différents groupes d'intérêt pour résoudre le problème.
 
« Le ministère devrait être responsable de l'élaboration des plans de compensation pour s'assurer qu'une interdiction de pêche soit efficace ».
Le bassin du fleuve Yangzé couvrant 19 provinces et villes, soit 18,8% de la superficie des terres en Chine, ce qui fait que sauver le fleuve et ses ressources halieutiques n'est pas une tâche facile. Une nouvelle législation est nécessaire pour sensibiliser le public, selon le rapport. Ren Wenwei, chef du programme de conservation du WWF Shanghai, a déclaré que les règles actuelles n'étaient pas suffisantes. En précisant que :
 
« Le Comité des ressources halieutiques du Yangzé est un simple département ministériel, qui a un pouvoir limité pour coordonner les différents groupes d'intérêt »
Le responsable de Shanghai et d'autres scientifiques proposent l'élaboration d'une loi sur la gestion du bassin du fleuve Yangzé, afin d'établir un service de coordination relevant directement du Conseil d'Etat.
 
Source french people



Commentaires 1

avatar de PH7
  • Par PH7 0 0
  • Illustration de ce qui se passe dans les mondes dits civilisés. D'un côté, il y a des besoins pour l'industrie et le développement et d'un autre côté les besoins de la nature pour se régénérer. Quand est-ce que l'homme admettra que la nature est la source même de la vie ? Et que sans partage équitable, il ne peut exister de vie. La nature ne fait que rendre la monnaie de sa pièce à l'homme. Tout dans la vie est question d'échange équitable, le bien peut être le mal et inversement si les choses sont déséquilibrées, car ces deux notions ne sont que les extrêmes d'une seule et même chose. Les Chinois le savaient bien et l'avaient représenté dans ce fameux symbole bicolore exprimant le yin et le yang dans un cercle uni. Là encore on ne peut que constater la perversion d'une énergie qui est aussi bonne servante que mauvaise maîtresse : l'argent. C'est ce qu'a probablement signifié le Coran en soulignant l'apocalypse : « ... lorsque la servante enfantera la maîtresse ... » Et l'apocalypse se terminera lorsque les équilibres du monde seront de nouveau respectés, que l'homme redeviendra sage en acceptant ses torts et partagera de nouveau avec les éléments vivants et inertes composant notre bonne vieille terre. Mais j'ai bien peur qu'il ne s'écoule encore beaucoup de temps avant cela.

Ajouter un commentaire


Autres articles dans la catégorie « Etat de la planète Environnement »